Un « paradis » de coopération

Le 12 juillet marquait la première de la superproduction américaine The Matrix Reloaded à la Cité du cinéma « Paradise » de Shanghai. Les amateurs de cinéma de tout le pays ont saisi l’occasion unique de voir un des plus grands films d’action de l’été, mais le plus important est que cette première marque un tournant des mesures gouvernementales face à l’investissement étranger dans l’industrie chinoise du cinéma.

Paradise, qui se déclare « le premier cinéma à succès de Chine », a lancé ce film par le biais de sa coentreprise avec Warner Bros. International Theaters.

De l’investissement de 28,5 millions de yuans dans cette coentreprise, la partie chinoise détient le minimum requis de 51 % tandis que les États-Unis possèdent 49 % avec 1,7 million de USD. Le cinéma a été rebaptisé Cité du cinéma Paradise-Warner, et c’est la première salle chinoise qui comprend un investissement étranger depuis l’entrée du pays dans l’OMC.

Situé dans l’arrondissement florissant et animé de Xujiahui, le cinéma a ouvert ses portes le 10 février 2002, et moins d’un an après, il devenait le premier au pays pour ses recettes au guichet. Plus de 1,04 million de spectateurs ont passé ses portes pour 38,89 millions de yuans de revenus de billetterie.

Les deux parties de la coentreprise ont commencé à discuter en 2000, juste avant l’ouverture du Paradise. Warner aurait bien voulu posséder la majorité des actions, mais selon l’accord avec l’OMC, l’industrie doit s’ouvrir progressivement à l’étranger et l’on en n’est pas encore à cette étape. Malgré cela, Warner a participé à tous les aspects de l’établissement, de la décoration à l’entraînement du personnel.

Millard Ochs, président de Warner Bros. International Theaters, dit qu’à Hongkong, Warner possède 75% d’une entreprise et qu’à Shanghai, l’objectif de 51 % est la cible visée.

Diverses formes d’investissement avaient déjà pénétré le cinéma chinois. Par exemple, Kodak des États-Unis avait investi dans le Monde du cinéma, aussi à Xujiahui, deux ans auparavant. Ses revenus de ventes ont dépassé 20 millions de yuans ; additionnés à ceux du Paradise, ils représentaient le quart du revenu total des cinémas shanghaïens l’an dernier. L’investissement de Warner diffère de celui de Kodak, car le premier met son produit en marché directement dans les cinémas où il a investi.

Les analystes disent que l’investissement des producteurs étrangers non seulement apportera plus de films en Chine mais aidera à éliminer les défauts structurels du cinéma national. Actuellement, plusieurs cinémas, y compris à Shanghai, ont une unique salle de projection. Leur équipement est dépassé, ils possèdent peu de technologies modernes et ne peuvent donc satisfaire à la demande des amateurs de cinéma en divertissement agréable.

Shanghai veut améliorer ses conditions et rester à la tête du marché du cinéma, explique Ren Zhonglun, p.-d.g. de Shanghai Film Group Corp. La coentreprise entre Paradis et Warner fait partie de ce projet.

Zhu Yongde, président du c.a., a révélé que le groupe négocie actuellement avec Warner divers projets de coopération.

Warner a l’intention de coopérer également avec les producteurs de films chinois. Suivant cette entente, on pourrait choisir davantage de scènes de tournage en Chine et songer à réaliser en Chine une partie de la postproduction.

Les services technologiques feront aussi l’objet de la coopération, et l’on procédera à la formation en conception et gestion des cinémas chinois dans leurs bâtiments à multiples salles.

Xie Baoxin, gérant général du cinéma Paradise, dit que bien que la partie étrangère n’ait pas la majorité des actions, Warner participe à plein au fonctionnement et à la gestion, et que du matériel de gestion à distance utilisé par Warner lui permet de contrôler toutes les opérations à partir de ses quartiers généraux. La présence de gestionnaires étrangers dans la Cité du cinéma pourrait entraîner une gestion de style étatsunien, pensent les experts.

Selon Jin Da, gérant général adjoint de Century Globe Cinema Lines Corp. à Beijing, les mesures actuelles interdisent aux investisseurs étrangers de prendre part aux affaires principales du domaine du cinéma, comme la distribution. Mais leur influence sur les cinéma est suffisante pour promouvoir des changements dans le marché cinématographique de la Chine car « c’est le cinéma qui, actuellement, décide du marché. »