EN COUVERTURE

Lagriculture au tournant du chemin
LI JI
Les
900 millions dagriculteurs chinois sentent le pincement de lOrganisation
mondiale du commerce (OMC). Des analystes prédisent que les cinq années suivant
lentrée de la Chine dans lOMC feront la vie dure à lagriculture,
avec un surplus de main-duvre agricole de 5 à 10 millions et des
revenus à la baisse pour les fermiers.
Le premier ministre Zhu Rongji a admis son inquiétude face aux agriculteurs. Au sommet de lASEAN (Association des nations du sud-est asiatique) avec la Chine, le Japon et la Corée du Sud tenu le 6 novembre dernier, Zhu a dit que les agriculteurs chinois seraient affectés si les produits agricoles étrangers affluaient au pays après lentrée de la Chine dans lOMC.
Engagements
Dans son accord avec lOMC sur lagriculture, le gouvernement chinois a pris les engagements suivants concernant laccès au marché, lappui national, la subvention à lexportation, la quarantaine des animaux et des plantes :
Laccès au marché. Les droits de douane seront réduits en moyenne à 17,5 % en 2004 et à 15,6 % en 2005, de 21,3 % quils sont actuellement.
Selon les règles de lOMC, la Chine ne devrait pas limiter limportation de produits de ferme après son entrée dans lOMC ; cela étant, le gouvernement a promis dadopter un système de taux tarifaire (STT) au lieu du système de quota qui était en place pour certains produits comme le blé, le maïs, le riz, lhile comestible et le sucre. Le STT initial consiste à choisir le plus haut de deux chiffres la moyenne du volume dimportation des trois années précédentes ou 3 % de la consommation nationale durant cette période. Les importations inférieures au niveau du STT jouiront dun tarif douanier réduit et celles qui le dépassent affronteront un taux plus élevé.
La Chine sest engagée à établir un système dadministration du TT transparent, prévisible, unifié, juste et non-discriminatoire. Actuellement, la Commission dÉtat du Plan de développement a rendu publiques les Mesures sur ladministration du taux tarifaire pour limportation de produits agricoles. Ladministration du STTsappliquera au commerce général et au commerce de transformation. À lheure actuelle, le STT est surtout réservé aux entreprises commerciales dÉtat et la proportion des autres entreprises concernées augmentera sans cesse.
Subvention à lexportation. Le gouvernement chinois a promis dannuler les subventions à lexportation.
Aide intérieure. Après lentrée de la Chine dans lOMC, le taux daide à lagriculture sera de 8,5 %
Quarantaine des plantes et animaux. La Chine sengage à agir selon les règles de lOMC exprimées dans les Mesures sanitaires et phytosanitaires.
Conséquences
En adoptant le processus de libéralisation du commerce mondial des produits de ferme, lagriculture chinoise sexpose à de très grands risques et défis en enlevant les barrières tarifaires et en ouvrant le marché intérieur.
Cheng
Guoqiang, du Centre de recherche sur le développement du Conseil des affaires
dÉtat et spécialiste en agriculture qui a participé aux pourparlers pour
lentrée de la Chine dans lOMC, croit que lOMC pose dimportants
défis à lagriculture du pays à cause de la brièveté de la période de transition,
de la large ouverture du marché et de la limite des moyens de régulation et
de contrôle du gouvernement.
Xu Boyuan, du Centre de recherche sur léconomie rurale du ministère de lAgriculture, a résumé ces défis :
Système dadministration gouvernementale irrationnel. Actuellement, ladministration de la production, de la distribution et du commerce des produits de ferme est divisée en secteurs agriculture, commerce intérieur et commerce extérieur. Cela ne convient pas à la structure de lOMC.
Influence sur les produits de ferme désavantageux. Le prix intérieur du blé, du soja, du maïs, du coton, de lhuile comestible et des plantes oléagineuses, du sucre et des plantes sucrières, est de 1- à 70 % plus haut que celui du marché international. Quand les produits agricoles du monde entreront en Chine, le secteur sera durement frappé. Le blé, par exemple. Les États-Unis en exportent 3 millions de tonnes par année en Chine, ce qui cause une perte de 5 milliards de yuans aux cultivateurs chinois. Il en résultera une croissance encore plus lente du revenu et une hausse du chômage pour les agriculteurs chinois, dont le revenu repose principalement sur les céréales, le coton, lhuile et le sucre.
Bien que le prix des viandes, légumes, fruits et produits aquatiques soit de 40 à 80 % plus bas que celui du marché international, ces produits ont de la difficulté à rencontrer les exigences du marché mondial quant à la variété, lapparence, le goût, la fraîcheur et la confection.
À court terme, lappartenance à lOMC déclenchera ces trois problèmes : premièrement, difficulté accrue de vendre les produits agricoles du pays et pression sur la distribution ; deuxièmement, chute de prix pour certains produits ; troisièmement, obstacle à la croissance du revenu des fermiers dans certaines régions qui menacera leur enthousiasme pour lagriculture.
Influence sur la structure agricole. Après lentrée dans lOMC,les produits chinois seront en compétition avec un marché qui favorise les produits sains, de bonne qualité et à bas prix. Si la variété et la qualité des produits ne saméliorent pas, les produits de ferme chinois nauront aucune chance de gagner le marché international.
Influence sur le marché intérieur des produits de ferme des concessions tarifaires et de labattement des barrières non-tarifaires. Pendant longtemps, les produits agricoles chinois ont été entravés par des permis et des quotas dimportation et autres mesures non-tarifaires. Après lOMC, ces dernières feront place à un système tarifaire dans lequel les concessions tarifaires sont une phase exigée par lOMC. Les nouvelles conditions favoriseront lafflux des produits étrangers sur le marché chinois.
Le niveau de marketing en Chine est bas et ne peut répondre à la demande après
lentrée dans lOMC.
Louverture concernant les produits agricoles implique laccès au marché, la subvention à lexportation, lhygiène, la quarantaine, etc. Plusieurs croient donc que lOMC exercera un impact général sur lagriculture chinoise.
Dautres sont moins pessimistes. Ma Youxiang, directeur adjoint du Bureau de planification du développement du ministère de lAgriculture, dit que lagriculture chinoise a déjà fait beaucoup de préparatifs à lOMC, y compris quatre coupures tarifaires volontaires qui ont fait baisser le taux de douane de 46 à 21 %. De plus, les importations de produits de ferme ont déjà augmenté, et limportation de soja atteint 3 millions de kilos par année. Bien que davantage de quotas soient imposés aux produits des États-Unis comme les céréales et le coton, le STT qui reste en place jusquen 2005 demeure une barrière car les droits douaniers ne sont bas que sur les produits dont limportation est inférieure au quota.
Chen Xiwen, directeur du Bureau de lagriculture eu Conseil des affaires dÉtat, et Du Ying, directeur du Bureau de mesures et règlements du ministère de lAgriculture, croient que le quota dimportation étendu demeure à lintérieur de la capacité du pays.
Selon laccord entre les États-Unis et la Chine, le quota dimportation sélèvera dannée en année pour atteindre 21,8 millions de tonnes en 2004. En 1995, on a connu un sommet historique de 20,81 millions de tonnes. Malgré tout, cette quantité ne représente que 5 % de la production nationale. Donc, le dumping des produits étrangers sur le marché chinois est peu probable.
De plus, limportation accrue va causer une hausse de prix. Si la Chine importe 20 millions de tonnes, le prix augmentera de 30 à 40 %. Lavantage de prix nexistera plus. Alors, quand le quota aura disparu après la phase de transition, le prix prendra la relève pour équilibrer le marché.
Bien que lentrée dans lOMC frappe durement certaines régions productrices de blé et de soja, leffet na pas de quoi causer la panique.
Occasions favorables
LOMC
signifie avantages et défis pour lagriculture chinoise. Des observateurs
croient au rôle positif de lOMC dans laccélération de la modernisation
du secteur.
Dabord, lOMC apporte louverture. La Chine adoptera mes mesures pour améliorer lagriculture nationale selon les règles internationales, ce qui optimisera les conditions dinvestissement, ouvrira le marché national et permettra dabsorber davantage de capitaux étrangers, de technologie et de savoir-faire en gestion.
Ensuite, elle accélérera le rajustement de la structure agricole et de la structure de limport-export. La Chine dispose dune riche main-duvre mais manque de terre arable. Elle augmentera limportation de maïs, blé, huile, sucre, soja et coton et accroîtra lexportation de légumes, fruits, fleurs et autre produits dhorticulture. Les produits délevage, sauf les produits laitiers et la laine, bénéficieront le plus de lOMC.
Enfin, lOMC aidera à améliorer lexportation des produits de ferme chinois. En tant que pays membre de lOMC, la Chine ne subira pas de discrimination de la part des autres membres, réduisant ainsi ses coûts de négociations commerciales et de commerce et ouvrant des canaux officiels à ses produits vers le marché international.
Kong Xiangyun, professeur déconomie à luniversité Qinghua, croit que, entre autres avantages, lentrée dans lOMC favorisera le développement dune agriculture marchande et accélérera sa convergence vers le marché international.