EN COUVERTURE

Le « 11 septembre »: l’explosion qui a fait trembler les fondations de l’économie mondiale

Les économistes chinois jettent un coup d’œil sur l’économie de la Chine et du monde après le 11 septembre.

Les attaques terroristes du 11 septembre et la récession économique aux États-Unis

Beijing Information (BI): Les attaques terroristes du 11 septembre ont accéléré l’écroulement de l’économie aux États-Unis et dans le monde. Le 26 novembre 2001, les États-Unis ont officiellement annoncé la récession économique. Qu’est-ce que cela signifie pour les États-Unis et le monde?

Zhen Bingxi (analyste et directeur adjoint de l’Institut chinois des affaires internationales et chercheur spécialisé en économie mondiale et relations économiques internationales): Ce que les attaques terroristes du 11 septembre ont fait aux États-Unis et au monde, c’est d’empirer la mauvaise situation. Elles ont causé 100 milliards de USD de pertes économiques directes aux États-Unis, 350 milliards de pertes pour l’économie mondiale, et bien d’autres pertes qui ne peuvent être calculées. Cela inclut des dommages incommensurables à la confiance des gens, à la consommation et à la volonté d’investir. Malgré cela, les attaques ne sont pas encore la cause directe de la récession. Elles ont seulement renforcé la récession et ajourné la reprise économique.

Fondamentalement, la récession économique aux États-Unis est causée par les quatre facteurs suivants : Premièrement, la surproduction cyclique, surtout l’investissement excessif dans l’industrie de technologie de l’information (IT), a fait d’une chute économique une apparente possibilité. Deuxièmement, l’écrasement du marché des valeurs, surtout celui de Nasdaq, a causé directement le ralentissement économique. Troisièmement, l’environnement macroéconomique est devenu négatif sous l’austère politique monétaire introduite par la Réserve fédérale des États-Unis à la suite de la surchauffe de l’économie et de la hausse des prix du pétrole. Quatrièmement, les éléments structurels comme un énorme déficit du commerce extérieur, des dettes familiales et corporatives et un bas taux d’épargne ont enrayé la croissance économique.

Par analogie, on pourrait dire que 2000 a été le « printemps » quand l’économie a connu une croissance de 3,8 %, la meilleure performance depuis dix ans; et 2001 est l’hiver, avec une chute de 1,3 %, le plus bas niveau depuis 1991.

Pourquoi une telle différence? Je pense qu’elle est attribuable à la dépendance croissante des économies comme résultat de la mondialisation économique et la généralisation mondiale des technologies de l’information. De plus, les États-Unis comme leader de l’économie mondiale exercent une remarquable influence sur le commerce mondial et la coopération économique, de même que sur l’économie des autres pays et régions. Dans cette situation, l’échec de l’économie des États-Unis, moteur de la croissance économique mondiale, peut causer un impact immédiat sur l’économie du monde.

Comme les États-Unis représentent 25 % du commerce mondial, et sont le plus important importateur de produits électroniques et informatiques, leur récession économique affecte directement et indirectement l’économie des autres pays et régions. De plus, le krach de leur marché des valeurs qui compte pour 46 % du marché mondial des capitaux, a aussi une influence marquante. Le marché des capitaux a régressé de 11 trillions de USD durant les douze mois se terminant en septembre 2001, et les marchés japonais et européen, respectivement de 2 et 1,5 trillions de USD. De plus, de lourdes pertes et une diminution des fusions et acquisitions transfrontalières ont causé une baisse considérable de l’investissement direct par les multinationales étatsuniennes et européennes.

BI: Des spécialistes croient que les États-Unis resteront en récession pendant assez longtemps, tout comme le Japon. Mais d’autres ne sont pas d’accord, disant que l’économie des États-Unis ne peut se comparer à celle du Japon d’il y a dix ans. Pouvez-vous faire quelques prédictions sur la reprise économique aux États-Unis?

Zhen : S’il ne se produit pas d’autre incident majeur, comme une expansion de la guerre ou l’escalade d’attaques terroristes vengeresses, l’économie des États-Unis pourrait demeurer en état de stagnation au premier trimestre, commencer à se relever au deuxième, et maintenir une croissance lente le reste de l’année. Les attaques terroristes ont eu un impact temporaire et très limité sur l’économie des États-Unis car elles n’ont ni ébranlé ses fondements ni détruit les systèmes financier et économique du pays. Bien que les bureaux d’un certain nombre d’institutions financières aient été rasés avec le World Trade Centre, le système financier et le marché n’ont pas été paralysés du tout. La Bourse a repris ses opérations quatre jours après les attaques et les institutions affectées n’ont pas tardé à suivre. Joseph E. Stiglitz, un lauréat du prix Nobel d’économie, a souligné qu’il y a plus de panique que de menace réelle de récession économique, car les statistiques montrent que la réaction aux attaques est plutôt ordonnée. Les recherches effectuées par les conseillers économiques du président Bush sur plus de 20 incidents désastreux depuis 1970 ont révélé que l’influence négative de ces désastres sur l’économie dure moins de trois mois. De plus, la reconstruction qui suit aide à la reprise de l’économie. Il existe également des facteurs positifs de la reprise économique, comme la coupure du taux d’intérêt à la suite des attaques, l’augmentation des dépenses gouvernementales, le boum de la construction, et des marchés financiers plus stables à cause d’une meilleure coordination des taux d’intérêt, du taux de change et autres mesures économiques entre les États-Unis, le Japon et l’Europe.

Mais la reprise économique aux États-Unis ne sera pas très marquée cette année à cause des restrictions suivantes. Premièrement, le rajustement des industries de haute technologie est loin d’être complet, et il faut encore régler la surproduction et les difficultés financières (les dettes d’entreprises représentent 150 % du PIB), ce qui rend impossible une nouvelle vague d’investissement dans l’équipement de production. Deuxièmement, plusieurs stocks sont encore surévalués et la prévision de profit est faible, ce qui empêche une remontée appréciable des prix des marchandises. Troisièmement, l’augmentation continue du chômage et la chute possible du revenu libre qui, combiné à l’augmentation des dettes des ménages et au déclin de l’épargne, maintiendront la consommation au plus bas. Enfin, la demande extérieure est aussi limitée, vu le ralentissement économique mondial.

L’économie mondiale après le 11 septembre

BI : Quelles sont les perspectives de l’économie mondiale en 2002 ? Quels facteurs principaux influenceront le développement économique du monde ?

Zhen : Je pense que l’économie mondiale sera surtout définie par la situation économique aux États-Unis. Plus concrètement, elle dépend des quatre facteurs suivants :

1. Les mesures macroéconomiques. Au sujet de la politique monétaire, the Fed a coupé le taux d’intérêt onze fois en 2001 au plus bas niveau depuis 40 ans. Parallèlement, la Banque centrale européenne et la banque d’Angleterre ont aussi coupé le taux d’intérêt. Ces mesures ont déjà commencé à porter des fruits. Quant à la politique fiscale, le gouvernement Bush, pour encourager l’investissement dans l’entreprise et la dépense personnelle, a aboli des taxes sur le profit du capital et le revenu d’entreprise, offrant des allocations aux familles à bas revenu et augmentant les prestations d’assurance chômage.

2. La consommation. Les dépenses des consommateurs, qui représentent les deux tiers du PIB des États-Unis, sont cruciales dans la relève économique. En 2002, la reprise sera surtout alimentée par le retour de la confiance des consommateurs et leurs dépenses. Outre la coupure des taux d’intérêt et la réduction des taxes, la stabilisation et la remontée des prix de l’immobilier et de la Bourse aideront à la reprise de la consommation.

3. Rajustement de la Nouvelle Économie. Le glissement continuel de l’investissement et l’activité manufacturière de l’industrie IT ne signifie pas la mort de la nouvelle économie. Au contraire, il s’agit d’un rajustement majeur de la relation entre la production et le marché. Bien que ce rajustement ne soit pas encore achevé, la surproduction sera un peu allégée grâce à l’augmentation de l’achat par le gouvernement étatsunien d’équipement IT pour des fins de sécurité, et la croissance de la demande de produits IT, surtout des logiciels et des services, par les autres pays. Mais le bas taux de rentabilité attendu rend peu probable une nouvelle vague d’investissement et d’activité manufacturière cette année.

4. La campagne antiterroriste. Les progrès continus de la guerre au terrorisme en Afghanistan ont aidé à stabiliser le marché des valeurs et les prix du pétrole. Mais si l’on perd le contrôle de la guerre, les consommateurs du marché du pétrole et les investisseurs seront touchés encore plus gravement. Une guerre incessante peu stimuler l’économie d’une certaine façon.

Liang Youcai (conseiller économique en chef au Centre d’information de Chine, chercheur spécialisé sur le modèle macroéconomique): Les attaques du 11 septembre ont empiré l’économie mondiale déjà récessive. Après les attaques, le ralentissement économique s’est étendu d’une poignée de pays développés, particulièrement les États-Unis, à de plus en plus de pays et unités économiques du monde. L’analyse faite par UN LINK montre que chaque point de pourcentage de baisse de l’économie des États-Unis cause une baisse de 0,87 % du commerce mondial.

Mais les attaques terroristes ont aussi forcé plusieurs pays développés et unités régionales à rajuster leur macroéconomie et à relâcher leurs mesures monétaires et financières, ce qui a conduit au développement économique. Dans la chute économique cyclique, toutefois, les mesures monétaires jouent un rôle limité à cause des mesures à court terme des entreprises dans la Nouvelle Économie et du peu de confiance. De plus, une politique financière à long terme est aussi problématique car elle peut annuler l’investissement personnel et affecter la productivité.

À long terme, les attaques du 11 septembre, et surtout l’action militaire qui a suivi et les mesures de rajustement, mèneront à des changements majeurs dans la distribution des ressources entre les divers secteurs dans certains pays. Les dépenses militaires et de sécurité accrues signifient que davantage de ressources passeront du secteur manufacturier au secteur non-manufacturier, produisant une influence négative sur l’économie mondiale, surtout l’économie des États-Unis. Parallèlement, le modèle et l’échelle du commerce mondial et de l’afflux des capitaux changeront aussi de façon significative. Même si l’on apporte plus d’aide aux pays en développement, indépendamment des besoins causés par les actions terroristes, le total de l’aide gouvernementale  au développement dans l’ensemble du monde va diminuer. Le commerce international, qui est le nœud de la mondialisation économique, devrait recommencer à augmenter au milieu de cette année, et grimper de 5 % environ à la fin de l’année.

Entre-temps, la circulation des capitaux privés va aussi décroître dans le monde. On peut prévoir que les capitaux qui affluent dans les pays en développement et les pays qui sont en train de passer du socialisme au capitalisme diminueront considérablement à la suite de l’augmentation des risques pour les investisseurs internationaux. Le coût des levées de fonds pour ces pays sur le marché international augmentera aussi de beaucoup.

Bien que le prix des biens courants sur le marché mondial soit très près des prévisions précédentes, les attaques terroristes ont compliqué l’équilibre dynamique entre la demande et l’approvisionnement.

Sur le marché de change étranger, les taux de change entre le dollar des États-Unis et les autres devises ont connu un important revirement après le 11 septembre.

Le ralentissement économique varie en étendue et en profondeur selon les pays et régions. L’économie japonaise, qui languit dans la récession à cause de problèmes nationaux et structurels, a chuté encore à la suite des attaques, et a peu d’espoir de remonter en 2002. La chute économique dans plusieurs pays d’Europe, d’abord causée par les attaques, est maintenant de plus en plus reliée à leurs problèmes internes. Le taux d’intérêt coupé par la Banque centrale européenne et la baisse du  prix du pétrole favoriseront la reprise cette année dans ces pays.

Le Canada sera durement touché par la récession aux États-Unis, tandis que l’Australie et la Nouvelle-Zélande connaîtront une chute beaucoup plus douce.

Parmi les pays en développement, l’entité économique asiatique souffrira davantage des conséquences du déclin de l’exportation des États-Unis et du Japon et de la stagnation de l’industrie mondiale de l’information et de la communication. Entre-temps, le marché des valeurs de la région a dégringolé, étant donné la perte de confiance.

En Amérique latine, la situation économique sera exacerbée par l’impact de la récession aux États-Unis.

Pour les pays d’Afrique, la diminution de croissance économique prévue est surtout associée aux troubles politiques et autres facteurs nationaux.

Le ralentissement économique aux États-Unis a eu peu d’effet sur les pays de CIS ??? et ceux de l’Europe de l’Est (sauf la Pologne) et n’en aura pas beaucoup cette année non plus.

Par contre, la campagne antiterroriste mondiale affectera l’économie de certains pays d’Asie du Centre, du Sud et de l’Est, ralentissant de beaucoup la croissance de leur PIB. L’impact économique sur ces pays varie aussi selon leur situation géographique, politique et économique.

Influence des attaques terroristes du 11 septembre sur l’économie chinoise

BI : Les liens économiques entre la Chine et le reste du monde se resserrent toujours davantage. Alors, quand l’économie mondiale connaît une baisse ou la récession, la Chine est affectée. Quelle conséquence directe les événements du 11 septembre ont-ils sur l’économie chinoise ?

Liang : Je pense que les attaques du 11 septembre produiront leur influence la plus directe sur l’économie chinoise sous cinq aspects, notamment la croissance de l’exportation, l’investissement  étranger direct (IED), la déflation, la valeur du yuan chinois et la confiance des consommateurs.

BI : L’exportation est un important moteur de la croissance économique. Quels sont ses effets sur l’économie chinoise après le 11 septembre ?

Liang : Les attaques terroristes du 11 septembre ont une influence directe sur l’exportation chinoise. L’économie mondiale était déjà récessive avant les attaques, et par la suite, la demande de plusieurs pays et régions d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie de l’Est a encore diminué. Actuellement, l’exportation chinoise vers ces pays et régions représente 83,6 % de leur total. Les exportations vers les États-Unis comptent pour 21,5 % ; vers le Japon, 16,6 5 ; vers la Communauté européenne, 15 % ; vers les économies montantes d’Asie, 30,5 %. La proportion de l’import-export dans le PIB de la Chine s’est élevée de 4 % en 1970 à plus de 40 %. L’exportation représente 20 % du PIB. Par conséquent, la baisse de la demande des pays et régions comme les États-Unis ralentit inévitablement la croissance de l’exportation de la Chine et affecte son développement économique.

Il faut aussi noter que, comme le montrent les statistiques, dans la seconde moitié de 2001, le taux de croissance de l’import-export des plus importants partenaires commerciaux de la Chine a commencé à chuter rapidement. Certaines économies de l’Asie de l’Est ont connu une croissance négative pendant plusieurs mois consécutifs. Selon les prévisions des Nations unies, le volume commercial des biens de consommation du monde en 2001 sera zéro, 6 % de moins que selon les prévisions d’avant le 11 septembre. La reprise de croissance pourrait advenir vers la moitié de 2002, pour une moyenne annuelle de 5 % environ. Toujours selon les prévisions des Nations unies sur l’économie mondiale et la croissance commerciale dans les divers pays en comparaison avec le commerce chinois et le commerce mondial, les attaques du 11 septembre ont diminué la croissance de l’exportation chinoise de 2 % en 2001, et l’affecteront de 6 % en 2002. Aussi à cause du 11 septembre, le commerce des services, surtout le tourisme, connaîtra une chute importante.

BI : Malgré l’influence négative du 11 septembre sur l’exportation chinoise, on semble penser que les capitaux internationaux afflueront massivement en Chine à cause de la stabilité politique du pays et du développement économique. En tant qu’experts, qu’en pensez-vous?

Hu Jian (directrice adjointe de l’Institut d’économie de l’Université de Beijing et membre de l’Académie des femmes scientifiques des pays du tiers-monde): C’est un point de vue qui a du sens. Grâce à la stabilité politique et à la prospérité économique en Chine, les investissements et les capitaux internationaux pourraient trouver une nouvelle « oasis » et un « point d’appui » en Chine. Mais les attaques du 11 septembre ont intensifié la crainte et l’incertitude générales des investisseurs qui vont probablement réduire leurs investissements dans tous les pays. Malgré son développement économique, sa stabilité politique et ses invitations constantes aux investisseurs étrangers, la Chine sera touchée d’une certaine manière.

Liang : Je ne suis pas très optimiste face à l’absorption des capitaux étrangers par la Chine. En 2000, la Chine a été le pays en développement qui a attiré le plus de IED, soit 40,7 milliards de USD. En 2001, comme la plupart des pays connaissaient un ralentissement évident de leur économie, la Chine est devenue un des pays à la croissance économique des plus rapide. Avec en plus la bonne nouvelle de l’accession de la Chine à l’OMC, cela a propulsé la croissance de l’IED. De janvier à septembre, IED a totalisé 32,2 milliards de USD, une hausse de 20,7 % sur la même période de 2000. Toutefois, comme les plus importants exportateurs de capitaux commençaient à rencontrer des difficultés après le second trimestre de 2001, leurs capitaux exportés ont considérablement diminué, conduisant à une chute notoire de l’IED du monde en 2001. Le 11 septembre a aggravé cette tendance. Selon la Banque mondiale, l’afflux de l’IED vers les pays en développement en 2001 a été d’environ 160 milliards de USD, une diminution de 80 milliards ou du tiers par rapport à 2000.

Cette baisse a produit un effet négatif sur l’absorption par la Chine de l’IED. Évidemment, les attaques du 11 septembre ont causé une chute dans plusieurs pays tandis que l’économie chinoise se maintenait à un taux relativement haut, ce qui a accru les chances de la Chine d’attirer des capitaux étrangers. Mais une analyse globale indique que le 11 septembre a produit plus d’effets négatifs sur l’absorption des capitaux étrangers par la Chine ; sans les attaques, les IED auraient été plus importants en 2001 et 2002.

BI : Alors, que devrait faire la Chine pour attirer davantage de capitaux étrangers?

Hu : La Chine devrait poursuivre sa politique de consistance et de stabilité. Avec l’instabilité qui prévaut actuellement dans le monde, la Chine peut être fort attrayante si elle adopte des mesures fiscales actives des mesures monétaires modérées tout en maintenant sa croissance économique et sa stabilité politique. Suivant son entrée dans l’OMC, la Chine devrait accélérer son ouverture aux capitaux étrangers, bien qu’elle ait cinq ans selon l’entente. De plus, nous devons nous préparer contre une éventuelle crise du capital international qui pourrait aussi avoir un impact négatif et causer des problèmes. La Chine doit améliorer ses règles et son contrôle des effets négatifs, compléter son système légal et améliorer l’application des lois. Pour ma part, je pense que la Chine a encore un long chemin à parcourir pour former un environnement idéal au sain développement des capitaux internationaux, aux investissements directs et indirects.

Liang: La Chine devrait considérer son accession à l’OMC comme une bonne occasion d’accélérer la réforme de sa structure et de son système économiques. Ensuite, elle doit améliorer les conditions d’investissement et de pratique des affaires, faire de la possibilité d’accroissement des capitaux étrangers en Chine une réalité, et compenser pour la situation défavorable de l’exportation.

BI: Avant les événements du 11 septembre, la Chine faisait face à la déflation. Certaines personnes déclarent que ce problème s’est accru après les attaques. Quelle est votre opinion, M. Liang ?

Liang : Il est vrai que les attaques ont accru la pression de la déflation en Chine. À cause de la crise financière de 1997 en Asie du Sud-Est, la Chine a sûrement connu la déflation en 1998 et 1999, quand les prix ne cessaient de baisser. En 2000, la déflation a été contrôlée et les prix ont recommencé à monter. Cela était attribuable principalement à une politique fiscale active qui stimulait la demande intérieure. Par ailleurs, la hausse substantielle des prix du pétrole sur le marché international a aussi aidé. La fluctuation des prix du marché intérieur est étroitement reliée aux tendances du marché international. Par conséquent, la chute des prix sur le marché international intensifie la pression de la déflation en Chine. Plus important encore, comme résultat du ralentissement de la croissance de l’exportation et de la stagnation de la consommation intérieure, le surplus d’approvisionnement va empirer. Alors, je pense que la Chine fera face à une plus importante déflation en 2002.

BI : Maintenant, le taux d’intérêt du yuan chinois est plus élevé que celui du dollar étatsunien, et l’écart entre l’intérêt sur le yuan et sur la majorité des devises européennes s’est beaucoup rétréci. Pensez-vous que le yuan rencontrera la pression de l’évalutaion, M. Liang ?

Liang : Les variations du taux de change du yuan reposent surtout sur les changements de l’écart entre la croissance économique du pays et celle de l’étranger, la balance des paiements internationaux et la différence du taux d’intérêt entre le yuan et les principales devises internationales. Après le 11 septembre, les changements de ces éléments ont ajouté à la pression.

La Chine devrait adopter une politique monétaire plus flexible tout en continuant avec une politique fiscale active. Mais il reste bien peu de place pour plus de coupures de taux d’intérêt des dépôts à terme d’un an du yuan.

BI: Les attaques du 11 septembre ont aussi produit une influence défavorable sur la confiance des consommateurs chinois, mais la Chine continue de stimuler la demande intérieure. Comment résoudre cette contradiction.

Liang: Le choc, la panique, l’inquiétude et le sens d’incertitude résultant des attaques terroristes vont aussi affecter la confiance des consommateurs chinois. Comme les plus grands partenaires commerciaux de la Chine sont entrés en récession après les attaques, la demande de produits chinois sur le marché international a diminué, ce qui va abaisser le taux d’opération de certaines entreprises chinoises et augmenter le nombre de travailleurs mis à pied. L’augmentation du chômage va définitivement diminuer la confiance des consommateurs. Des données statistiques indiquent que l’index de la confiance des consommateurs chinois en septembre était plus bas qu’en août. Dans ces circonstances sérieuses, la baisse de confiance produit un cercle vicieux qui conduit à la réduction des dépenses de consommation, et le ralentissement de la croissance de la consommation mène à une chute de la croissance économique, qui entraîne une baisse de la croissance du revenu des habitants, et une nouvelle baisse de confiance… Dès lors, la priorité de la politique macroéconomique chinoise devrait être de stabiliser et restaurer la confiance.

À long terme, l’exportation chinoise va ralentir mais l’importation va s’accélérer, ce qui réduira la balance commerciale favorable année par année. Dans ces circonstances, la croissance économique de 7 % de la Chine reposera surtout sur la demande intérieure. En 2002, le gouvernement central devra accorder la priorité à la consommation des habitants, surtout dans les campagnes. Depuis 1996, le prix des produits de ferme et des produits secondaires (accessoires ? parallèles ?) a baissé de 7 % par année tandis que la valeur de production des fermiers augmentait d’à peine 3 % et que leur revenu diminuait. Pour résoudre ce problème, le gouvernement doit réduire le fardeau des fermiers et leur donner les moyens d’étendre et développer la production, en améliorant progressivement l’environnement et les moyens de consommation de base des zones rurales.

BI: Le 11 septembre a plongé la Bourse chinoise dans la panique, de même que celles des États-Unis et d’Europe. La Bourse chinoise est en baisse en ce moment. Prof. Hu, quelle en est la raison selon vous ?

Hu: Tout ce qui arrive à la Bourse chinoise est lié selon moi au marché financier international, parce que le yuan chinois n’est pas convertible. Les capitaux étrangers peuvent entrer en Chine par l’investissement dans les actions de type B. Le marché des actions B est beaucoup plus petit que le marché des actions de type A. Même si des entreprises à capitaux étrangers ont la permission de coter en Bourse, elles sont peu nombreuses. Alors, le marché chinois des valeurs est moins sujet à la panique qu’en Europe ou aux États-Unis. Il est vrai que le marché des valeurs est à la baisse, mais cela est dû aux problèmes de ce marché lui-même. Même les firmes comptables font actuellement face à un problème de bonne foi, qui requiert une solution d’urgence. Surtout en 2001, avec la régulation plus intense, plusieurs problèmes montent à la surface et affectent la confiance des investisseurs. Le marché des valeurs de Chine doit avant tout améliorer sa structure institutionnelle, et le gouvernement doit améliorer l’administration de ce marché où il a encore un grand rôle à jouer. Les fluctuations de 2001 dépendaient des changements de politiques gouvernementales. Il faut de la stabilité dans les règles du marché, sinon on rencontrera des hauts et des bas.

Il faut souligner que le marché des valeurs n’est qu’une partie du marché financier du pays. En ce moment, bien des problèmes du premier sont des problèmes du marché financier. En fait, le développement des deux est relié au développement des autres marchés comme les banques, les obligations, les emprunts et prêts interbancaires. Il faut donc synchroniser le développement de tous les marchés.

BI: L’investissement, la consommation et les exportations sont les trois forces de la croissance économique de la Chine. Existe-t-il des moyens d’alléger l’impact des « cinq aspects » que vous avez mentionnés, M. Liang ?

Liang : L’impact des « cinq aspects » résulte de la chute de la croissance économique chinoise en 2001-02, et augmente la déflation. Pour alléger les effets négatifs des attaques terroristes, et maintenir la croissance rapide de l’économie nationale, la Chine doit continuer à stimuler la demande intérieure. En même temps, en adoptant une politique fiscale active, elle doit adopter une politique monétaire facile pour accroître l’approvisionnement. Elle doit aussi trouver des mesures pour encourager l’exportation et étendre ses marchés outre-mer, ajuster la structure de l’exportation des biens et les régions, et appliquer la stratégie de diversification du marché. Mais c’est un processus qui requiert du temps. À l’heure actuelle, il faut adopter des mesures pour étendre l’exportation, conserver les marchés existants et en explorer de nouveaux.

Comme je l’ai mentionné, la Chine doit aussi améliorer les conditions d’investissement et d’affaires afin d’attirer l’investissement étranger.