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Derrière le mythe d’un village de Chine

WQNG ZHE

De larges avenues, des pelouses, des villas au toit rouge, cela n’existe que dans les rêves des fermiers chinois et dans le village no8 de Guanqiao au Hubei.

La famille de Zhou Jianhu y vit. Zhou et sa femme travaillent à l’usine du village et gagnent ensemble 50 000 yuans par an. Leur maison de 300 m2 à deux étages comprend un salon, un studio, une salle d’exercices, des chambres à coucher et il reste des pièces vides. Des plantes en pots enjolivent l’escalier. Même le poulailler et la porcherie sont d’une extrême propreté. Entre 6 et 7 h du matin, chaque famille dépose son sac de déchets à l’extérieur et les éboueurs le ramassent.

Vu comme un mythe chinois, ce village est devenu une attraction touristique. Plus de 30 délégations étrangères l’ont visité.

Créateur du mythe

Le créateur du village no8 est Zhou Baosheng. Grand et fort, Zhou parle peu mais pense beaucoup. Né en 1953, il a grandi dans une extrême pauvreté. Il voulait changer la situation. Son père, alors chef de village, lui disait qu’à sa place il ne ferait pas mieux. Zhou répliqua: « Si j’étais à ta place, je laisserais les villageois avoir assez de nourriture la première année et nous épargnerions 100 000 pour le village la seconde année. »

En 1979, Zhou remplaça son père comme chef. On en était dans la phase expérimentale de « responsabilité contractuelle » qui accordait plus d’autonomie aux agriculteurs et leur allouait de la terre comme motivation. Zhou, malgré l’opposition de son père, divisa la terre arable en parcelles qu’il attribua en forfait aux villageois. Ainsi les villageois vendirent-ils le montant de céréales fixé à l’État et gardèrent-ils le reste. Encouragés, ils produisirent 75 000 kg de plus par année.

Puis Zhou fit planter par les villageois 93 ha de forêts et 16 ha de théiers sur les collines du voisinage.

Début du commerce

L’agriculture seule ne pouvait enrichir le village. Zhou loua trois pièces à Guanqiao en 1980 pour y ouvrir un comptoir d’aliments et fabriquer de la crème glacée. En un an, le village tira 7 000 yuans de ce commerce.

Puis Zhou se tourna vers les mines. Il investit les 600 yuans de ses économies personnelles et dit: « Nous aurons une mine. Si nous faisons du profit, ce profit appartiendra à tout le village. Si nous perdons de l’argent, j’assumerai les pertes moi-même. »

En 1985, le village était déjà passablement riche; les habitants avaient des maisons à deux étages, le téléphone et des électroménagers. Il fallait penser à l’avenir; il y avait deux différents points de vue: diviser l’argent déjà gagné ou vivre sur les acquis et ne plus entreprendre de projets de peur du risque. Zhou décida de hausser un peu les revenus individuels et de verser la grande partie des économies dans l’expansion des affaires.

Si plusieurs projets du genre ont échoué, c’est dû à une accumulation inadéquate de capitaux pour le développement. Au cours des années, Zhou a investi plus de 2 millions de yuans dans la construction d’un système d’irrigation et d’autres infrastructures agricoles. Par conséquent, 15 ha de terre arable furent transformés en terre fertile à l’abri de toute éventualité.

Changement de chemin

Un bon dirigeant doit sentir approcher les crises quand tout le monde est optimiste. Le village était de plus en plus prospère; Zhou se demandait combien de temps cela pouvait durer car la prospérité était basée sur les mines, les fours à briques, bref, sur les faibles ressources locales. Zhou se dit qu’il fallait passer de l’industrie traditionnelle à la haute technologie.

Liu Yesheng, professeur et expert en matériaux magnétiques, se trouva à visiter le village. Il fut impressionné par sa haute technologie, son ordre social. Trois jours plus tard, il lança une étude de faisabilité concernant l’investissement, d’où jaillit le Yangtsé Alloy Plant , qui engendra 500 000 yuans de profits dès la première année.

En 1996, Zhou se tourna vers la fabrication de câbles d’acier, très demandés dans la construction de ponts suspendus. Il rencontra lors d’une réunion Ge Xiurun, de l’Académie des sciences de Chine, qui avait développé un type de câble extensible qu’on ne trouvait alors qu’en Allemagne. Mais Ge avait des problèmes d’industrialisation. Zhou saisit l’occasion et signa un accord avec Ge.

Les câbles produits par le groupe Tianye ont servi à la construction des ponts Baishazhou et Junshan sur le Yangtsé. Sauf Tianye, une seule grande usine de Shanghai peut fabriquer ces câbles.

Zhou comprend l’importance d’attirer des personnes compétentes. Il a fait construire de jolis appartements pour les vingt experts qui travaillent à Tianye, et chacun a son chauffeur; ils disposent aussi de fonds de recherche. Le groupe Tianye, qui compte maintenant plus de cent professionnels scientifiques et technologiques, a forgé des liens avec l’université Qinghua et d’autres instituts de recherche.

Quant à Liu Yesheng, le village lui a rapporté plus d’un million de yuans de boni.

L’architecte du Village

Tout, dans le village, a été conçu par Zhou et son équipe. Avant la construction, Zhou a promis à chaque habitant les matériaux nécessaires plus 20 000 yuans, à condition que les maisons soient bâties selon le style prévu et avec toit rouge. Un seul villageois a refusé le plan; il n’a pas reçu les subventions et sa maison est toujours la seule qui diffère de l’ensemble.

« S’il est facile de démolir de vieux bâtiments et d’en construire de nouveaux, il est difficile de changer l’esprit des gens et de leur inculquer des valeurs modernes, dit Zhou. Il faut atteindre le progrès social et le civisme. Si les gens ne comprennent pas par la raison, ils faudra leur imposer une amende; c’est le seul moyen de changer les habitudes des campagnards.» Deux personnes se sont vu imposer une amende jusqu’à maintenant, et elles n’en tiennent pas rigueur à Zhou. « Il avait raison », a dit l’un des contrevenants. Zhou travaille fort pour le village nº8, qui n’a jamais demandé un sou à l’État ni n’a joui de mesures préférentielles. Ses conditions naturelles sont même inférieures à celles des villages environnants. Toutes ces réalisations ont été accomplies par Zhou et les habitants du village eux-mêmes. »