 |
L'HEURE DE LA PRIÈRE : Les orphelins de l'ACC assistent aux cérémonies, mangent de la nourriture végétarienne et pratiquent le kungfu |
C'est la fin de l'après-midi; le soleil dessine des reflets roses sur chaque silhouette qui dépasse, depuis les bouteilles vides jusqu'aux roues des bicyclettes qui passent. La route poussiéreuse de Blantyre à Limbe, au Malawi, est bordée de cahutes délabrées, de boutiques colorées, de bars et d'échoppes de produits électroniques d'occasion. Les vendeurs de rue vont et viennent avec agitation et essayent de réaliser la dernière affaire de la journée.
L'immersion dans cette atmosphère chaotique s'arrête brutalement par un virage brutal à droite. À partir de ce point, la route, qui s'engage dans les collines, devient de moins en moins praticable. Une surprise attend ceux qui, inconscients du secret qui se cache au sommet du plateau qui émerge, sont soudain transportés de l'Afrique australe à l'Asie.
Une puissante cloche résonne dans l'air, tandis qu'on perçoit les voix d'enfants chantant des sutras. Un gigantesque temple bouddhiste émerge des collines et les silhouettes de moines courant en tous sens dans une posture parfaite, vêtus de robes grises et marron, éveillent les sens. Nous sommes à Amitofo Care Center (ACC), une institution philantropique transculturelle qui apporte de la compassion dans un des pays les plus pauvres du monde.
Une fondation philanthropique
Lorsque Lucy Tikitha avait neuf ans, elle a été emmenée de son village du sud du Malawi à Phalombe et recueillie à l'ACC, situé dans la banlieue de Blantyre, la capitale financière du Malawi. Tikitha a seize ans. Elle parle désormais couramment le mandarin, pratique le kungfu au niveau international, assiste aux enseignements bouddhistes tous les matins à 5 heures, pratique la méditation et suit un régime végétarien strict. Tikitha vit dans un dortoir avec 19 filles, dont certaines ont moins de 3 ans.
L' ACC du Malawi est constitué d'un centre administratif, de 16 dortoirs, d'une école préparatoire, d'un jardin d'enfants, d'une bibliothèque, d'un centre d'activités, d'un centre médical, d'un centre de formation professionnelle et d'un centre religieux. L'ensemble héberge 265 orphelins comme Tikitha.
Ce genre de centres existent dans tout le continent africain, en Afrique du Sud, au Swaziland, au Burkina Faso, au Tchad, en Gambie, à Sao Tomé et Principe, au Nigeria, en Zambie, au Zimbabwe et au Cameroun.
Tikitha est heureuse à l'ACC, qui est devenu sa seconde maison. Ici, elle a la chance d'apprendre des choses qu'elle n'aurait jamais pu apprendre dans son village. Là-bas, les filles tombent enceinte dès 14 ans et si Tikitha y était restée, il est probable qu'elle aurait déjà eu un enfant.
D'après les statistiques de l'Organisation mondiale de la santé pour 2009, 11 % des Malawites entre 15 et 49 ans sont porteurs du VIH. Tikitha, comme la plupart des enfants malawites ici, a été confiée au ACC car ses parents souffraient du VIH et ne pouvaient s'occuper d'elle.
Quand le vénérable Hui Li, le fondateur du ACC, a effectué sa première visite au Malawi en 1998, il a remarqué le pourcentage élevé de Malawites vivant avec le VIH et a réalisé que cela aurait pour conséquence qu'une partie importante de la prochaine génération du Malawi serait sans parents et sans instruction. L' ACC a ouvert en 2002 avec seulement 20 orphelins. Il accueille aujourd'hui plus de 265 orphelins et est géré par 19 employés asiatiques, dont 10 Chinois, et 89 Malawites.
Les enfants du centre sont non seulement pris en charge, mais reçoivent aussi une éducation. Ils suivent le programme éducatif du Malawi dans toutes les classes, avec en plus des cours sur le bouddhisme et des leçons de mandarin. Outre le mandarin, les enfants étudient aussi l'anglais et le chichewa, la langue locale au Malawi, leur permettant ainsi de parler les trois langues à l'âge de 16 ans. Tikitha et plusieurs autres orphelins ont également la chance d'avoir obtenu des bourses pour poursuivre leurs études dans une université asiatique de leur choix. Tikitha voudrait étudier les soins infirmiers à Hong Kong, mais espère revenir vivre et travailler au Malawi.
|