2025-08-01 |
Sur la route du café |
VOL. 17 / AOÛT 2025 par GODFREY OLUKYA · 2025-08-01 |
Mots-clés: production de café en Ouganda |
Dans sa ferme de Ntungamo, dans l’ouest de l’Ouganda, Nelson Mutabazi cueille les cerises de café. (GODFREY OLUKYA)
Ces dernières années, la Chine s’est prise de passion pour le café, portée par une classe moyenne en quête de nouvelles saveurs et par l’essor des cafés de spécialité. Cette dynamique a eu un impact notable dans les pays producteurs, notamment en Ouganda.
« La Chine est aujourd’hui l’un des plus gros importateurs de notre café. Elle en achète désormais d’importants volumes, et nous sommes fiers d’être devenus l’un de ses principaux fournisseurs », a déclaré la vice-Présidente ougandaise, Jessica Alupo, à Kampala.
D’après Statista, le marché chinois du café pèse environ 11,5 milliards de dollars par an et devrait croître de 10 % sur cinq ans. La consommation, elle, progresse de 15 à 20 % par an. La Chine est aussi le deuxième marché mondial de Starbucks, derrière les États-Unis.
Un nouvel élan pour la filière ougandaise
Dans les années 1960, le café constituait la principale culture de rente en Ouganda. Mais les soubresauts politiques des décennies suivantes ont plongé le secteur dans une profonde crise. Nombreux sont les agriculteurs qui ont alors arraché leurs caféiers, découragés par des cours mondiaux en chute libre. Depuis le début des années 2000, les autorités tentent de redonner vie à cette filière.
Il y a quelques années, le Président Yoweri Museveni a initié un programme de relance en distribuant gratuitement des plants dans les régions caféicoles. « Je suis heureux que certains aient suivi mes recommandations. Cela a contribué à accroître la production. J’ai toujours encouragé ceux qui disposent d’au moins 4 acres (1,6 hectare) à consacrer un acre au café, et à utiliser le reste pour les cultures vivrières et l’élevage. Aujourd’hui, je me réjouis de voir tant de familles bénéficier de la hausse des prix », a-t-il affirmé le 12 mai, lors d’un déplacement dans le district de Kasese, à l’ouest du pays.
« Lorsque l’Ouganda a commencé à exporter du café vers la Chine, les prix ont grimpé sur le marché intérieur, ce qui a incité de nombreux agriculteurs à se lancer. Cette dynamique a renforcé notre production nationale », a souligné Matia Kasaija, ministre des Finances, de la Planification et du Développement économique.
Un marché prometteur
Les exportations ougandaises de café vers la Chine connaissent une forte progression. Entre février et mars, elles ont bondi de 190 %, avec 35 532 sacs de 60 kg expédiés en mars contre 12 264 le mois précédent. La Chine est désormais le deuxième marché asiatique du café ougandais, devant le Japon, et le sixième au niveau mondial.
Selon Charlotte Kemigisha, porte-parole du ministère de l’Agriculture, de l’Industrie animale et des Pêches, les volumes et recettes ne cessent d’augmenter : de 33 328 sacs en 2019-2020 à près de 63 000 sacs en 2023-2024, pour une valeur de 12,5 millions de dollars.
Une délégation de professionnels chinois du café a visité le pays en mai pour renforcer les échanges. « Nous voulons faire de l’Ouganda une référence mondiale du café traçable et haut de gamme », a déclaré Doryn Negesa, responsable marketing du ministère de l’Agriculture, de l’Industrie animale et des Pêches. Pour le ministre des Affaires étrangères Jeje Odong, cette percée repose sur une étroite coordination entre les institutions ougandaises et leurs partenaires chinois.
Un partenariat gagnant-gagnant
La demande croissante de la Chine a apporté de nombreux bénéfices aux caféiculteurs ougandais, avec une hausse sensible des revenus et une nette amélioration des conditions de vie.
Robert Bogere, président de l’Association des producteurs de café de l’Est de l’Ouganda, témoigne : « Nos revenus ont considérablement augmenté. L’essor du café a changé notre quotidien, à nous et à nos familles. »
Zhang Wei, commerçant chinois basé en Ouganda, indique à CHINAFRIQUE que la montée de la consommation chinoise a aussi profité à son pays, en facilitant l’accès au café ougandais de haute qualité. « La Chine bénéficie aujourd’hui d’un accès privilégié à l’Arabica ougandais, très prisé à l’international. Ce commerce a également ouvert de nouvelles perspectives économiques et d’investissement pour la Chine », affirme-t-il.
Exportations en pleine croissance
Le 9 août 2024, trois entreprises ougandaises, Platinum Commodities, Enkumbi Terimba et New Cafe, ont signé un protocole d’accord avec China Communications Construction Company (CCCC) pour renforcer la présence du café ougandais en Chine. La cérémonie, organisée au siège de CCCC à Beijing, s’est tenue en présence de Mme Alupo et de M. Odong.
Mme Alupo a salué le riche patrimoine caféier de son pays et promis un approvisionnement régulier vers la Chine, soulignant les retombées économiques positives de ces accords. M. Odong a, quant à lui, insisté sur leur rôle stratégique pour dynamiser les exportations.
Selon Chen Zhong, porte-parole de CCCC, les relations sino-ougandaises, établies en 1962, ont connu un tournant en 2019, lorsque les Présidents Xi Jinping et Yoweri Museveni les ont élevées au rang de partenariat stratégique global.
Aujourd’hui, plus de 50 entreprises ougandaises, dont Ugacof Uganda et Ibero Coffee, exportent vers la Chine, tandis que plusieurs sociétés chinoises du secteur sont enregistrées en Ouganda. L’essor de la consommation chinoise crée un cercle vertueux : les producteurs ougandais gagnent en revenus et en visibilité, et les consommateurs chinois accèdent à un café de qualité.
Reportage d’Ouganda
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