| 2025-12-02 |
La thérapie par la danse |
| VOL. 17 / DÉCEMBRE 2025 par JI JING · 2025-12-02 |
| Mots-clés: premier cursus universitaire ; danse-thérapie |

Des seniors participent à un cours de danse dans une université communautaire à Guiyang, dans la province du Guizhou, le 28 octobre. (PHOTOS : XINHUA)
Lors d’un cours de danse-thérapie à l’Université normale de Nanjing pour l’éducation spécialisée (NNUSE), Liu Shanshan, directrice du Bureau de l’enseignement et de la recherche en danse-thérapie, pose une question pour démarrer la séance : « Pouvez-vous décrire votre état physique et mental du moment en un mot ou en une phrase ? » Elle guide ensuite les étudiants à travers une série de mouvements doux visant à favoriser la détente corporelle.
La danse-thérapie figure parmi les 29 filières ajoutées en avril dernier au catalogue des licences universitaires du ministère chinois de l’Éducation. La NNUSE est la première à ouvrir un tel programme, qui accueille actuellement sa première promotion de futurs thérapeutes.
Née en Europe et aux États-Unis dans les années 1940, la danse-thérapie a d’abord été utilisée dans la rééducation des anciens combattants, notamment ceux souffrant de schizophrénie. La discipline est arrivée en Chine dans les années 1990, s’intégrant aux autres formes de thérapies par les arts expressifs, telles que la musicothérapie ou l’art-thérapie picturale.
Remodeler le corps et l’esprit
La danse-thérapie diffère profondément de la danse traditionnelle. Zhang Qiang, doyen de l’École de musique et de danse de la NNUSE, souligne qu’elle ne recherche ni grâce ni uniformité, mais aide, grâce à un accompagnement scientifique, à exprimer des émotions difficiles à verbaliser et à rééquilibrer corps et esprit.
Domaine appliqué interdisciplinaire, elle associe psychologie, danse, médecine et rééducation, et utilise le mouvement pour réguler les états psychologiques, améliorer le bien-être émotionnel et renforcer les compétences sociales. Cette thérapie est particulièrement efficace auprès des enfants autistes, des patients atteints d’Alzheimer, des personnes souffrant d’anxiété sociale ainsi que de celles en détresse émotionnelle, car elle facilite la libération des tensions et la réparation des traumatismes.
Les effets sont visibles en classe : les étudiants qui évaluent leur état à 3 ou 4 sur 10 en début de séance montent souvent à 8 ou 9 après les exercices. « Du début à la fin du semestre, ils perçoivent nettement les changements positifs dans l’état de leur corps et de leur esprit », observe Mme Liu.
Le cursus de danse-thérapie de la NNUSE repose sur des bases solides. M. Zhang rappelle que l’établissement possède plus de 40 ans d’expertise dans l’éducation spécialisée et a commencé à proposer des cours de guérison par la danse il y a plus de dix ans.
Au fil des années de pratique, les enseignants ont été témoins de transformations marquantes : des adolescents autistes s’ouvrant grâce au mouvement rythmique, ou encore des patients atteints de Parkinson retrouvant une meilleure aisance dans la marche.
Le programme d’études est complet. Les étudiants suivront un apprentissage systématique de la psychologie, incluant la psychologie générale et la psychologie anormale. Ils étudieront également la danse moderne, qui met l’accent sur l’expression, la liberté et l’individualité du mouvement, ainsi que l’analyse du mouvement selon Laban (LMA), élément central du nouveau cursus.
Élaborée au début du XXe siècle par l’artiste et théoricien hongrois Rudolf Laban, la LMA constitue un cadre et un langage permettant de décrire, visualiser, interpréter et documenter l’ensemble des mouvements humains.
Au premier semestre de leur dernière année, les étudiants effectueront des stages dans des établissements médicaux, des centres de rééducation, des écoles d’éducation spécialisée et des structures communautaires pour personnes âgées.
« Bien que la danse-thérapie soit un domaine émergent en Chine, elle possède un fort potentiel d’application et des perspectives de développement prometteuses, portées par l’augmentation de la pression sociale, la prise de conscience croissante de la santé mentale et les progrès de l’éducation spécialisée », estime Mme Liu.

Des étudiantes de l’Académie de danse de Beijing animent une activité avec des enfants autistes lors de l’inauguration d’un centre de danse-thérapie, à Beijing, le 8 mai.
Potentiel et défis
Selon M. Zhang, la danse-thérapie offre de vastes perspectives de développement. Il précise que les diplômés peuvent travailler dans la rééducation médicale, participer au traitement des maladies psychosomatiques dans les hôpitaux généraux ou apporter un soutien thérapeutique complémentaire pour réduire l’anxiété et le stress post-traumatique dans les hôpitaux psychiatriques ou neurologiques. Dans le domaine de l’éducation, ils peuvent accompagner les enfants autistes dans le développement de leurs compétences sociales dans les écoles spécialisées, ou concevoir des cours de gestion des émotions pour les écoles primaires et secondaires afin de soutenir le bien-être psychologique des élèves. Les diplômés peuvent également travailler dans les établissements pour personnes âgées pour contribuer à ralentir le déclin cognitif, élaborer des programmes de réduction du stress pour les employés soumis à de fortes pressions professionnelles, ou s’installer comme thérapeutes indépendants.
Cependant, malgré son potentiel, la danse-thérapie fait encore face à plusieurs défis.
Li Jing, enseignante spécialisée dans l’art-thérapie à l’École de santé publique et de gestion de l’Université de médecine traditionnelle chinoise de Guangzhou, explique au magazine Yicai que l’absence d’un système officiel de certification professionnelle montre que la danse-thérapie en Chine en est encore à ses débuts. L’offre est très loin de répondre à la demande, la concurrence professionnelle reste limitée et l’attrait du secteur pour les talents demeure faible.
Pour relever ces défis, Mme Li estime nécessaire d’intégrer les danse-thérapeutes aux systèmes de santé et d’éducation, de créer des postes dédiés au lieu de les confier à des enseignants de danse ou à des professionnels de la rééducation intervenant à temps partiel, et d’établir des parcours de carrière clairement définis.
JI JING, journaliste à Beijing Review
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