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  2025-12-02
 

Les semences du changement

VOL. 17 / DÉCEMBRE 2025 par LI XIAOYU  ·   2025-12-02
Mots-clés: développement agricole ; royaume traditionnel

Les participants à l’initiative CAU-Tencent pour les jeunes entrepreneurs ruraux africains posent pour une photo de groupe après leur visite du siège de Tencent à Shenzhen, dans la province du Guangdong, en novembre 2024. (PHOTOS : COURTOISIE)

Sur la rive nord du lac Victoria, dans l’est de l’Ouganda, s’étend le royaume du Busoga, dont l’histoire remonte au XVIe siècle. En langue soga, Busoga signifie « Terre des Soga ». Composé de 11 principautés, le royaume compte aujourd’hui environ quatre millions d’habitants, soit près d’un dixième de la population ougandaise. 

L’agriculture y demeure la principale activité économique. Pourtant, malgré la fertilité du sol et une riche tradition agricole, le Busoga fait face à de graves défis : en 2024, environ 65 % des jeunes étaient sans emploi et 1,16 million de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté. 

Pour y remédier, la vice-Présidente de l’Ouganda, Jessica Alupo, a lancé en 2023, en partenariat avec l’Université d’agriculture de Chine (CAU) et le gouvernement local du Busoga, le programme Village Agricultural Model (VAM), prévoyant la création de 12 villages pilotes afin d’adapter à la réalité locale les expériences chinoises en matière de revitalisation rurale et d’aider les communautés à sortir de la pauvreté d’ici 2030. 

Parmi les artisans de cette transformation figure Nathan Samuel Nkenga, ministre du royaume chargé de l’agriculture, de l’élevage et de la technologie alimentaire. Âgé de 67 ans, il cumule plus de 40 ans d’expérience dans la gestion agricole, le développement communautaire et la vulgarisation rurale. Trilingue en anglais, soga et luganda, il a toujours travaillé au plus près des agriculteurs. 

Constatant la fragilité de l’économie locale, M. Nkenga a tiré une conclusion lucide : « Nos petits producteurs ont longtemps attendu l’aide extérieure. Mais on ne va pas nous apporter une vie meilleure sur un plateau d’argent. C’est grâce à notre intelligence, nos mains et nos efforts que tout peut arriver. » 

S’inspirer de l’esprit coopératif chinois 

En novembre 2024, M. Nkenga a participé à l’initiative pour les jeunes entrepreneurs ruraux africains, un programme conjoint de la CAU et du géant technologique chinois Tencent, destiné à faire découvrir aux cadres et aux jeunes africains les fruits du développement rural en Chine dont il a pu être témoin lors de son séjour sur place. Son parcours l’a conduit de Shenzhen, au Guangdong, où il a découvert l’agriculture numérique et l’e-
commerce, à Xishuangbanna, au Yunnan, où il a observé les résultats de la réduction de la pauvreté grâce au tourisme communautaire, puis à Beijing, dans le Parc national des sciences et technologies agricoles de Pinggu, vitrine de l’agriculture intelligente. 

Ce qui l’a le plus marqué, c’est le modèle coopératif chinois, fondé sur la mutualisation des ressources. Soutenus par les universités et les autorités locales, les agriculteurs créent des coopératives autogérées qui relient les petits exploitants au marché et favorisent la propriété collective. Pour M. Nkenga, ce modèle pourrait aussi être appliqué sur les terres du Busoga. 

« Je pense y avoir trouvé la bonne formule pour mon pays », confie-t-il à CHINAFRIQUE. « Si les villageois se regroupent et investissent ensemble, ils passeront de la dépendance à l’autonomie en termes de production, et de la pauvreté à la prospérité. » 

 

Nathan Samuel Nkenga lors d’une séance de discussion à l’Université d’agriculture de Chine, en novembre 2024.

Bâtir la première coopérative intégrée du Busoga 

De retour en Ouganda, M. Nkenga n’a pas tardé à agir. Dans le village de Bubwika, il a convoqué trois assemblées villageoises pour mobiliser les habitants autour d’un projet coopératif. En six mois, six groupes de production ont vu le jour, rassemblant 120 ménages agricoles au sein d’une même coopérative. 

Cette structure s’inspire étroitement du modèle chinois d’« intégration des trois secteurs ». Le secteur primaire est consacré à la production agricole et à l’élevage. Le secteur secondaire mise sur la transformation et le conditionnement des produits agricoles, ajoutant de la valeur et créant des emplois locaux. Enfin, le secteur tertiaire vise à valoriser le patrimoine naturel du Busoga par le tourisme rural, notamment autour des célèbres chutes d’eau de la région, comme celles d’Owen, afin de diversifier les revenus des foyers. 

M. Nkenga a également instauré des mécanismes d’incitation et de participation au capital destinés à encourager les femmes et les jeunes, s’inspirant des systèmes chinois de responsabilité familiale et de coopératives à parts sociales. 

Des défis à relever, des partenariats à former 

Si la production agricole progresse rapidement, l’élevage de volailles demeure un maillon faible. Les petits exploitants de Bubwika manquent d’expérience et d’équipements pour produire à grande échelle. Pour combler cette lacune, M. Nkenga a entamé une collaboration avec la société chinoise Beijing Huadu Yukou Poultry Industry, basée dans l’arrondissement de Pinggu, afin d’adapter son modèle de production intensive et efficace. 

« Les femmes de Bubwika souhaitent se former à l’aviculture scientifique de la Chine », souligne-t-il en souriant. « Notre secteur de l’élevage est presque prêt pour la production à grande échelle. » 

Malgré des moyens limités, les résultats commencent à se faire sentir. Les paysans, autrefois dépendants de l’aide, mettent désormais leurs ressources en commun, partagent les risques et planifient l’avenir. 

« Pas à pas, jour après jour », conclut M. Nkenga. « Notre royaume traditionnel retrouvera sa vitalité, non pas grâce à l’aide extérieure, mais grâce à nos propres efforts. »  

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