| 2025-12-02 |
L'avenir sera bleu myrtille |
| VOL. 17 / DÉCEMBRE 2025 par PROBLEM MASAU · 2025-12-02 |
| Mots-clés: myrtilles du Zimbabwe ; consommateurs chinois |

Une cueilleuse présente des myrtilles fraîchement récoltées dans la province du Mashonaland occidental, au Zimbabwe, le 18 septembre. (XINHUA)
Province du Mashonaland oriental, à environ 40 km de Harare, capitale du Zimbabwe. Dans une serre à température contrôlée de Goromonzi, une révolution bleue silencieuse est en cours.
La cueillette minutieuse des baies juteuses et charnues bat son plein au milieu d’arbustes verdoyants. Pour les agriculteurs locaux, il ne s’agit pas seulement d’une simple récolte, mais du début d’une nouvelle ère économique dans le pays.
Suite à un accord phytosanitaire récemment signé avec la Chine, grand importateur mondial de myrtilles, le Zimbabwe bénéficie désormais d’un traitement tarifaire zéro auprès d’un des marchés les plus lucratifs de la planète.
Cette avancée ouvre plus qu’une nouvelle option commerciale : c’est une potentielle transformation d’un secteur agricole longtemps dominé par le tabac.
Un accord déterminant
Lors de la visite officielle en septembre dernier du Président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa en Chine, les deux pays ont signé un protocole commercial levant les derniers obstacles à l’exportation des myrtilles zimbabwéennes vers le marché chinois.
Déjà en juin dernier, la Chine avait annoncé l’extension du traitement tarifaire zéro à l’ensemble des 53 pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques. Bingo pour les agriculteurs zimbabwéens : leurs myrtilles peuvent désormais être compétitives en Chine sans avoir à subir de taxes à l’importation.
Linda Nielsen, directrice exécutive du Conseil de développement horticole du Zimbabwe (HDC), qualifie cet accord de « jalon important pour le secteur ».
Le marché chinois représente une opportunité sans précédent : l’accès à des centaines de millions de consommateurs soucieux de leur santé et disposant d’un revenu disponible croissant.
Pour un pays comme le Zimbabwe, ayant connu des difficultés économiques et fortement dépendant des exportations agricoles, cette opportunité ne pouvait pas tomber mieux. Le pays est traditionnellement connu comme producteur de tabac, mais malgré le succès de sa production, beaucoup d’agriculteurs envisagent désormais un avenir différent.
Des retombées significatives
Ancien capitaine de l’équipe de cricket du Zimbabwe, Alistair Campbell, 53 ans, est aujourd’hui copropriétaire d’une exploitation agricole high-tech de 50 hectares dédiée à la culture des myrtilles près de Harare.
Selon lui, le Zimbabwe doit pénétrer un marché dominé par le Pérou. Son avantage stratégique : une saison de culture précoce qui permet aux fruits d’arriver sur le marché avant ceux de ses principaux concurrents.
L’exploitation de M. Campbell met en évidence l’approche sophistiquée adoptée par les agriculteurs locaux. Les 240 000 plants de myrtilles de sa ferme sont cultivés dans des pots spécialement importés et arrosés huit fois par jour avec de l’eau traitée. Les baies sont immédiatement réfrigérées après la récolte afin de conserver leur fraîcheur.
M. Campbell estime que les efforts en valent la peine, d’autant plus que la demande mondiale pour ce fruit, considéré comme « superaliment » du fait de sa richesse en nutriments, augmente constamment.
Les chiffres confirment son optimisme. Selon le HDC, la production nationale est passée de modestes débuts en 2008 à 12 000 tonnes prévues en 2025, soit une augmentation significative par rapport aux 8 000 tonnes de 2024. Le pays vise à porter sa production à 30 000 tonnes d’ici 2030.
Les retombées de cet accord commercial touchent déjà les Zimbabwéens ordinaires, notamment grâce à la création d’emplois, le secteur employant environ 6 000 personnes, principalement des femmes.
Rebecca Bonzo, superviseuse à la ferme de M. Campbell, explique aux médias pourquoi les femmes sont particulièrement adaptées à ce travail : « Il faut des mains délicates pour manipuler un fruit délicat. »
Pendant la haute saison, jusqu’à 300 femmes sont embauchées rien que dans la ferme de M. Campbell. « Beaucoup sont la seule source de revenus de leur famille et peuvent désormais subvenir aux besoins de celle-ci », renchérit-elle.

Étape de l’emballage des myrtilles dans une exploitation à Marondera, au Zimbabwe, le 13 mai. (XINHUA)
Une coopération en progression
L’ouverture du marché chinois offre des opportunités, jusqu’alors inimaginables pour les petits agriculteurs et la jeune génération.
Clarence Mwale, fondateur de Kuminda (collectif de petits et moyens agriculteurs) et également président de l’Association des producteurs d’exportation du Zimbabwe sous l’égide du HDC, encourage les agriculteurs à se lancer dans cette culture.
Il évoque un succès similaire avec d’autres cultures : environ 5 000 petits agriculteurs cultivent des produits horticoles, tels que les pois mange-tout, destinés aux marchés européens.
Joseph Kakoto, président de l’Association des jeunes agriculteurs du Zimbabwe pour le développement durable, s’est également montré optimiste quant aux perspectives de croissance offertes par le marché d’exportation vers la Chine.
Selon lui, cela attirera de nouveaux investissements dans les plantations, les entrepôts de conditionnement et les infrastructures de la chaîne du froid, créant ainsi des emplois tout au long de la chaîne de valeur.
Si les myrtilles représentent un nouvel eldorado, elles s’inscrivent dans un contexte plus large de coopération agricole croissante entre le Zimbabwe et la Chine.
En 2022, les deux pays ont signé un accord autorisant l’exportation d’agrumes vers la Chine, avec une première livraison en 2023. Cette avancée a ouvert la voie à d’autres fruits, démontrant que le Zimbabwe est en mesure de répondre aux exigences phytosanitaires strictes de la Chine.
La dernière visite du Président zimbabwéen en Chine en septembre a également permis de conclure un accord commercial pour les exportations d’avocats.
De grandes ambitions
L’engagement de la Chine dans le secteur agricole du Zimbabwe va bien au-delà de l’accès au marché. Grâce à diverses formes de coopération, la Chine contribue à jeter les bases d’une croissance durable.
En juillet dernier, Zhou Ding, ambassadeur de Chine au Zimbabwe, a assisté au lancement de deux projets de coopération Sud-Sud entre la Chine et la FAO : le renforcement des capacités en matière de gestion durable des sols dans les pays du Sud global et la feuille de route nationale pour l’eau en vue des Objectifs de développement durable à l’horizon 2030 au Zimbabwe.
Des programmes de formation en Chine ont également été proposés aux responsables et aux professionnels zimbabwéens de l’agriculture. Jotamu Dondofema, directeur de l’enseignement agricole au ministère zimbabwéen des Terres, de l’Agriculture, de la Pêche, de l’Eau et du Développement rural, a eu la chance d’y participer.
Le secteur devrait bénéficier d’un autre coup de pouce : la Banque de développement des infrastructures du Zimbabwe envisagerait de lever 50 millions de dollars pour soutenir le secteur horticole, en mettant l’accent sur les petits exploitants agricoles. Cultures ciblées : agrumes, myrtilles, noix de macadamia, pommes, café, avocats et bananes.
Alors que le Zimbabwe se positionne pour devenir la capitale africaine de la myrtille, le partenariat avec la Chine représente plus qu’une simple opportunité économique : il symbolise un changement stratégique vers une agriculture durable et raisonnée.
Pour les cueilleuses aux mains délicates, pour les agriculteurs novices et pour une nation en quête de transformation économique, le parcours de la myrtille, depuis les terres zimbabwéennes jusqu’aux tables chinoises, est synonyme d’espoir : celui que l’avenir réside véritablement dans l’alimentation.
Reportage du Zimbabwe
|
||||