| 2026-01-05 |
Réinventer l'espace urbain |
| VOL. 18 / JANVIER 2026 par Li Xiaoyang · 2026-01-05 |
| Mots-clés: rénovation urbaine |
La Chine accélère la rénovation urbaine pour construire des villes modernes plus intelligentes et plus agréables à vivre.

Rénovation du réseau d’égouts dans un quartier de Shanghai, le 31 octobre 2025. (XINHUA)
Finis les pots de chambre, utilisés depuis des lustres par les habitants des ruelles étroites et labyrinthiques de Shanghai ! La ville a quasiment achevé la construction de toilettes publiques en septembre 2025 pour pallier le manque d’infrastructures sanitaires. Ce projet, destiné à 14 082 foyers, a débuté en 2024.
La ville développe son infrastructure numérique publique pour faciliter le quotidien de ses habitants (accès Internet fiable en extérieur, installation de bornes interactives pour aider les personnes âgées désorientées, etc.).
Ces initiatives font partie du programme national de rénovation urbaine. Les données du ministère du Logement et du Développement urbain et rural publiées en 2025 montrent que, durant le XIVe Plan quinquennal (2021-2025), la Chine a entrepris la rénovation de plus de 240 000 ensembles résidentiels anciens, bénéficiant à 110 millions de personnes réparties dans 40 millions de foyers. Les vieux quartiers résidentiels ont été valorisés grâce à l’amélioration des infrastructures (ascenseurs, éclairage public, etc.), et à l’installation de services intelligents.
Les propositions sur l’élaboration du XVe Plan quinquennal (2026-2030), adoptées lors de la quatrième session plénière du XXe Comité central du Parti communiste chinois, qui s’est tenue du 20 au 23 octobre 2025, définissent les grandes priorités de développement du pays pour cette période, notamment la poursuite de la rénovation urbaine et la construction de villes modernes et intelligentes.
Selon Yun Shuang, directrice adjointe de l’Institut d’urbanisme et de conception de Tsinghua Tongheng, la Chine se trouve à un tournant où l’amélioration du cadre de vie en milieu urbain est essentielle.
Des villes plus intelligentes
La croissance technologique et économique stimulant le développement urbain intelligent, les villes chinoises progressent dans le classement de l’Indice des villes intelligentes de l’Institut international pour le développement du management, dont la dernière édition a été publiée en avril 2025. Beijing se classe 14e et Shanghai gagne quatre places pour atteindre la 15e position.
Selon le rapport accompagnant l’indice, Chongqing et Hangzhou (chef-lieu de la province du Zhejiang) ont toutes deux réalisé des progrès notables en matière de villes intelligentes au cours des trois dernières années.
À Shanghai, les entreprises technologiques contribuent activement à la transformation intelligente de la ville. Keenon Robotics, entreprise leader spécialisée dans les robots de service incarnés, a lancé une gamme variée de produits (robots humanoïdes, robots de livraison, etc.). Son robot de service humanoïde XMAN-R1 est opérationnel à l’hôtel Shangri-La de l’aéroport international de Hongqiao à Shanghai depuis octobre 2025.
À Shenzhen (province du Guangdong), les services intelligents font désormais partie du quotidien. Des drones livrent des repas en moins de dix minutes et des robots apportent les plats directement dans les chambres d’hôtel. Des bus autonomes circulent également sur des itinéraires prédéfinis.
Aujourd’hui, de nombreuses villes chinoises ont mis en place des plateformes de gestion urbaine numérique. Le centre de gestion urbaine numérique de Chongqing fait office de « super cerveau » de la ville, permettant une surveillance complète, une analyse approfondie et une gestion précise de multiples secteurs, notamment les réseaux d’eau, d’électricité et de gaz, les télécommunications ainsi que les infrastructures critiques (ponts, tunnels, etc.).

Le parc Shougang à Beijing est une ancienne aciérie reconvertie en complexe polyvalent, le 11 août 2025. (XINHUA)
Plus de commodités
Les mégapoles chinoises ont amélioré leur cadre de vie grâce à la rénovation urbaine, s’attaquant aux problèmes liés à la forte densité de population, aux bâtiments vétustes et aux ruelles étroites.
Dans les années 1990, la surface habitable par habitant n’était en moyenne que de 6,6 m2 à Shanghai, en raison d’une planification urbaine inadéquate et d’une forte croissance démographique. Les plans architecturaux traditionnels ne prévoyant pas d’installations sanitaires privées, tous les habitants d’une même ruelle devaient se contenter d’une seule toilette publique.
À partir de 2005, l’arrondissement de Jing’an a lancé un vaste projet de rénovation sur 20 ans pour un grand quartier résidentiel où plus de 100 habitants partageaient quatre toilettes publiques, incluant la démolition et la reconstruction des bâtiments anciens, l’amélioration des infrastructures et l’ajout d’environ 40 toilettes publiques.
Suite à cette « révolution des toilettes » à Shanghai, les habitants bénéficient désormais de salles de bains privatives ou de toilettes extérieures améliorées. Des services tels que cantines, maisons de retraite et salles de sport ont également été prévus. Selon les autorités municipales, Shanghai a rénové 136 000 m2 de bâtiments résidentiels anciens, bénéficiant à 4 697 ménages en 2024.
Donner une seconde vie
Dans l’arrondissement de Xicheng à Beijing, le quartier historique de Baitasi (Temple du Dagoba Blanc) a connu un succès fulgurant sur les réseaux sociaux ces dernières années, devenant un lieu emblématique pour les adeptes de randonnée urbaine.
Ce nouveau visage est le fruit d’années de rénovation. Avant le début du projet en 2015, l’espace privé était si restreint que la vie quotidienne, pourtant si animée, débordait littéralement dans les ruelles. Les habitants cuisinaient, jouaient au mah-jong ou se réunissaient dehors. Un enchevêtrement de fils électriques et d’objets ménagers jonchant les ruelles contribuait à ce joyeux désordre.
En 2015, le quartier s’est engagé dans une démarche de rénovation, relevant les défis en mettant en place des politiques innovantes. La rénovation a amélioré les conditions de logement de 1 230 ménages, libéré 37 000 m2 d’espace et rénové les façades des bâtiments. Elle a également permis d’enfouir les lignes électriques, éliminant ainsi l’encombrement des câbles aériens.
La réhabilitation de sites industriels abandonnés redonne vie à des friches industrielles. À l’ouest de Beijing, le parc Shougang est une ancienne aciérie transformée en complexe polyvalent de loisirs et d’événements.
Si la production d’acier à Beijing a cessé en 2010, le site industriel a été réhabilité grâce à des travaux de rénovation. Des ateliers, des usines et des cheminées désaffectées ont été réaménagés, où prospèrent désormais des entreprises technologiques aux côtés de lieux de divertissement, d’expositions et de compétitions sportives.
L’année dernière, un parc dédié à la science-fiction a été ouvert au public, où les visiteurs ont accès à des activités de réalité virtuelle (parachutisme, pilotage d’avion, etc.). Un café aménagé dans une des cheminées désaffectées est devenu un lieu très populaire.

Centre de gestion urbaine numérique à Tianjin, le 27 septembre 2024. (XINHUA)
Préserver l’identité culturelle
Selon le ministère du Logement et du Développement urbain et rural, la Chine poursuivra la promotion de la modernisation urbaine durant le XVe Plan quinquennal.
Les efforts se poursuivront pour améliorer le cadre de vie, garantir l’accès au logement locatif, accélérer la rénovation urbaine et renforcer la gouvernance urbaine.
Mme Yun a suggéré aux villes d’intégrer la planification spatiale dès la phase initiale des projets afin d’en accroître la faisabilité. Selon elle, la rénovation urbaine évolue d’une logique de démolition vers une logique de valorisation des structures existantes, et cette nouvelle phase de transformation devrait viser à corriger les points faibles et à préserver l’identité historique et culturelle des villes.
« Les collectivités locales doivent jouer pleinement leur rôle pour stimuler la demande, encourager l’investissement privé afin de dynamiser le marché et explorer des approches de développement urbain originales et innovantes», conclut-elle.
L'auteure est journaliste à Beijing Review.
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