| 2026-02-04 |
À l'horizon d'une modernisation partagée |
| VOL. 18 / FÉVRIER par NI XIAOWEI et MA HANZHI · 2026-02-04 |
| Mots-clés: tournée africaine ; ministre chinois des Affaires étrangères |
La tournée africaine du ministre chinois des Affaires étrangères ouvre une nouvelle étape de coopération sino-africaine vers la modernisation

Entrevue entre le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, et la Présidente tanzanienne, Samia Suluhu Hassan, à Dar es Salaam, le 10 janvier. (XINHUA)
L ’année 2026 marque un double jalon dans les relations sino-africaines : le 70e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et les pays africains, et le lancement de la toute première « Année sino-africaine des échanges humains et culturels ». À ce moment charnière entre héritage et avenir, la tournée africaine du ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi, du 7 au 12 janvier, revêt une portée à la fois symbolique et stratégique. En se rendant en Éthiopie, en Tanzanie, au Lesotho, et en participant à la cérémonie d’ouverture de l’« Année sino-africaine des échanges humains et culturels » au siège de l’Union africaine (UA), tout en maintenant un dialogue étroit avec la Somalie malgré un report de visite, la diplomatie chinoise a une nouvelle fois donné corps à une tradition bien établie : depuis 36 ans, l’Afrique est la première destination à l’étranger du chef de la diplomatie chinoise à chaque début d’année.
Au-delà du protocole, ce déplacement illustre la constance, la prévisibilité et la sincérité de la politique chinoise à l’égard de l’Afrique. Dans un contexte international marqué par l’incertitude et la fragmentation, la Chine considère toujours l’Afrique comme un allié stratégique de long terme. Les échanges approfondis entre M. Wang et les dirigeants africains ont permis de dégager de larges consensus sur le renforcement du soutien mutuel, l’approfondissement de la coopération pragmatique et l’intensification des échanges humains, insufflant une nouvelle dynamique à la construction d’une communauté d’avenir partagé Chine-Afrique de tout temps à l’ère nouvelle.
Un soutien bilatéral
Cette solidarité se manifeste d’abord sur le plan politique. Face à la multiplication des crises, la visite du chef de la diplomatie chinoise a réaffirmé l’alignement stratégique entre la Chine et l’Afrique sur les grandes questions internationales. Les dirigeants africains ont réitéré leur attachement au principe d’une seule Chine et leur soutien à la défense par la Chine de ses intérêts fondamentaux, tout en saluant les quatre initiatives mondiales proposées par le Président Xi Jinping. L’UA a, de son côté, exprimé sa volonté de participer activement à leur mise en œuvre. Ce soutien, exprimé sans ambiguïté, témoigne du caractère stratégique et contemporain du partenariat sino-africain. Comme l’ont confié certains responsables africains, défendre le principe d’une seule Chine revient aussi, à leurs yeux, à défendre les intérêts de l’Afrique elle-même – une prise de conscience révélatrice de la maturité politique de cette relation.
Le soutien, cependant, n’est jamais à sens unique. Alors que plusieurs pays africains subissent les effets conjugués de la réduction de l’aide extérieure américaine, du protectionnisme commercial et de pressions diplomatiques accrues, la Chine se positionne comme un partenaire fiable dans les moments difficiles. La visite de M. Wang au Lesotho, pays durement touché par les répercussions des politiques commerciales américaines sur son industrie textile, a été perçue comme un signal fort de solidarité concrète. De même, en se rendant en Tanzanie dans un contexte de tensions politiques internes liées au processus électoral, la Chine a clairement affirmé son soutien au droit des pays africains à choisir une voie de modernisation conforme à leurs réalités nationales.
Un partenariat pragmatique
Sur le plan du développement, la coopération sino-africaine est entrée dans une phase de montée en qualité. L’année 2026 constitue une étape clé pour la mise en œuvre des acquis du Sommet de Beijing 2024 du Forum sur la Coopération sino-africaine. La Chine, en tant que partenaire engagé sur la voie de la modernisation africaine, multiplie les mesures concrètes en faveur de l’industrialisation et de l’autonomie économique du continent. L’ouverture unilatérale du marché chinois, avec l’instauration du traitement de zéro droit de douane sur 100 % des lignes tarifaires en provenance d’Afrique, est largement saluée par les milieux d’affaires africains comme une « porte d’or » vers la Chine. Les exportations africaines, notamment le café, les fruits à coque ou l’avocat, ont connu une croissance soutenue, générant des revenus précieux pour les agriculteurs et les PME.
Parallèlement à cela, les cadres de coopération lancés par la Chine, de l’Initiative pour le soutien à l’industrialisation de l’Afrique au Programme d’assistance de la Chine à la modernisation de l’agriculture de l’Afrique, s’articulent étroitement avec l’Agenda 2063 de l’UA. Fin 2025, les zones de coopération économique et commerciale construites par des entreprises chinoises en Afrique avaient permis de créer plus de 400 000 emplois locaux, tandis que le stock d’investissements directs chinois dépassait 50 milliards de dollars, couvrant des secteurs clés tels qu’industrie manufacturière, économie numérique et développement vert. Dans des pôles comme le Parc industriel de l’Orient en Éthiopie, une nouvelle génération de jeunes Africains est devenue ouvrière qualifiée ou cadre de gestion, marquant le passage d’une aide ponctuelle à un développement autonome et durable. Les projets d’infrastructures structurantes, à l’image de la revitalisation du chemin de fer Tanzanie-Zambie, contribuent également à renforcer la connectivité régionale et à créer de nouveaux corridors de prospérité.
Un avenir centré sur le peuple
Enfin, le partenariat sino-africain trouve sa profondeur la plus durable dans les échanges humains. Le lancement de l’« Année sino-africaine des échanges humains et culturels » symbolise une volonté commune de placer les peuples au cœur de la relation bilatérale. Près de 600 activités sont prévues, couvrant l’innovation et l’entrepreneuriat des jeunes, les échanges culturels et artistiques, ainsi que les applications des technologies numériques et de l’intelligence artificielle dans l’apprentissage linguistique et la découverte culturelle. En mettant l’accent sur la réciprocité, l’égalité et le rôle moteur de la jeunesse, ces initiatives visent à faire de l’amitié sino- africaine une expérience vécue, transmise et réinventée par les nouvelles générations.
Alors que l’Afrique s’affirme comme un acteur majeur de la scène mondiale et que la Chine poursuit résolument sa modernisation, la convergence de leurs trajectoires de développement ouvre des perspectives inédites. Sous l’impulsion d’une vision partagée et guidées par les principes de sincérité, de résultats effectifs, d’amitié et de bonne foi, la Chine et l’Afrique sont appelées à poursuivre, main dans la main, leur marche vers un avenir de développement commun, contribuant ainsi de manière significative à la paix et au progrès de l’humanité.
NI XIAOWEI et MA HANZHI : Chercheurs assistants à l’Institut d’études sur les pays en développement, Institut chinois des études internationales
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