| 2026-02-04 |
Vers un avenir mondial coopératif |
| VOL. 18 / FÉVRIER 2026 par BUSANI NGCAWENI · 2026-02-04 |
| Mots-clés: L’Initiative pour la gouvernance mondiale ; l’action concrète |
L’Initiative pour la gouvernance mondiale privilégie l’action concrète en faveur de la paix et du développement, plutôt que les déclarations symboliques

Le Conseil de sécurité tient une réunion d’urgence sur le Venezuela au siège de l’ONU à New York, le 5 janvier. (XINHUA)
À l’orée de l’année 2026, le système international continue d’être ébranlé par Donald Trump, sans doute le dirigeant américain le plus emblématique du XXIe siècle. Son retour à la Maison Blanche en 2025 a coïncidé avec le 80e anniversaire de la victoire de la Guerre mondiale antifasciste et de la création des Nations unies. Cette coïncidence a eu quelque chose de troublant. Un ordre mondial conçu pour contenir la puissance se trouve désormais confronté à un moment où celle-ci s’exerce de manière ouverte, transactionnelle et assumée.
Au début de l’année, l’armée américaine a même mené de façon ostensible une frappe de grande ampleur contre le Venezuela, État souverain indépendant, et capturé son Président, Nicolás Maduro, pour l’emmener à Washington. De tels actes hégémoniques des États-Unis constituent une grave violation du droit international et de la souveraineté vénézuélienne, et menacent la paix et la sécurité en Amérique latine et dans la région des Caraïbes.
La première année du nouveau mandat du Président Trump a mis en lumière ce qui était depuis longtemps implicite. Les droits de douane, les sanctions, les actions unilatérales et les menaces ont supplanté la diplomatie. Alliés et adversaires ont été traités avec une indifférence équivalente. Grands et petits États ont été contraints à l’alignement par la coercition économique plutôt que par la persuasion ou le droit. Les institutions multilatérales ont été écartées lorsqu’elles gênaient et instrumentalisées lorsqu’elles servaient des intérêts immédiats. Ce qui passait autrefois pour du leadership s’est durci en domination.
Il ne s’agit pas d’un simple changement de style. Nous assistons à l’apogée d’un hyper-impérialisme, phase où la hiérarchie n’est même plus dissimulée par un langage universaliste. L’ordre fondé sur des règles existe toujours sur le papier, mais, dans la pratique, ces règles sont conditionnelles, appliquées de manière sélective et fréquemment suspendues au nom de l’intérêt national. Il en résulte une crise de la gouvernance mondiale, autant morale qu’institutionnelle.
Les instruments économiques sont devenus les outils privilégiés de la discipline internationale. Les sanctions et les restrictions commerciales sont utilisées moins comme des mesures de sécurité collective que comme des dispositifs de punition. L’Inde a été pénalisée pour des choix économiques stratégiques. Le Brésil a été ciblé malgré le respect des procédures. L’Afrique du Sud a été sanctionnée pour avoir cherché à réparer les injustices historiques. Des États plus petits, comme le Lesotho, ont eux aussi été entraînés dans cette logique. Il ne s’agit pas d’une application neutre des règles, mais d’un art de gouverner hégémonique travesti en principe. Les effets sont prévisibles : fragmentation des marchés, développement retardé et creusement des inégalités. La gouvernance mondiale peut-elle survivre lorsque la souveraineté devient conditionnelle et que le développement est subordonné à la rivalité géopolitique ?
Des déclarations à l’action
C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre l’Initiative pour la gouvernance mondiale (IGM). Annoncée en septembre 2025 lors de la réunion « Organisation de coopération de Shanghai Plus », elle ne s’est pas présentée comme une simple proposition de réforme technique. Elle constitue plutôt une réponse à un monde où l’unilatéralisme ne cherche même plus à se présenter comme une exception. L’IGM entend revenir aux premiers principes. L’égalité souveraine n’y est plus un ornement diplomatique, mais une règle de gouvernance. Le droit international est affirmé, avec l’exigence d’une application uniforme. Le multilatéralisme est revendiqué comme une pratique, non comme un slogan. Le développement est placé au centre, non comme charité, mais comme justice. L’action devient le critère de la légitimité.
Cette insistance sur l’action est décisive. Depuis des décennies, la gouvernance mondiale est saturée de déclarations qui ne se traduisent pas en résultats. Les engagements en matière de financement climatique restent en deçà des promesses. Les garanties de développement se dissolvent dans des lenteurs procédurales. L’IGM cherche à rompre avec ce schéma en affirmant que la crédibilité naît de la mise en œuvre. La gouvernance doit être jugée à l’aune de ses effets, et non de ses intentions.
L’initiative s’inscrit également dans une filiation intellectuelle plus longue. Elle fait écho aux Cinq principes de la coexistence pacifique formulés dans les années 1950 par Zhou Enlai, alors Premier ministre chinois, fondés sur la souveraineté, la non-ingérence et l’égalité. Leur pertinence persistante est révélatrice. L’ordre d’après-guerre n’a jamais été pleinement réalisé, en particulier pour le Sud global.
Au-delà de la multipolarité
Ce qui fait la force actuelle de l’IGM réside dans son rejet de tout ordre unique. Elle promeut une vision pluriverselle de l’ordre mondial, allant au-delà de la simple multipolarité, en affirmant qu’aucune civilisation ne détient le monopole de la sagesse et qu’aucun modèle de développement ne peut être imposé universellement. Pour des sociétés longtemps soumises à des conditionnalités extérieures, cette approche contribue à restaurer la dignité.
L’initiative renouvelle également la conception de la paix. Dans les récits occidentaux dominants, celle-ci se limite souvent à l’absence de conflit armé, alors même que persistent inégalités et sous-développement. L’IGM défend une paix plus exigeante, fondée sur une croissance inclusive, des systèmes de santé solides, l’éducation et le renforcement des capacités technologiques. Le développement devient ainsi le socle de la stabilité.
Certains doutent de la compatibilité de cette vision avec les règles internationales existantes. Or l’initiative s’inscrit dans la Charte des Nations unies et en réaffirme les principes, tout en dénonçant leur application sélective. Elle associe légalité et justice, procédures et résultats, en mettant l’accent sur des effets concrets.
À l’aube de 2026, les perspectives de l’IGM paraissent prometteuses. Les mesures issues de la réunion « Organisation de coopération de Shanghai Plus » donnent une réalité institutionnelle à des principes longtemps restés sans expression concrète. L’initiative offre ainsi un cadre de coopération pour le Sud global, fondé sur le développement, la dignité et la réciprocité face aux dérives de l’hyper-impérialisme contemporain.
BUSANI NGCAWENI : Directeur du Centre pour les politiques publiques et les études africaines de l’Université de Johannesburg, Afrique du Sud
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