| 2026-02-05 |
Un voyage au-delà de l'imagination |
| VOL. 18 / FÉVRIER 2026 par Getahun Assefa · 2026-02-05 |
| Mots-clés: Zhangjiajie ; la nature et l’humanité |
À la découverte de la beauté silencieuse de Zhangjiajie, où la nature et l’humanité se rencontrent dans une harmonie paisible

Selfie-souvenir de Getahun Assefa pris avec des habitantes de Zhangjiajie. (COURTOISIE)
J’avais 26 ans lors de mon premier voyage en Chine, et encore aujourd’hui, cela me paraît être un chapitre inattendu de ma vie. Cette opportunité est arrivée telle une évidence : j’ai été sélectionné à la dernière minute pour un programme de formation professionnelle d’un mois en Chine. Surexcité par le voyage, j’ai passé les nuits avant le départ à m’imaginer ce pays lointain et inconnu, essayant de me représenter la Chine au-delà des images véhiculées par les livres, les films et les médias.
Le programme de formation nous a fait découvrir une mosaïque de villes, chacune révélant une facette différente de la riche et complexe histoire de la Chine : à Changsha (province du Hunan), découverte de l’imposante statue du président Mao Zedong et exploration de son ancienne résidence, lieu chargé d’histoire et de sens politique. Visites des musées retraçant l’histoire de la civilisation chinoise et illustrant comment cette culture ancestrale a surmonté les bouleversements, s’est réinventée et a fait une entrée remarquée dans l’ère moderne. Ces expériences furent précieuses, apportant un contexte essentiel et approfondissant ma compréhension. Pourtant, rien ne m’avait préparé à la beauté surréaliste de Zhangjiajie.
Un endroit hors du commun
Le Parc national de Zhangjiajie se situe au-delà de l’imagination. À l’apparition des montagnes, surgissant abruptement de la terre, ma première réaction fut l’incrédulité. Le paysage semble tout droit sorti d’un rêve. Les piliers de grès se dressent, hauts et étroits, défiant toute notion d’équilibre, comme s’ils ont été soigneusement placés plutôt que façonnés par le temps.
Le parc national a inspiré les montagnes flottantes du film Avatar. Le lien me paraît évident, pourtant ce lieu n’a besoin d’aucune validation cinématographique. Aucun écran ne peut reproduire la sensation de se tenir au pied de ces formations, de lever les yeux au ciel jusqu’à avoir mal à la nuque. Les montagnes exigent notre attention, pas seulement notre admiration. Évoluer parmi elles a ralenti mon rythme et mes pensées. Malgré des sentiers et des escaliers soigneusement aménagés, la nature n’est pas domptée ; elle propose simplement le passage.
Une philosophie discrète imprègne le lieu : Zhangjiajie n’est pas là pour éblouir ou divertir les touristes. Sa véritable valeur semble résider dans la continuité plutôt que dans la consommation – la conviction que certains paysages sont faits pour perdurer, non pour être possédés ou exhibés. L’approche de la conservation du lieu est empreinte de respect, de compréhension que la nature doit être protégée et pouvoir s’épanouir longtemps après notre disparition.
La chaleur humaine m’a également beaucoup touché. L’hospitalité chinoise n’est pas une performance, elle se manifeste par des gestes de bonté simples et authentiques. Une réelle curiosité est présente dans la manière dont les individus interagissent, un désir sincère de créer du lien avec une personne venue de l’autre bout du monde. Même lorsque les mots manquent, les sourires et les gestes emplissent l’espace sans effort, rappelant que la bonté transcende les langues.

Parc national de Zhangjiajie (province du Hunan), le 14 octobre 2024. (XINHUA)
Une source de sagesse
À Zhangjiajie, la chaleur humaine a pris une forme étonnante : je me suis retrouvé à jouer au tennis avec des locaux, activité si banale et pourtant si extraordinaire dans ce contexte. Ce moment fugace restera longtemps gravé dans ma mémoire. Il incarne quelque chose de profond : au milieu de ce paysage immense et impressionnant, les liens humains demeurent simples et authentiques.
La Chine elle-même est pour moi une révélation permanente. Nouvelle culture, gastronomie inconnue, climat changeant – tout est nouveau et captivant. Les repas offrent des saveurs impossibles à identifier immédiatement et le climat exige une adaptation. Mais rien de tout cela ne me dépayse, bien au contraire : cela élargit mon horizon.
Zhangjiajie reste une expérience à part. Tandis que les villes racontent la modernité chinoise et que les musées retracent son histoire, les montagnes offrent une quiétude bien plus profonde. Elles communiquent par leur présence et évoquent patience, endurance et perspective.
Dans ce silence, les montagnes de Zhangjiajie n’impressionnent pas par des démonstrations grandioses ; elles le font par le simple fait d’exister. Et elles vous transforment discrètement, sans force ni fanfare.
Avec le recul et après avoir obtenu mon master à l’Université de communication de Chine à Beijing, je me demande parfois : que serait-il advenu sans cette première opportunité en Chine ? Tout ce que je sais, c’est qu’il m’aurait manqué une source de sagesse et une expérience vécue transformant profondément ma vision du monde et ma façon d’y évoluer.
Pour un journaliste capable de toucher des millions de personnes en Éthiopie, ces expériences accumulées sont essentielles. Elles me permettent de partager des perspectives façonnées non par la distance, mais par une compréhension vécue. Zhangjiajie demeure l’un de mes souvenirs les plus marquants car cela a bouleversé ma perception des échelles : celle du monde, de la nature et de moi-même à 26 ans, loin de chez moi, découvrant que la réalité peut dépasser l’imagination.
Getahun Assefa, journaliste, producteur et animateur de télévision éthiopien
|
||||