| 2026-04-29 |
Vers la prospérité partagée |
| VOL. 18 / MAI 2026 par DERRICK SILIMINA · 2026-04-29 |
| Mots-clés: traitement tarifaire zéro |
La Chine opte pour une politique de traitement tarifaire zéro destinée à l’Afrique.

Tri des piments dans le district de Nyagatare, au Rwanda, le 22 mai 2025. (XINHUA)
Bravant la chaleur étouffante de la province du Nord-Ouest de la Zambie, Teddy Makina récolte du miel biologique dans les forêts luxuriantes du district de Kalumbila, tout en étant conscient des difficultés d’accès au marché mondial lucratif.
« Des sociétés de revendeurs s’approvisionnent directement en produits locaux à des prix inférieurs à ceux du marché pour les exporter vers la Chine », dévoile M. Makina, apiculteur local, à CHINAFRIQUE.
Des données récentes indiquent que le miel zambien de haute qualité exporté vers la Chine ou les Émirats arabes unis peut coûter entre 6 et 10 dollars/kg, selon l’accord commercial spécifique et la certification biologique. Bien que les coûts varient considérablement en fonction de l’origine florale, de la pureté et du marché spécifique, le prix de gros du miel en vrac se situe actuellement entre 2,78 et 3,15 dollars/kg, selon le Rapport 2026 sur le marché mondial du miel.
« Ce qui se passe actuellement dans ce secteur n’est pas vraiment équitable, car les “intermédiaires” se rendant sur place proposent un prix de marché très bas (4 dollars par pot de 2,5 litres de miel). Nous n’avons pas d’autre choix que de leur céder à ce prix pour pouvoir nourrir nos familles. »
Une nouvelle étape
L’annonce du Président Xi Jinping lors du 39e Sommet de l’Union africaine (UA), tenu en février à Addis-Abeba (Éthiopie), amorce un changement pour 2026. En supprimant les droits de douane sur 100 % des lignes tarifaires de 53 pays africains entretenant des relations diplomatiques avec elle (depuis le 1er mai), la Chine veut instaurer un nouveau modèle de développement. Cette initiative a suscité une vague de réactions de la part des producteurs locaux, des experts commerciaux et des chefs d’entreprise de tout le continent.
Les pays africains se caractérisent par leur diversité au niveau géographique, leurs dotations en ressources et leurs structures économiques. Se distinguant par ses ressources minérales et son industrie de l’élevage, le Botswana exporte principalement du bœuf et des diamants. La Tanzanie est spécialisée dans d’autres produits agricoles clés, à savoir l’avocat et les graines de sésame. Le Kenya et l’Éthiopie sont mondialement reconnus pour leurs exportations de thé et de café. L’Afrique du Sud est l’un des pays les plus développés économiquement au niveau du continent, avec un système industriel bien établi englobant des industries matures dans les domaines de l’agriculture et des mines.
Ces différences soulignent les profils économiques variés répartis à travers le continent, influençant stratégies de développement et potentiels commerciaux. « Grâce à cet allègement tarifaire, l’Afrique sera mieux placée pour participer pleinement au marché mondial, augmenter les volumes d’exportation, diversifier le panier d’exportation et stimuler la valeur ajoutée nationale », analyse Kelvin Chisanga, économiste basé à Lusaka (Zambie). Selon lui, le traitement tarifaire zéro proposé à 53 pays africains est une « porte d’entrée » pour la production africaine.
Dans le port de Dar es Salaam, l’ambiance optimiste parmi les revendeurs d’avocats reflète un changement fondamental dans l’économie tanzanienne. Ce port, longtemps considéré comme goulot d’étranglement pour les marchandises périssables, se trouve aujourd’hui au premier plan de la révolution de « l’or vert ».
« Auparavant, nous étions preneurs de prix. En cas de saturation sur le marché local de Dar es Salaam, nos avocats pourrissaient. Mais grâce au traitement tarifaire zéro, nous devenons teneurs de marché. La destination de nos produits est un marché de 1,4 milliard de personnes où la variété “Hass” est un luxe haut de gamme », explique Raheem Ndagire à CHINAFRIQUE. M. Ndagire décrit l’allègement tarifaire comme un accord commercial et une police d’assurance-vie pour son entreprise agro-alimentaire qui dépend de l’horticulture.
La Tanzanie a officiellement réalisé une percée majeure dans l’accès au marché chinois de l’avocat suite au succès des négociations phytosanitaires, avec les premières expéditions d’avocats frais cultivés localement arrivant en Chine fin 2024, selon le site web Further Africa.
Les observateurs du secteur affirment que cette politique facilitera l’augmentation des exportations, stimulera la croissance économique et intégrera les pays africains dans les chaînes de valeur mondiales, ajoutant que de telles mesures s’alignent sur les efforts visant à améliorer l’accès aux marchés et à soutenir le développement d’une agriculture durable et intelligente face au climat en ouvrant de nouveaux marchés internationaux pour les producteurs locaux.
« Nous passons d’un secteur fragmenté à une force mondiale coordonnée et axée sur les normes. Les 1,4 milliard de consommateurs en Chine ne sont plus seulement un rêve, mais notre principale cible », a récemment déclaré Jacqueline Mkindi, PDG de l’Association horticole de Tanzanie.
Un nouvel espoir
La politique chinoise de traitement tarifaire zéro pour les pays les moins avancés (PMA) ayant des relations diplomatiques avec la Chine, entrée en vigueur le 1er décembre 2024, porte déjà ses fruits. Les importations chinoises en provenance des PMA africains ont augmenté de 15,2 % sur un an entre décembre 2024 et mars 2025, pour atteindre 21,42 milliards de dollars, d’après un responsable du ministère chinois du Commerce.
Avec un sentiment de fierté continentale collective comprenant 53 nations et une porte ouverte commune, la marque « Made in Africa » n’est plus une collection de produits de niche, mais un moteur massif et diversifié qui passe enfin à la vitesse supérieure.
Dans les collines de haute altitude du Rwanda, le rouge vif des piments cultivés est depuis longtemps le symbole d’un potentiel inexploité. Pendant des années, l’histoire des agriculteurs locaux se résumait toujours au prix d’une cagette englouti par les frais des intermédiaires et les droits d’importation de 5 à 15 %, avant même d’arriver sur les étalages de Shanghai.
La roue tourne enfin en 2026. « Grâce au traitement tarifaire zéro, mes piments séchés sont acheminés jusqu’à Changsha sans frais de douane. Je vais pouvoir investir dans un système d’irrigation car le marché chinois s’ouvre enfin aux petits agriculteurs », se réjouit Gachau Kabayiza.
Les analystes commerciaux affirment que la politique de traitement tarifaire zéro représente plus qu’un allègement fiscal ; c’est l’invitation de l’Afrique à passer du statut de source de matières premières à celui de pôle mondial d’excellence finie.
Le gouvernement ougandais et le secteur privé ont lancé une stratégie coordonnée pour en tirer parti. « La politique de traitement tarifaire zéro appliquée sur les produits africains vers la Chine est une opportunité spéciale pour nous d’augmenter nos exportations vers la Chine », a récemment déclaré Henry Okello Oryem, ministre d’État ougandais aux Affaires étrangères.
M. Oryem démontre que cette opportunité est le signe pour les entrepreneurs ougandais que la « barrière à l’entrée » (droits de douane) a été supprimée, mais que la « barrière de la qualité » (normes phytosanitaires) demeure.
Signalant un changement radical dans la position des Nations unies sur l’équité commerciale mondiale, António Guterres, secrétaire général de l’ONU, a récemment déclaré lors du 39e Sommet de l’UA qu’en utilisant la politique « unilatérale » de traitement tarifaire zéro de la Chine comme référence, le G7 et les autres grandes économies devraient l’imiter.