Le Cachemire : sujet de dispute entre l’Inde et le Pakistan

ZHENG RUIXIANG

L’évolution de la crise afghane a affecté la situation en Asie du Sud et compliqué davantage les relations entre l’Inde et le Pakistan. Bien que les deux pays aient dit, après le 11 septembre, qu’ils appuieraient la guerre antiterroriste menée par les États-Unis, et bien que les États-Unis aient levé les sanctions économiques imposées parce qu’ils avaient besoin de l’appui et de l’aide des deux pays, leurs relations bilatérales se sont gâtées plutôt que de s’améliorer. Depuis la mi-octobre 2001, les combats entre l’Inde et le Pakistan au sujet du Cachemire ont été fréquents. Le 13 décembre, des forces armées ont attaqué le parlement. L’Inde accuse l’agence d’espionnage pakistanaise d’avoir mené cette attaque. La police indienne a arrêté l’instigateur principal et une bonne dizaine de suspects, et soupçonne toutes ces personnes d’être membres des deux groupes militants pakistanais, Jaish-e-Mohammed et Lashkar-e-Taiba dont les sièges sont au Pakistan.

L’incident a mis à l’épreuve la patience des dirigeants indiens. Tout en condamnant vigoureusement l’attaque au parlement et en exprimant le désir de collaborer à l’enquête, le Pakistan nie son rôle dans cette attaque et dit qu’il prendra les mesures nécessaires si on le frappe. L’Inde a déjà rappelé le 21 décembre son ambassadeur au Pakistan et aboli le transport en autobus et en train entre les deux pays le 1er janvier 2002. Reflétant cette bataille de mots, les deux pays ont déplacé leurs troupes à la frontière, et l’Inde procède à des exercices dans la région ouest voisine du Pakistan. La tension bilatérale approche le niveau de guerre, bien que le premier ministre indien ait dit que l’Inde ne se lancerait pas dans une guerre irrationnelle.

La dispute du Cachemire est en réalité la raison principale de la tournure violente des événements. D’un point de vue historique, les conflits et même les guerres entre les deux pays ont toujours reposé sur le problème du Cachemire, et avec le temps, le problème n’a fait que s’aggraver. Il s’agit moins d’une dispute territoriale que d’une contradiction nationale, d’un conflit religieux, de querelles de partis, de l’environnement extérieur et de plusieurs autres éléments politiques. Tous ces points de mésententes ont été une source de complications politiques depuis cinquante ans et se sont développés en conflit régional continu comme dans le cas d’Israël et de la Palestine.

Le problème du Cachemire est un héritage des colonialistes britanniques. Peu après la division de l’Inde et du Pakistan en 1947, les deux peuples ouvrirent le feu. À la fin d’octobre de la même année, l’Inde soumit le conflit aux Nations unies qui, l’année suivante, vota une résolution en trois phases pour régler la dispute : cessez-le-feu, non-militarisation et vote public. En janvier 1949, le cessez-le-feu fut appliqué et une ligne fut tracée, divisant le Cachemire en deux parties : l’Inde posséderait les trois cinquièmes du territoire et les quatre cinquièmes de la population, tandis que le Pakistan aurait le reste. Mais la guerre éclata de nouveau en 1965 au sujet de ce partage.

Le Pakistan de l’Est demanda en 1971 l’indépendance, ce qui mena à une troisième guerre entre les deux pays, mais sa revendication d’indépendance avait quelque chose à voir avec le Cachemire. Pendant les trente années suivantes, bien qu’une guerre générale n’ait pas lieu, des escarmouches n’ont jamais cessé entre l’Inde et le Pakistan toujours au sujet du Cachemire. On se souviendra particulièrement du conflit armé de l’été 1999, qui a failli mener à une guerre ouverte.

Depuis 1989, les actes de violence et les conflits armés dans la partie contrôlée par l’Inde du Cachemire ont coûté 30 000 vies. L’armée de l’Inde et la police ont combattu les forces musulmanes dans la région et aussi tenté de négocier avec les partis musulmans, mais en vain. Les conflits de plus en plus violents au Cachemire ont fait monter la tension de part et d’autre et conduit à des accusations sans fin – l’Inde croyait que le Pakistan appuyait les forces musulmanes et même pratiquait l’entraînement terroriste, tandis que le Pakistan déniait cela et disait que les guérilleros musulmans au Cachemire étaient des soldats combattant pour la liberté et que lerus actes violents résultaient de la volonté de l’Inde de supprimer le peuple du Cachemire.

La dispute du Cachemire a aussi joué un rôle crucial dans les conflits religieux des deux pays. En Inde, l’opposition entre l’hindouisme et l’islam est un problème délicat, et des groupes religieux ont souvent instigué des troubles au Cachemire. Au début des années 1990, un conflit sanglant d’envergure a été déclenché par la destruction de la mosquée Ayoddhya en Inde, qui a exacerbé les différends religieux. En autant que le Pakistan était concerné, aucune administration ne pouvait arriver à un consensus sur le Cachemire, de peur de déstabiliser sa position politique.

Le Cachemire est donc la pierre d’achoppement des relations indo-pakistanaises, et un obstacle majeur à l’amélioration de leurs liens bilatéraux. Aucun des deux pays n’a atteint un accord de solution de ce long conflit. Tandis que le Pakistan insistait pour un vote public au Cachemire, selon la proposition des Nations unies, l’Inde s’y objectait et proposait le règlement par la négociation seulement, selon le traité de 1972 entre les deux pays. Le Pakistan souhaitait l’intervention d’autres pays, comme les États-Unis, tandis que l’Inde s’opposait à l’interférence d’une tierce partie. L’avenir du Cachemire demeure donc obscur.

Toutefois, l’Inde et le Pakistan ont goûté une brève période de détente. Après les tests nucléaires de mai 1998, ils sont entrés dans une phase difficile. La Déclaration de Lahore signée en février 1999 établissait qu’un environnement pacifique servirait les intérêts des deux parties; donc, elles mirent l’accent sur la confiance mutuelle dans le but de créer un environnement plus sûr. Malheureusement, cette situation dura peu; le conflit au Cachemire reprit quelque trois mois plus tard, pour durer près de deux mois, et affecta profondément les relations bilatérales.

Le plus récent conflit s’est produit après la tragédie du 11 septembre. L’Inde croyait pouvoir comparer ses actions « antiterroristes » à celles des États-Unis en Afghanistan; si les États-Unis pouvaient sévir contre les terroristes d’un autre pays, elle le pouvait aussi. Le parti Tharatiya Janata, un des partis au pouvoir de l’Inde, proposa donc une lutte gouvernementale contre les terroristes au-delà de la frontière indo-pakistanaise.

La détérioration de la situation a attiré l’attention de la communauté internationale, étant donné que les deux pays qui possèdent des armes nucléaires sont responsables de la paix et de la sécurité en Asie du Sud, et que leurs relations tendues et leurs conflits armés affecteront la paix et la stabilité non seulement de la région mais de toute l’Asie. Aussi espère-t-on les voir se calmer et régler au plus tôt leurs conflits. On doit résoudre toutes les disputes par des pourparlers, gardant à l’esprit les intérêts fondamentaux du peule en termes de paix et sécurité régionales et nationales.