POLITIQUE

« Une Chine », principe fondamental du gouvernement chinois

LIU HONG

Outre les problèmes de coopération dans la lutte antiterroriste et dans les relations commerciales, le problème de Taiwan sera un thème incontournable des discussions entre le président Bush et les dirigeants chinois lors de la visite du président Bush en Chine le 21 février. Le point de vue de Bush sur ce problème et les nouvelles ententes qu’atteindront les deux parties seront le point de mire général. En effet, le problème de Taiwan a toujours constitué un nœud des relations Chine-États-Unis. À la veille de la visite de Bush, il est nécessaire d’attirer l’attention sur sa position face à ce problème.

Le 30 janvier 1995, le président Jiang Zemin a prononcé un discours intitulé « Nous poursuivrons la lutte pour la réalisation de la réunification de la patrie. » Le 24 janvier dernier, le Comité central du Parti communiste chinois a tenu une réunion pour réviser cet important discours. Le vice-premier ministre Qian Qichen a alors prononcé un discours dont voici les principaux points :

I. Les « Ententes de 1992 » sont la base du nouveau dialogue et de la négociation entre les deux côtés du détroit. En 1992, l’Association pour les relations entre les deux côtés du détroit de la partie continentale et la Fondation d’échanges au-delà du détroit (FED) de Taiwan ont atteint un accord oral pour « maintenir des deux côtés du détroit le principe d’une Chine », accord atteint par les négociations de haut niveau des deux organisations et basé sur l’interaction bénéfique entre les deux côtés du détroit. En 1995, le dirigeant des autorités de Taiwan, Lee Teng-hui, a entrepris des activités séparatistes aux États-Unis, ce qui a rapidement refroidi les relations entre les deux parties. Depuis que Lee Teng-hui a lancé la proposition de « Deux Chines » en juillet 1999, les autorités de Taiwan ont persisté dans le cadre d’ « une Chine », sans nier les « Ententes de 1992 ». Depuis la prise du pouvoir par le Parti démocrate progressiste (PDP) en 2000, on a mentionné le oui et le non de l’existence des « Ententes de 1992 ».

La clef des « Ententes » fut le principe d’ « une Chine », et la raison pour laquelle les autorités de Taiwan font tout en leur pouvoir pour renier l’entente est qu’elles ne veulent pas accepter la réalité d’ « une Chine ». Autrement dit, la non-reconnaissance des ententes est la méthode à laquelle elles ont recouru pour rejeter le principe d’ « une Chine ».

Faisons une rétrospective sur la façon dont les dirigeants de Taiwan ont tourné le dos aux « Ententes de 1992 » et au principe d’ « une Chine ».

Après les élections dans la région de Taiwan, le dirigeant des autorités de Taiwan, Chen Shui-bian, a répété qu’il ne serait pas le « Nixon de Taiwan », et que les relations à travers le détroit connaîtraient un « ciel dégagé ». Dans son discours d’accession au pouvoir du 20 mai 2000, Chen a déclaré qu’il n’annoncerait pas l’indépendance, ne changerait pas le nom de l’État, ne prêcherait pas la théorie de deux États dans la constitution, ni le changement du referendum sur la réunification ou l’indépendance, qu’il n’abolirait pas le programme de la Commission de réunification nationale (CRN), et il a envoyé un message aux États-Unis aussi exprimant qu’il ne serait pas un « provocateur de désordre ». En juin, il a changé de ton, disant que les « Ententes de 1992 » étaient un « accord sans accord ». En juillet, il a déformé les « Ententes de 1992 » en « esprit de 1992 ». En août, durant sa visite en Amérique Centrale, il a préconisé que « la réunification n’était pas l’unique et ultime choix », et qu’il n’accepterait pas la tâche de « président et membre de la CRN. En novembre, il a lancé les « trois connaissances et quatre propositions », soulignant que les deux côtés du détroit « n’appartenaient pas l’un à l’autre ni ne se représentaient mutuellement ». Dans son discours du Nouvel An 2001 « Sur la réunification et l’indépendance », l’indépendance était à la base d’une apparence de réunification. Durant son transit aux États-Unis en mai 2001, Chen a expliqué que le « nouveau gouvernement » n’annulerait aucune négociation ni aucun compromis de l’ « ancien gouvernement », y compris  l’Accord de Singapour et l’expression « une Chine » pour chaque côté (appelés « Ententes de 1992 » dans le mandat du Kuomintang. Aussitôt après avoir quitté les États-Unis, il a nié avoir prononcé ces mots, disant qu’il « n’existait jusqu’alors aucune définition des « Ententes de 1992 ». Entre novembre et décembre 2001, Chen Shui-bian et Zhang Junxiong entre autres ont répété en maintes occasions qu’il n’existait pas d’ « Ententes de 1992 » entre les deux côtés, et calomnié l’acceptation des « Ententes de 1992 » comme l’acceptation d’ « Un pays deux systèmes » et que c’était « en finir avec Taiwan ».

Le vice-premier ministre Qian Qichen a répété en plusieurs occasions l’importance et la position historique des « Ententes de 1992 », les considérant comme la base du dialogue et de la négociation entre les deux côtés du détroit, et a exhorté les autorités de Taiwan à créer des conditions pour améliorer les relations et rompre l’impasse politique. On voit par là que le principe d’ « une Chine », noyau des « Ententes », est pour la partie continentale le fondement du problème de Taiwan et des relations des deux rives du détroit, et qu’il n’accepte aucun espace de concession. Le plus grand avantage des « Ententes de 1992 » consiste dans le fait que les deux parties « ont exprimé » le désir de tenir compte des intérêts des diverses parties, de chercher les points communs, laissant de côté des différences, d’établir la confiance mutuelle, de mener des négociations pratiques et d’envisager un avenir basé sur le principe d’ « une Chine ».

II. Il est impératif d’établir « les trois liens directs » (poste, commerce et navigation). Il s’agit d’un vieux problème, et la demande des trois liens directs de part et d’autre augmente chaque jour. Avec l’entrée dans l’OMC des deux côtés du détroit à la fin de 2001, réaliser ces échanges est encore plus urgent. Sous la pression publique dans l’île, les autorités de Taiwan ont promu l’échange direct à Jinmen et Mazu, et ont annoncé l’an dernier l’abandon de leur politique de « pas d’urgence et patience », la remplaçant par « l’ouverture positive et l’administration efficace », relâchant la limitation des entreprises taiwanaises dans la partie continentale.

Ces mesures ont certes été positives dans le déroulement des relations entre les deux rives, mais elles sont loin de la réalité objective de l’échange populaire. L’entrée dans l’OMC des deux parties a fourni une nouvelle occasion de développement des relations économiques et commerciales, ce qui est une tendance générale et correspond aux intérêts des deux parties. Dans ce sens, la proposition de « non-ingérence des désaccords politiques dans les échanges économiques et commerciaux », présentée par le président Jiang Zemin en 1995, est très significative actuellement. Certaines personnes de l’île désirent amener la question économique et commerciale, y compris « les trois liens directs », à l’OMC, avec l’intention d’initier le mécanisme de négociations et celui de la solution des disputes de l’OMC pour produire une image d’égalité entre les deux parties du détroit et ainsi « internationaliser » le problème de Taiwan. Cette proposition est inutile et inacceptable.

L’OMC est une organisation commerciale, et les sujets de discussions, y compris celui des trois liens directs, dépassent ses limites; le problème commercial et économique entre les deux rives du détroit doit et peut se résoudre complètement entre les deux parties. De plus, la partie continentale n’acceptera pas l’intention de recourir au mécanisme de l’OMC pour atteindre un certain objectif politique, parce que cela violerait le principe de l’OMC.

III. Il faut garder l’œil ouvert sur « l’indépendance de Taiwan », et le PDP doit abandonner le plus tôt possible son programme d’ « indépendance de Taiwan ». Depuis très longtemps, les compatriotes de Taiwan ont fait de durs efforts pour se libérer de la domination coloniale, résister à l’oppression autocratique et réaliser leur désir d’être maîtres de leur destin. La partie continentale « comprend parfaitement » et « respecte complètement » le désir et le besoin des masses populaires de Taiwan. Cependant, les forces indépendantistes exploitent ce sentiment et lèvent la bannière du « nationalisme », provoquent des désaccords interprovinciaux et suscitent des disputes sociales afin d’atteindre leur objectif de séparer Taiwan de la Chine, ce qui ne sera pas toléré par la partie continentale.

Les forces d’ « indépendance de Taiwan » déclarent la « souveraineté » de Taiwan, font obstacle aux échanges économiques et commerciaux entre les deux rives, cherchent un statut de « personne juridique indépendante internationale » et appliquent l’idéologie de « rejet de la Chine ». Afin de faire front à la partie continentale, elles dépensent chaque année d’importantes sommes dans l’achat d’armement de pointe, mettant de lourdes charges économiques sur les épaules du peuple taiwanais et aggravant la tension dans la mer de Taiwan.

Les faits prouvent que les forces indépendantistes de Taiwan et leurs activités constituent l’obstacle fondamental au développement des relations entres les deux rives. La réalisation de la réunification de la patrie est la détermination ferme et inébranlable du peuple chinois et son objectif inaliénable, et la partie continentale ne donnera aucune chance aux activités séparatistes des forces d’ « indépendance de Taiwan ».

Du point de vue de l’orientation politique des divers partis de l’île, le PDP, le Parti de l’indépendance de Taiwan et l’Union de solidarité de Taiwan tournés vers l’indépendance, c’est le PDP parmi eux qui est le plus fort. Né du « mouvement hors du parti » à l’époque de la domination unique du Kuomintang, il constituait à l’origine l’opposition à la domination dictatoriale du Kuomintang. En 1986, ledit parti glissa progressivement vers le chemin de « l’indépendance de Taiwan ». La 1re  session du IIe Congrès provisionnel tenue en 1988 a approuvé la « Décision sur l’indépendance et la souveraineté du 17 avril ». La 1re session du Ve Congrès du PDP, en octobre 1991, a recommandé et approuvé le « Programme de base de l’établissement de la République souveraine, indépendante et autonome de Taiwan ». L’approbation de l’amendement marquait la conversion complète du PDP en un parti politique soutenant l’ « indépendance de Taiwan ». Plus tard, à cause des élections et des changements d’ambiance dans l’île et à l’extérieur, le « Programme de base » a été modifié. Dans le « Programme d’élection » approuvé en novembre 1998, le « referendum sur l’indépendance de Taiwan » est devenu le « referendum sur la modification de la situation actuelle »; à la 2e session du VIIIe Congrès du PDP en mai 1999, la « Décision sur l’avenir de Taiwan » a été approuvée. Pour l’essentiel, elle consiste à persister obstinément dans le « Programme d’indépendance » tout en travaillant à l’ « indépendance de Taiwan », sans recourir à la forme d’accepter la « situation actuel d’indépendance ».

Le PDP, qui s’est substitué au Kuomintang aux élections du dirigeant de la région de Taiwan en 2000 et qui s’est transformé en « Yuna législatif » aux élections à la fin de 2001, doit penser davantage au bien-être du peuple taiwanais, abandonner complètement le « Programme d’indépendance de Taiwan », et promouvoir la transformation pragmatique. Le 20 octobre 2001, la 2e session du IXe Congrès du PDP a approuvé la motion de « prendre les mesures politiques importantes approuvées par le congrès du parti comme partie de son programme», ce qui a été considéré comme un grand succès par les éléments modérés du PDP parce que cette décision créait un espace flexible pour rajuster le PDP face au problème de « l’unification ou l’indépendance ». Bien que conforme à la « Constitution de la République de Chine » de Taiwan, le PDP et les dirigeants des autorités de Taiwan aussi ont suffisamment d’espace pour répondre au principe d’ « une Chine ».

Dans ses huit propositions, le président Jiang Zemin insiste sur « le désir que les divers partis de Taiwan adoptent une attitude rationnelle, avantageuse et constructive dans la promotion du développement de leurs liens entre les deux côtés du détroit »; la « bienvenue aux échanges d’opinions avec les divers partis et personnalités de divers milieux sociaux sur les relations entre les deux rives et la réunification pacifique », et la « bienvenue à leurs visites dans la partie continentale ». Le vice-premier ministre Qian a aussi déclaré que « la majorité des membres du PDP se distinguent d’une infime minorité d’éléments obstinés de l’ « indépendance de Taiwan ». Nous les invitons à visiter la partie continentale dans l’esprit d’approfondir leur compréhension ».  Nous mettre en contact ou non avec le PDP et la façon de le faire dépendent de la façon dont ses membres traitent le « programme du parti de l’indépendance de Taiwan » et de sa réponse du principe d’ « une Chine ».

Le discours de Qian Qichen montre que la partie continentale comprend bien les changements de situation à l’intérieur et à l’extérieur de l’île, et veut sincèrement rompre l’impasse politique entre les deux rives du détroit. Cependant, cela ne signifie pas que la partie continentale a changé sa position sur le problème de Taiwan, ni qu’elle accepte la négation, de la part des autorités de Taiwan, du principe d’ « une Chine » et des « Ententes de 1992 ». Le principe d’ « une Chine » est au cœur de la partie continentale dans le problème de Taiwan, et c’est seulement sur cette base que peut se réaliser la normalisation des relations au-delà du détroit.