Le président de Tunisie sur les questions internationales
Le président Zine El Abidine Ben Ali a prononcé, il y a peu de temps, un discours qui porte sur des questions internationales dimportance dont les principaux éléments sont les suivants:
Les changements et les développements qui se sont produits sur la scène internationale, au cours de la décennie écoulée, renforcent notre foi en la nécessité dadopter une approche globale au niveau des relations internationales. Fondée sur la corrélation étroite entre la paix, la sécurité et le développement, tant il est vrai que la conjoncture mondiale devient, aujourdhui, de plus en plus délicate et complexe, du fait de la persistance des problèmes en suspens, de laggravation du déséquilibre entre les nations et de lamplification des sentiments de frustration et de désespoir chez de nombreux peuples.
Lannée 2001 a connu, avec les tragiques événements du mois de septembre, un choc des plus violents, qui a eu de graves répercussions sur la conjoncture mondiale, à ses différents niveaux, politique, économique et humain, de même que sur les relations internationales en général. Notre vu est que le peuple américain ami, avec lequel nous avons profondément compati en cette terrible épreuve, puisse en surmonter à bref délai les douloureuses séquelles.
Tout en condamnant, une fois de plus, le terrorisme et en réaffirmant notre opposition inflexible à ce phénomène et à toutes ses manifestations, ainsi quà la violence, à lextrémisme, au fanatisme et à la haine, sous toutes leurs formes, nous rappelons que nous avions préconisé, dès le début des années quatre-vingt-dix, et du haut des différentes tribunes onusiennes et internationales, la nécessité de prévenir ces dangers et leurs effets négatifs sur la stabilité, la sécurité et le développement des peuples.
Notre pays a lutté contre lextrémisme et les actes terroristes, dans le contexte de lÉtat de droit, et a remédié à leurs causes, au moyen dune approche pluridimensionnelle, à la fois politique, économique, culturelle et éducative, et dans le cadre dun projet civilisationnel fondé sur le principe de juste milieu, la modération, la tolérance, la solidarité et la consécration des attributs de la liberté et de la construction démocratique.
Nous avons également préconisé létablissement dun code de conduite international pour la lutte contre le terrorisme, ainsi que lintensification de la coordination et de la coopération en la matière, au niveau de la communauté internationale, de manière à restreindre les déplacements des éléments terroristes dun pays à un autre, à assurer la révision des réglementations applicables en matière doctroi du droit dasile politique, afin dempêcher son exploitation par les activistes et autres symboles du terrorisme, à circonscrire les activités terroristes et à éliminer toutes les formes dextrémisme.
Tout en insistant sur limportance quil y a à élaborer une politique internationale globale et cohérente, à cet effet, permettant de fixer les objectifs avec précision et de mobiliser les instruments et les mécanismes nécessaires à leur réalisation, dans le cadre de lOrganisation des Nations unies, nous considérons quil est nécessaire de traduire cet objectif dans les faits.
Tout en enregistrant, aujourdhui, la prise de conscience de la communauté internationale face aux dangers du terrorisme, nous demeurons persuadés que ce phénomène fait partie des défis majeurs auquel est confronté notre monde contemporain et qui requièrent un surcroît de coopération et de solidarité, ainsi que la mobilisation de tous les efforts pour y faire face et remédier à leurs causes.
Lavenir de la sécurité, de la stabilité et du développement dans le monde demeure par ailleurs tributaire du renforcement du dialogue entre les civilisations et les religions, tout autant que de la propagation des principes de compréhension réciproque et de tolérance entre lensemble des États et des peuples.
Pour notre part, nous uvrons, au niveau des Nations unies, et en coopération avec nos frères et amis, au service de la paix et de la sécurité dans le monde, et pour identifier des solutions équitables et durables pour les principaux problèmes internationaux de lheure. En cette circonstance, nous réitérons lappel que nous avions lancé le 13 novembre 1989, du haut de la tribune de lAssemblée générale des Nations unies, en faveur dune réflexion collective concernant létablissement dune charte mondiale pour la paix et le progrès.
La Tunisie sest attachée, dans le cadre de son mandat au sein du Conseil de sécurité et lors de la présidence de ce dernier, en février 2001, à contribuer aux efforts de paix et de développement dans le monde, à consacrer les nobles principes énoncés dans la Charte des Nations unies, à favoriser le recours au dialogue et à lentente dans le règlement du conflit du Moyen-Orient et à restaurer la stabilité sur le continent africain.
Nous sommes convaincus que léquation paix et développement ne saurait se concrétiser sans lélimination des foyers de tension dans les différentes régions du monde et, en premier lieu, le problème palestinien. La situation au Moyen-Orient connaît, en effet, une grave escalade, à cause de la poursuite de lagression israélienne contre le peuple palestinien et ses dirigeants légitimes, du revirement dIsraël concernant le procession de paix, de son manquement à ses engagements et de son entêtement à défier la légalité internationale. La situation dramatique dans laquelle vit aujourdhui le peuple palestinien commande la mise en place, sans retard, dun mécanisme international permettant dassurer sa protection. Cest dailleurs, ce que nous avions préconisé depuis le sommet arabe du Caire en octobre 2000 et avons uvré à concrétiser, dans le cadre du système des Nations unies.
La réalisation dune paix juste, globale et durable au Moyen-Orient exige une mobilisation accrue des efforts des Nations unies en faveur de la création dun État palestinien indépendant, et du retrait dIsraël du Golan syrien et de la partie du territoire libanais encore sous occupation.
Nous avons préconisé la création dun Fonds mondial de solidarité, en partant de la foi que nous avons en linterdépendance étroite entre la paix, la sécurité et le développement. Nous nous sommes inspirés dans cette initiative de notre expérience nationale en matière de lutte contre la pauvreté et la marginalisation.
Tout en enregistrant, avec satisfaction, ladoption de cette initiative par lAssemblée générale des Nations unies, ainsi que le soutien que notre appel a recueilli, nous formons lespoir que tous les États que vous représentez continueront dapporter leur appui à ce projet, à travers la mise en place des mécanismes appropriés pour le concrétiser à bref délai, en harmonie avec la Déclaration du sommet du Millénaire en faveur de léradication de la pauvreté dans le monde.
Compte tenu de limportance que nous attachons à la réduction du déséquilibre qui existe entre les différents pays, nous souhaitons que le nouveau tour des négociations commerciales débouche sur la mise en place de formules adéquates permettant de concilier les exigences de la dynamique de léconomie mondialisée, dune part, et les données spécifiques des pays en développement, dautre part.
Nous souhaitons, en outre, que la Conférence des Nations unies sur le financement du développement, qui doit se tenir sous peu au Mexique, puisse analyser en profondeur le problème de lendettement qui freine la progression des pays en développement, et cela en explorant les formules les plus appropriées pour annuler ces dettes, les alléger ou les recycler dans le financement de projets de développement ou denvironnement.
Notre vu est que le deuxième sommet de la Terre, qui aura lieu en Afrique du Sud, parvienne à adopter une stratégie globale, fondée sur la relation étroite qui existe entre les problèmes du développement et ceux de lenvironnement, ainsi que sur le renforcement de la coopération dans ce domaine, entre le Nord et le Sud.
Linsertion des pays en développement dans le processus de la mondialisation nécessite la révision de certains concepts et pratiques qui se rapportent à la nature des relations économiques internationales, ainsi que lintensification de la coopération horizontale entre les pays, et la consolidation du partenariat en tant quinstrument essentiel pour la réciprocité et la complémentarité des intérêts entre les nations.
Nous nous sommes préoccupés, avec nos frères dirigeants des États maghrébins, de dynamiser les différentes structures de notre Union du Maghreb Arabe et dimpulser le processus dintégration des États membres, afin de favoriser leur ouverture sur les autres espaces et de leur permettre dédifier des rapports équilibrés de partenariat et de coopération avec le reste des ensembles régionaux et internationaux.
Nous enregistrons, avec satisfaction, dans ce cadre, la dynamique nouvelle que connaissent les structures et les institutions maghrébines, et formons le souhait que le sommet du Conseil de la présidence de lUMA puisse se tenir dans le courant de cette année, avec lespoir quil marquera une étape privilégiée dans la construction de lentité maghrébine. La Tunisie sest, en outre, employée à dynamiser laction arabe commune, à travers sa contribution à lassainissement du climat des relations interarabes, la consécration de la périodicité des réunions au sommet, laction en faveur de linstauration dune zone panarabe de libre-échange et la conclusion daccords dans ce sens avec un certain nombre de pays frères.
Notre pays uvre également en coordination avec les États arabo-méditerranéens, à stimuler lespace euro-méditerranéen, connu sous lappellation de cadre 5 plus 5, en entretenant lespoir que la rencontre au sommet attendue au niveau de ses dirigeants, marquera une nouvelle étape dans la consolidation des espaces de dialogue, de coopération et de solidarité entre les différentes parties concernées.
Dans ce contexte, notre pays se préoccupe denrichir laccord dassociation qui le lie à lUnion européenne, et souhaite que les travaux de la troisième session du Conseil dassociation qui se tiendront prochainement, débouchent sur létablissement dune formule modèle de coopération équilibrée entre le Nord et le Sud.
Dans le cadre de notre foi en laction africaine commune, notre pays a participé à la création de lUnion africaine et à linstauration des conditions propices à lintégration de nos économies dans un espace unifié et cohérent qui permette à notre continent de promouvoir des domaines de coopération avec ses partenaires, dans la pleine mesure des ressources et des potentialités dont il dispose.
Les événements tragiques que le monde a connus dernièrement, ne doivent pas ébranler notre confiance en lavenir, ni entamer notre détermination à édifier un monde nouveau, qui soit uni et solidaire, imbu des nobles valeurs humaines, convaincu de lintérêt du dialogue entre les cultures et les civilisations, et attaché à la tolérance, à la coexistence et à la coopération à léchelle de lensemble de lhumanité.
Notre vu est que cette année nouvelle soit de bon augure pour lensemble de lhumanité et apporte un surcroît de détente dans les relations internationales, en direction dun monde plus juste, plus solidaire et plus stable.