Contribution particulière de lUE au processus
de paix du Moyen-Orient
LI GUOFU
Pour des raisons historiques, lEurope et le Moyen-Orient entretiennent des liens étroits depuis longtemps. Malgré la fin de la domination coloniale, lEurope participe de manière active aux affaires du Moyen-Orient à partir de ses intérêts stratégiques. Dès 1973, où les pays arabes se servirent de larme du pétrole dans la lutte contre Israël, lEurope réajusta amplement sa politique du Moyen-Orient. Si les États-Unis sinclinaient entièrement vers Israël, lEurope adoptait une attitude propalestinienne et prenait une position « juste ». En proposant de résoudre les conflits entre le monde arabe et Israël sur la base de la décision Nº 242 de lONU, les pays dEurope soutenaient le droit à lautonomie des Palestiniens pour la fondation de leur propre pays et uvraient à promouvoir les négociations de paix entre la Palestine et Israël. En 1993, le président Arafat et lex-premier ministre dIsraël, Rabin, parvinrent à lAccord dOslo. Il sagissait simplement dune cérémonie de signature à Washington puisque la plupart des dispositions avaient été définies avec laide des pays dEurope.
Appréciant beaucoup ce fruit diplomatique, lEurope souhaitait intervenir davantage dans les négociations de paix issues de lAccord dOslo. Mais elle rencontra lopposition des États-Unis qui espéraient contrôler la situation politique. Faisant des reproches à la Maison blanche, lEurope sest tournée vers le plan économique. Son assistance économique et financière à lautorité palestinienne a joué un grand rôle dans le processus de paix. Les statistiques montrent quen dépensant 179 millions deuros par an, lUE est devenue, depuis 1994, la plus importante organisation internationale du monde à apporter une aide non militaire à la Palestine.
De 1994 à 1998, la moitié de lassistance financière au territoire palestinien de la rive ouest du Jourdain et à Gaza est venue des pays européens. Il sagit de 1,5 milliard deuros si lon compte les prêts et les dons ensemble. De plus, lEurope a apporté aux réfugiés palestiniens dautres formes dassistance (équivalant à 500 millions deuros) à travers le haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Tout compte fait, lassistance de lEurope à la Palestine a atteint 2 milliards deuros pendant les cinq ans suivant la démarche du processus de paix dans le cadre de lAccord dOslo. Mais la situation est telle que les États-Unis paraissent sur la scène tandis que lEurope paye de sa poche dans lombre. Les dirigeants européens préconisent donc que lEurope sorte des coulisses et joue un rôle plus visible.
Lattitude indifférente des États-Unis face aux accrochages sanglants entre la Palestine et Israël à la fin de septembre 2000 a provoqué le mécontentement de lEurope qui se préparait depuis longtemps à remplacer lOncle Sam dans le processus de réconciliation.
La grande attention de lEurope à la situation du Moyen-Orient sexplique par ses propres intérêts. Dabord, si les conflits entre la Palestine et Israël vont à la dérive, non seulement le Moyen-Orient tombera dans le chaos, mais la sécurité de lEurope sexposera également au danger.
Ensuite, dans les divers pays dEurope vivent des Arabes et des Juifs dont le nombre est denviron 4 millions et 1 million respectivement en ce qui concerne la France. Sur un continent tolérant face aux multiples cultures, ces immigrants du Moyen-Orient, au lieu dêtre assimilés par la culture européenne, se trouvent quand même sous linfluence de la situation changeante de leur pays dorigine. À la suite des accrochages israélo-palestiniens, on voit les relations se tendre de plus en plus entre les Arabes et les Juifs européens qui ont même recouru aux conflits armés avec la détérioration de la situation au Moyen-Orient. Cela a constitué une menace à la sécurité publique de lEurope.
Puis, la conscience de la liberté et des droits de lhomme est profondément implantée au cur des Européens. Comment peuvent-ils sempêcher de sympathiser avec les Palestiniens quand ils voient labus de force dIsraël et les malheureuses victimes de la Palestine ? À leurs yeux, la Palestine est une nation opprimée et sans abri. Une telle opinion publique presse lEurope dintervenir de façon active dans les conflits palestino-israéliens.
Enfin, lEurope a son intérêt stratégique au Moyen-Orient. Après la crise du pétrole en 1973, elle a pris tous les moyens pour économiser lénergie et en faveur de lexploitation multiple. Malgré cela, plus de la moitié de la consommation européenne de pétrole dépend de limportation du Moyen-Orient à lheure actuelle. Les conflits palestino-israëliens continus ne peuvent quentraîner le bouleversement de toute la région, influencer la production normale des pays pétroliers et élever le prix international du pétrole. Cest donc une grande menace à léconomie européenne.
Lattitude relativement indifférente du président Bush a laissé un espace à lintervention des autres puissances au Moyen-Orient. Lors de la rupture des négociations de paix entre la Palestine et Israël, lEurope, bien quà regret, a trouvé une occasion daugmenter limportance de son rôle. On a remarqué alors la fréquentation de la Palestine et dIsraël par les dirigeants européens, les pressant darrêter les conflits et de retourner à la table de négociation. En établissant un commissaire des relations avec lextérieur et des affaires de sécurité, lUE dispose de son propre ministre des affaires étrangères et unifie sa voix, si bien quelle pourrait renforcer leffet de son intervention. Cependant, quand elle se brûlait de jouer un rôle brillant, la méfiance dIsraël a dévalorisé ses efforts diplomatiques. Elle a enfin reconnu quelle tomberait dans le dilemme pour équilibrer la balance entre Israël et les États-Unis dun côté et la Palestine de lautre. Dans cette situation, lEurope a changé la tactique, comme le disait Miguel Moratinos, envoyé spécial des affaires du Moyen-Orient de lUE: « LUE ne veut pas se substituer au rôle important des États-Unis dans la réconciliation entre la Palestine et Israël. Elle ne fera que coopérer avec les États-Unis pour compléter ses politiques du Moyen-Orient. »
LUE soppose à confondre les attaques palestiniennes avec lévénement terroriste du 11 septembre. Se vengeant de lattentat suicide de la Palestine le 27 mars, Israël a lancé une offensive générale sur les territoires palestiniens deux jours plus tard, et a « emprisonné » le président Arafat de ses tanks et avions. Une guerre totale a risqué déclater entre les deux. LUE a attribué la détérioration de la situation à lattitude indifférente des États-Unis. Pour que les conflits ne dérivent pas, elle a demandé aux États-Unis de prendre une action immédiate et a parallèlement lancé lavertissement à Israël de reculer immédiatement des territoires palestiniens récemment occupés. Le Parlement européen a appelé le 20 avril les quinze pays membres à prendre une sanction économique envers Israël. Ce dernier se voit acculé à une grande menace puisque 36 % de ses exportations sont destinées à lEurope, un montant annuel de 8,5 milliards de USD.
À lheure actuelle, les pays dEurope ne peuvent encore ébranler la place dominante des États-Unis dans le processus de paix au Moyen-Orient. Cependant, ils jouent un rôle spécial irremplaçable dans la réconciliation palestino-israélienne.