POLITIQUE

Être une puissance mondiale normale

— Reconstruction de la vision de la Chine dans le monde

PANG ZHONGYING

Pour juger si un pays est normal ou non dans la communauté internationale, il faut établir un certain critère. Une fois ce critère arrêté, il devient très facile de porter ce jugement.

Si l’on considère la constitution d’un État comme une communauté, la communauté internationale, comme n’importe quelle communauté nationale, comprend des membres normaux et des membres anormaux. Un pays qui passe pour anormal le doit à deux raisons: d’une part, la partie principale de la communauté internationale le juge anormal; d’autre part, c’est l’appréciation que ce membre fait de lui-même dans la communauté internationale.  Citons en exemple la Corée du Nord, qui, aux yeux de la majorité des membres de la communauté internationale, est actuellement l’un des pays les moins ouverts du monde; et Israël, un pays spécial pratiquant au plus haut degré le principe de la force militaire. La Chine, dans la communauté internationale dominée par les pays occidentaux, est censée être un pays anormal pour des raisons politiques, culturelles et historiques ; c’est un point de vue enraciné.

Aujourd’hui, il n’y a pas de standard pour juger si un pays est normal ou pas, parce que la communauté internationale n’est pas encore une vraie communauté au sens propre, et il n’existe pas de norme de valeur uniforme et acceptée par tous les membres de la communauté internationale pour voir si un pays est normal.

Ce dont traite le présent texte, ce n’est pas l’appréciation que porte la communauté internationale sur un pays, mais l’appréciation que porte un pays sur lui-même.

Vers la fin du XXe siècle, après le Japon, sont apparus en Chine des opinions disant que la Chine n’est pas un pays normal.

Avant la réconciliation entre la Chine et les États-Unis et l’application de la politique de réforme et d’ouverture (1972-1979), la Chine était isolée du système économique mondial et du système politique international. Plusieurs indiquent que cet état d’isolement est anormal en lui-même. Quand cette vision s’est transformée en stratégie nationale, la Chine a commencé à pratiquer la réforme et l’ouverture, et la normalisation des relations sino-étatsuniennes a débuté.

Après l’effondrement de l’Union soviétique, la Chine est devenue le plus grand pays socialiste dirigé par le Parti communiste.  Aux yeux du système international dominé par les pays occidentaux, la Chine, qui se distingue des autres pays par son système politique, n’est pays un pays normal.

En 1989, à cause d’un environnement international défavorable, la Chine pratiquait une politique diplomatique avec comme objectif de cacher ses talents et d’attendre son heure. Cela montre que la Chine n’est pas un pays normal.

Bien que la Chine ait implanté l’économie de marché, que le commerce extérieur soit devenu le ressort de la croissance économique, et que les investissements étrangers ne cessent d’affluer sur le marché chinois, la Chine n’était pas membre de l’OMC avant 2001. Dans ce cas, la Chine n’était pas un pays normal selon le système économique mondial.

Comment expliquer que la Chine veuille devenir un pays normal?

C’est un objectif étatique que la Chine n’a pas complètement réalisé depuis quelque 150 ans et qu’elle a la possibilité de réaliser aujourd’hui.

Le fait qu’un pays se sent anormal tient à deux causes: la première, c’est qu’il n’est pas satisfait de son statut dans la communauté internationale ; il lui semble que son statut international n’est pas conforme à son histoire, à sa réalité et à son potentiel; la deuxième, c’est qu’il se sent très éloigné de la communauté internationale ; donc il a l’intention d’accepter de son plein gré les bons conseils pour se placer parmi les premiers pays du monde. J’appelle le premier cas « théorie de l’ambition », et le deuxième « théorie de l’autocorrection».

Voyons, selon la théorie de l’ambition, pourquoi la Chine pense qu’elle n’est pas un pays normal: dans l’histoire, la Chine était un grand pays qui jouait un rôle extrêmement important dans les régions asiatiques. Mais à l’époque moderne, elle a décliné. Bien que la Chine soit un grand pays politique et démographique, son économie est encore retardataire. Ainsi la Chine a-t-elle besoin de devenir une puissance politique, économique, militaire et culturelle. Le fait que la Chine ne soit pas une puissance mondiale ou qu’elle n’ait pas repris le statut de puissance mondiale est en lui-même anormal.

Dans la communauté internationale, lorsqu’un pays déclare son intention de se normaliser, on pense d’abord à la discussion politique et théorique que ce pays entreprend au sujet de la diplomatie, de la sécurité et du sens du développement de l’État. Ensuite, on se préoccupe des analyses concernant le sens du développement de ce pays. Ce genre de normalisation du pays est-il une ambition étatique ou une autocorrection? Dans le premier cas, il est possible que la communauté internationale manifeste une inquiétude et des réactions différentes et résolues vis-à-vis de l’ambition de devenir un grand pays; dans le deuxième cas, la communauté peut adopter en principe une attitude favorable.

Au sens propre, le fait que la Chine veuille être un pays normal consiste dans les deux volets susmentionnés ; la communauté internationale a donc eu des réactions complexes vis-à-vis de la normalisation de la Chine (participation rapide aux affaires internationales): la « théorie de la menace de la Chine » est en vogue, en même temps que la Chine est bienvenue dans la grande famille internationale. Les États-Unis, pays d’hégémonisme, adoptent une double attitude envers la Chine: d’une part, ils entrent en contact avec la Chine, afin de l’encourager à devenir une partie encore plus importante de la communauté internationale, à se soumettre aux normes internationales et à assumer les responsabilités et obligations internationales; d’autre part, ils pratiquent une politique d’endiguement visant à éviter les répercussions éventuelles venant de la Chine à l’encontre du système international une fois qu’elle sera redevenue la grande puissance qu’elle était.

C’est ainsi que les préconisateurs de la normalisation de Chine souhaitent que la Chine s’intègre d’une manière plus poussée à la communauté internationale, de manière à faire disparaître la « théorie de la menace de la Chine ».

Quel genre de Chine peut être un pays normal?

1. Pays axé sur la nation. C’est seulement la Chine dans le sens du pays axé sur la nation qui peut être un pays normal dans la communauté internationale. La Chine doit devenir un pays réellement basé sur la nation. Ce qu’il faut souligner, c’est que la Chine doit corriger son affirmation qu’il existe 56 nations sur son territoire, pour dire qu’il y a 56 ethnies, et que la Chine se base sur la nation chinoise. Il faut que la Chine fasse remarquer sans cesse l’idée de pays axé sur la nation qui préconise que la souveraineté appartient au peuple. C’est seulement par cette idée qu’elle résoudra le problème de souveraineté d’État existant (problème de Taiwan, par exemple).

2. Pays axé sur l’économie. C’est par des  moyens pacifiques et principalement par le système économique mondial (division du travail international) que la Chine réalise ses propres intérêts. Elle devra poursuivre pendant une longue période, au moins jusqu’au milieu du XXIe siècle, la stratégie du développement national centrée sur l’édification économique qu’elle a déterminée en 1979.

3. Pays axé sur la paix. Il faut que la Chine s’aligne approximativement sur le principal courant de la communauté internationale dans les domaines du système et de la réglementation, en adoptant un mécanisme d’autocontrôle. La Chine doit mettre en valeur son statut du membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, et s’activer à jouer le rôle de défenseur et créateur de la paix internationale.

4. Pays axé sur  les régions voisines. Il faut que la Chine considère les pays voisins comme un environnement étroitement lié à sa politique intérieure et sa sécurité d’État, au lieu de les considérer simplement comme des pays étrangers. Elle doit réaliser une interaction complexe avec ses voisins sous le mécanisme régional, c’est-à-dire qu’elle doit se soumettre au contrôle des pays qui se trouvent dans la même région qu’elle, établissant une identification régionale en même temps que celle de l’État. La Chine, en tant que pays asiatique, a besoin d’établir des relations toutes nouvelles avec l’Asie dans le cadre du régionalisme.

5. Pays axé sur le monde. La Chine doit recourir à la coopération avec la communauté internationale pour assurer sa sécurité d’État, sauvegarder ses intérêts d’État, et relever le défi mondial qu’elle affronte. Du fait que la Chine a besoin de la communauté internationale, elle se doit de lui apporter une contribution encore plus importante. La Chine doit être une très importante force en faveur de l’équité et de la rationalité du processus de mondialisation, s’efforcer de favoriser l’influence positive de la mondialisation et d’endiguer son effet négatif.

De membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU à membre de l’OMC, le statut que la Chine s’est élevé dans la communauté internationale. Cela signifie-t-il qu’elle est déjà un pays normal? Autrement dit, comme le souhaitent bien de gens, l’adhésion de la Chine à l’OMC marque-t-elle l’achèvement du processus de la normalisation de la Chine en tant qu’État? Voici ma réponse: la place qu’occupe la Chine dans l’OMC la normalise dans une certaine mesure, et symbolise que la Chine a fait des progrès considérables dans son intégration au monde. Toutefois, la Chine a encore besoin d’intensifier ses efforts de normalisation.

Être une puissance normale du monde

Pour juger si la Chine est déjà un pays normal ou non, il faut suivre toujours un même critère fondamental, à savoir si la Chine s’est déjà intégrée à la principale partie de la communauté internationale, et si elle peut jouir des intérêts et concepts communs avec elle.

Normal et anormal, c’est une sorte de dialectique. Un pays est aussi normal qu’anormal. Il arrive que la prétendue normalisation d’un État, surtout le processus de réalisation de sa propre valeur, apporte le contraire de ce qu’on souhaite. Un État qui se lance dans la normalisation peut paraître de plus en plus anormal aux yeux des autres pays du monde.

Ainsi est-il nécessaire d’éviter les effets contraires de la normalisation lorsqu’un pays cherche à réaliser ses propres valeurs.

La Chine, en tant qu’opérateur de la communauté internationale, se distingue des autres pays par certaines caractéristiques. D’après une théorie réaliste des relations internationales, un pays doit être unitaire, rationnel et homogène. En effet, tous les pays ont des caractères spéciaux, y compris la Chine. La culture et la valeur que représente la Chine, sa position géographique au centre de l’Asie continentale, sa population gigantesque, sa société multiethnique relativement unitaire sont des caractères qui n’existent pas dans d’autres pays. En ce sens, la Chine ne peut et ne pourra jamais être un pays normal qu’accepteront complètement les autres pays du monde.

 En fin, la Chine est une puissance mondiale qui doit être un pays normal en Asie et dans la communauté internationale. En combinant l’aspiration de la Chine au statut de puissance et le concept de la puissance normale positif et correct, la Chine sera de plus en plus normale et pourra réaliser de mieux en mieux ses droits, intérêts et valeurs dans la communauté internationale. Le monde bénéficiera de son côté de la normalisation de la Chine ; il sera plus pacifique, et le développement de l’humanité sera plus considérable.

La Chine doit se placer parmi les puissances normales, c’est là son statut dans la communauté internationale.