Un dialogue positif
WANG WENFENG
La visite à Pyongyang de lenvoyé des États-Unis James Kelly montre que ladministration Bush a commencé à accorder de limportance à un pays du Nord-Est asiatique stratégiquement important.
Le sous-secrétaire dÉtat des États-Unis, James Kelly,
a visité Pyongyang du 3 au 5 octobre à titre denvoyé présidentiel spécial.
Il sagissait du premier dialogue formel entre des fonctionnaires de haut
rang des États-Unis et la République populaire démocratique de Corée (RPDC)
depuis lentrée en fonction de George W. Bush, et donc de la reprise des
consultations à haut niveau au sujet de la sécurité, après deux ans de suspension.
La visite avait été prévue en juillet mais a dû être remise à la suite du conflit naval entre la RPDC et la République de Corée (RDC) à la fin de juin. Avant la visite de Kelly, le secrétaire dÉtat des États-Unis, Colin Powell, et le ministre des Affaires étrangères de la RPDC, Paek Nam Sun, ont tenu une rencontre informelle au cours de laquelle les deux parties ont exprimé leur désir de dialogue.
Kelly a rencontré Kim Yong Nam, second dans la hiérarchie gouvernementale, le sous-ministre des Affaires étrangères Kang Sok Ju et des officiels de haut rang. En 2000, le leader de la RPDC, Kim Jong Il, avait rencontré la secrétaire dÉtat des États-Unis Madeleine Albright, ce qui avait été considéré comme un grand événement dans les relations bilatérales autant que pour la région dAsie du Nord-Est. Les médias japonais et sud-coréens croient que la rencontre entre Kim Yong Nam et Kelly montre lattitude active de la RPDC en vue daméliorer ses relations avec les États-Unis.
Kelly a transmis « la profonde inquiétude » de son gouvernement face aux armes de destruction massive et au plan de développement des missiles, à lexportation de missiles, à la menace militaire conventionnelle et aux droits humains, de même que son espoir de voir la RPDC adopter des mesures à ces égards. On rapporte que les deux parties ont discuté plus à fond sur la base de la Déclaration de Pyongyang entre le Japon et la RPDC publiée plus tôt. Il est certain que la visite de Kelly constitue un premier pas dans le dialogue formel à un haut niveau et quelle pavera la voie à des engagements futurs.
Les deux pays choisiront le moment propice pour reprendre le dialogue. Les récentes activités diplomatiques et la réforme de léconomie nationale en RPDC ont attiré lattention des États-Unis, qui aspirent à découvrir les véritables intentions de la RPDC et sattend à exercer une certaine influence sur le développement du pays. De plus, comme la RPDC a fait quelques concessions lors de la visite du premier ministre du Japon Junichiro Koizumi, les États-Unis y voient la possibilité dautres concessions en leur faveur cette fois.
Comme les relations RPDC-Japon ont connu une percée, les relations intercoréennes progressent également. Plus tôt, les dirigeants du Japon et de la RDC avaient demandé aux États-Unis dassouplir leur attitude face à la RPDC et de rouvrir le dialogue bilatéral. Devant ce nouveau changement en Asie du Nord-Est, les États-Unis ne sont pas prêts à rester derrière alors que la RDC et le Japon les devanceraient en traitant avec un pays aussi stratégiquement important que la RPDC. Cest une des principales raisons de la décision dagir de ladministration Bush cette fois. Terminant sa visite, Kelly a déclaré que les États-Unis coordonneraient un groupe de supervision consultative trilatérale avec le Japon et la RDC dans leur politique coréenne. Cela révèle laspiration des États-Unis à maintenir le Japon et la RDC avec eux tandis quils améliorent leurs relations avec la RPDC, empêchant les deux pays de dominer les problèmes de la péninsule coréenne.
Maintenant que les États-Unis ont mis laccent sur la campagne antiterroriste et lattaque militaire contre lIrak, le déploiement des préparatifs de guerre contre lIrak constitue leur priorité actuelle. À cette fin, ils sefforcent dassurer la stabilité du monde et darrêter tout autre dérangement. La visite de Kelly visait évidemment à resserrer les liens avec la RPDC. De plus, de meilleures relations avec la RPDC peuvent aussi donner une image diplomatique positive à la communauté internationale, ce qui est favorable à lobtention dun plus vaste appui international à leur campagne antiterroriste et leur attaque militaire contre lIrak.
Pour
la RPDC, il est très important de briser limpasse de sa relation avec
les États-Unis. Quand Bush est entré en fonction, il a changé la politique de
dialogue de Clinton et adopté une mesure de main haute sur la RPDC. Ladministration
Bush sest opposée à la politique « rayon de soleil » du président
de la RDC Kim Dae Jung. Plus tôt cette année, Bush a même classé la RPDC sur
l« axe du mal » avec lIran et lIrak, ce qui a aggravé
la crainte de la RPDC dune attaque des États-Unis.
La RPDC ne veut pas devenir un second Irak, et fait donc de son mieux pour amener ses relations avec les États-Unis à un palier supérieur.
Récemment, les relations RPDC-Japon ont progressé, mais la RPDC est pleinement consciente de sa situation précaire. Sans lappui des États-Unis, sa relation avec le Japon ne peut se développer. Comme le Japon est le principal allié des États-Unis dans le Nord-Est asiatique, il doit tenir compte des États-Unis dans ses relations avec la RPDC. Cest seulement si les relations RPDC-É.-U. saméliorent que les relations RPDC-Japon connaîtront des conditions plus favorables de progrès.
La RPDC est maintenant engagée dans la réforme économique, et elle a une plus grande demande de marché international, dinvestissement et de circonstances extérieures favorables. Stabiliser ses relations avec les États-Unis améliorera son image internationale et encouragera lafflux de capitaux étrangers.
La visite de Kelly en RPDC a ouvert la porte au dialogue à un haut niveau. Bien quaucun accord détaillé nait été réalisé, Kelly a dit que le dialogue avait été franc et utile. Le 6 octobre, les médias officiels de la RPDC ont déclaré que le pays continuera à dialoguer avec les États-Unis pour dissiper linquiétude des États-Unis sur certains problèmes de sécurité si les États-Unis veulent bien abandonner leur politique dhostilité. Parallèlement, la partie étatsunienne a indiqué quelle laisserait le temps à la RPDC dexaminer les problèmes qui inquiètent les deux pays, ce qui montre que la dominante de la politique nord-coréenne de Bush a commencé à passer de laffrontement au dialogue.
Toutefois, il reste plusieurs difficultés et obstacles dans les relations bilatérales et on ne peut sagement sattendre à une percée substantielle dans un proche avenir. Premièrement, les deux parties divergent encore largement dopinion sur plusieurs problèmes critiques, et ces divergences ne peuvent se résorber à court terme. Ce qui inquiète surtout les États-Unis est le statut nucléaire de la RPDC, son développement et son exportation de missiles. Toutefois, les États-Unis ont demandé à la RPDC daccepter les inspections, mais la RPDC a répondu que la demande était inacceptable.
En outre, le manque de confiance mutuel est encore fort et les conflits pointent de temps à autre. Avant que Kelly naille à Pyongyang, le porte-parole de la Maison blanche a dit que le président Bush navait pas changé davis sur le leader de la RPDC. Après la visite de Kelly, Radio-Pyongyang a diffusé une émission sur la critique de lancien vice-président des États-Unis Al Gore de la politique unilatérale de Bush. Le 7 octobre, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la RPDC a livré un discours critiquant linclusion par ladministration Bush de la RPDC dans l« axe du mal » et sa poursuite dune pensée négative et dune politique hostile envers la RPDC. Tout cela démontre que les relations bilatérales ne se réchaufferont pas du jour au lendemain.