Une guerre pendant le ramadan
XIAO DING
Tandis
la guerre des États-Unis en Afghanistan continue, le ramadan islamique approche,
le 16 novembre. La coalition antiterroriste doit décider si elle va continuer
ou arrêter les combats durant le ramadan.
De plus en plus de leaders musulmans demandent un cessez-le-feu pendant cette période, étant donné que « le combat continu pendant le mois sacré du ramadan aura certainement une influence négative sur le monde musulman », a prévenu le président pakistanais Pervez Musharraf.
Le gouvernement égyptien est daccord : « Les opérations de combat sur lAfghanistan empoisonneront les relations entre les États-Unis et le monde musulman. » Ces réactions reflètent les sentiments et linquiétude religieuse des musulmans au sujet, particulièrement, dune guerre vraisemblablement prolongée.
« Lennemi ne se reposera pas pendant le ramadan, nous non plus; nous allons poursuivre cette guerre pour atteindre nos objectifs », voilà la réponse donnée le 2 novembre par le président George W. Bush à la Maison blanche.
Importante célébration religieuse, le ramadan tombe le neuvième mois de lannée musulmane, commémorant la date où le prophète Mahomet, fondateur de la foi et de la communauté islamique, a reçu les premiers vers du Coran de larchange Gabriel. Le mot « ramadan » vient de larabe « ramida », qui signifie « chaleur intense et sécheresse », sensation quéprouve lestomac à la suite de la faim et la soif extrêmes. Le ramadan est une période de purification: les musulmans sabstiennent de manger et boire, fumer ou avoir des relations sexuelles avant le coucher du soleil, ce jusquau premier jour du dixième mois du calendrier musulman. Lobjectif est de développer la crainte de Dieu ou la « conscience dAllah » parmi les musulmans qui profitent de ce mois pour prier, lire le Coran, faire des actions charitables et rectifier leur comportement.
Au cours de lhistoire, des guerres se sont déroulées pendant le ramadan, bien que normalement les musulmans soient supposés sen retirer pour observer le ramadan. Le 5 novembre, « Voice of America » (VOA) a radiodiffusé une déclaration officielle de Washington en 53 langues, y compris les deux principales langues afghanes, invoquant les quatorze siècles dhistoire martiale musulmane pour expliquer au monde, surtout aux Afghans, que la guerre afghane ne sera pas la première à avoir lieu pendant le mois sacré. Depuis la victoire du prophète Mahomet au VIIe siècle pour récupérer La Mecque, à la guerre brutale entre lIran et lIraq menée pendant huit ramadans successifs dans les années 1980, VOA a invoqué les combats menés par les musulmans pendant le ramadan pour justifier la poursuite des attaques étatsuniennes entreprises le 7 octobre.
La déclaration disait que les États-Unis et leurs alliés, y compris les pays musulmans, doivent être conscients de la possibilité dattaques terroristes pendant le prochain ramadan, et que lalliance antiterroriste devra travailler dur pour supprimer les organisations terroristes dAfghanistan et extirper toutes les sources de terrorisme internationale.
Les actions militaires antiterroristes durent depuis plus dun mois. Comme lopération « Renforcer la liberté » na connu aucun progrès substantiel, lappui de la population des États-Unis à la guerre et au président décline. Ladministration Bush se voit maintenant pressée daccélérer la guerre.
Toutefois, le ramadan qui approche constitue une épine au pied des États-Unis. Le secrétaire dÉtat américain Colin Powell a dit que les États-Unis respectent le mois sacré musulman et voudraient achever les actions militaires aussi tôt que possible, mais que, pourtant, la guerre antiterroriste doit se poursuivre.
Plusieurs pays arabes et islamiques ont manifesté leur appui à la campagne antiterroriste à divers degrés, à la suite du refus des Taliban de remettre ben Laden, accusé dexploiter linstabilité de lAfghanistan pour établir dans ce pays un réseau terroriste. Toutefois, ils ont parlé moins fort dappuyer les bombardements. Depuis que les États-Unis et la Grande-Bretagne ont lancé les opérations militaires en Afghanistan, des protestations contre la guerre ont eu lieu dans plusieurs pays arabes et musulmans incluant lÉgypte, la Jordanie et le Pakistan. Plusieurs jeunes de pays musulmans considèrent Osama ben Laden comme leur modèle. Face à la condamnation du monde islamique, le président Bush sest donné beaucoup de mal pour faire comprendre que les États-Unis ne sen prennent pas à lislam. Powell a aussi admis récemment que les États-Unis ont longtemps ignoré les sentiments des musulmans et désirent maintenant améliorer leurs relations avec eux.
Techniquement,
la guerre afghane pendant le ramadan pose un dilemme aux États-Unis. Presque
tous les voisins de lAfghanistan sont des pays islamiques dont lappui
est pourtant nécessaire aux États-Unis pour combattre efficacement le terrorisme.
Ces pays ont accordé à lalliance antiterroriste laccès à leur espace
aérien et à leurs bases de communication. Mais ils pourraient réagir fortement,
surtout ceux qui sont situés près de lAfghanistan, si lattaque continue
pendant le ramadan une possibilité que les États-Unis doivent examiner
sérieusement.
Toutefois, si les États-Unis attendent la fin du ramadan à la mi-décembre, les Taliban et le réseau al-Qaeda de ben Laden auront un répit dun mois qui leur permettra de se réapprovisionner et de revivifier leurs attaques. LAfghanistan est une des principales régions de fabrication et trafic de drogue, pilier économique des Taliban. Les armes laissées sur place par lex-Union soviétique ou achetées par le réseau du commerce de la drogue et dorganisations de contrebande darmes constituent la source principale darmement des Taliban. Si les États-Unis cessent leurs opérations militaires, les trafiquants de drogue et contrebandiers darmes saisiront cette occasion pour entrer en Afghanistan et y mener leurs affaires, fournissant ainsi aux Taliban davantage darmes et de bénéfices économiques.
Un cessez-le-feu pourrait aussi accroître la possibilité que les alliés des États-Unis repensent leur engagement et leur appui à la campagne, après le ramadan. De plus, arrêter les opérations militaires pendant le ramadan accorderait aux terroristes un traitement spécial seulement par respect de leur foi et légitimerait la déclaration de ben Laden concernant lattaque des États-Unis contre lislam.
Par ailleurs, les experts militaires soulignent que lhiver qui approche va durer jusquen avril, et que le rude climat et les montagnes dAfghanistan présenteront de graves obstacles pour les campagnes des États-Unis sous toutes formes, raids aériens ou combats au sol. Même lobservation constante par satellite réussit à peine à détecter les endroits précis dorganisations terroristes pour lattaque par missiles de croisière ou laction de forces spéciales.
Alors, les États-Unis réajusteront leur stratégie pour le ramadan et lhiver proche. Ils feront avancer lAlliance du Nord en Afghanistan, dans lespoir décraser le régime Taliban sans risquer des vies étatsuniennes. Entre-temps, ils chercheront davantage de bases militaires autour de lAfghanistan pour leurs attaques aériennes, augmenteront laide humanitaire et accéléreront lapprovisionnement de lAlliance du Nord. Cette mesure pragmatique évitera doffenser les pays islamiques et calmera les sentiments anti-guerre suscités par les accidents qui ont fait des victimes étatsuniennes, tout en poursuivant laction militaire contre les Taliban.
Les États-Unis ont exprimé dès le début leur détermination de gagner la première guerre du XXIe siècle. Toutefois, comme cette guerre en est une non conventionnelle, la question nest pas de savoir si les États-Unis gagneront la bataille, mais comment ils la gagneront.