Rôle de l’Iran

XIAO ZAN

Le ministre des Affaires étrangères du Canada, John Manly, a sollicité la collaboration de l’Iran pour résoudre la crise du Moyen-Orient quand il a rencontré le président d’Iran Khatami le 28 octobre. Manly est le premier ministre des Affaires étrangères du Canada à visiter l’Iran depuis dix ans.

Concernant le problème afghan actuel, Khatami a insisté sur la recherche des causes profondes du terrorisme et s’est opposé à toute action précipitée ou unilatérale dans le traitement de ce sinistre phénomène. Il pense que les Nations unies devraient conduire ces actions.

Avant la visite de Manly, le Moyen-Orient a vu déferler une rafale de politiciens de haut rang des pays de l’Ouest, y compris le secrétaire d’État Colin Powell et le secrétaire à la Défense Donald H. Rumsfeld des États-Unis et le premier ministre britannique Tony Blair. Tous y sont allés pour la même raison – chercher l’appui du monde arabe à leur lutte « occidentale » contre le terrorisme. Les États-Unis savent très bien quel rôle l’Iran peut jouer. La guerre contre l’Afghanistan est différente des guerres précédentes, à cause du caractère religieux de la nation. Des actions militaires inappropriées pourraient mener à un affrontement religieux encore plus profond. Dans cette situation, les États-Unis ont ajusté leur politique étrangère à temps pour gagner l’appui de la communauté internationale, du monde islamique en particulier. Voilà le principe de pragmatisme cher aux Étatsuniens.

Abandonnant ses méthodes unilatérales, Washington a commencé à solliciter l’aide des autres, même des pays qu’il considérait comme ses ennemis, tel l’Iran. Les États-Unis demandent fermement l’appui de nations arabes et musulmanes afin d’alléger l’antagonisme du monde musulman et de légitimer la guerre qu’ils ont lancée contre l’Afghanistan. Pour atteindre ce but, il faut l’Iran. Pourquoi ?

Important pays islamique, l’Iran pèse lourd dans la balance du Moyen-Orient et l’Asie centrale. En tant que pays voisin de l’Afghanistan, l’Iran joue aussi un rôle dans le rétablissement du régime afghan ; c’est pourquoi les pays occidentaux s’inquiètent de sa position.

De plus, l’Iran a connu des désaccords avec le Taliban, ennemi actuel des États-Unis. Bien que l’Iran et le Taliban soient musulmans, ils appartiennent à des sectes différentes. Les Iraniens, descendants des Perses, sont shiites, et les Taliban sunnites, branche majeure de l’islam à laquelle adhèrent les pays du Moyen-Orient. Par le passé, le Taliban a persécuté les shiites en Afghanistan et, en revanche, l’Iran a fourni de l’argent et des armes à l’organisation anti-Taliban, l’Alliance du nord. La relation entre les deux pays était au plus bas en 1998, quand les soldats du Taliban ont fait irruption au consulat d’Iran en Afghanistan, forcé onze diplomates iraniens à descendre au sous-sol pour enfin les fusiller. L’incident a presque causé la guerre entre les deux pays. L’Iran l’a évitée par crainte de l’opposition du Pakistan, ami du Taliban, et de déséquilibre dans la stratégie régionale.

Après l’événement du 11 septembre, l’Iran da publiquement exprimé sa sympathie pour les victimes de la tragédie aux États-Unis, fortement condamné les actions terroristes et même permis aux avions de guerre des États-Unis d’utiliser ses aéroports en cas d’atterrissage d’urgence, mais le pays ne se joindrait pas à la coalition antiterroriste. Il est difficile pour l’Iran de combattre à côté des États-Unis mais le pays ne poserait pas d’obstacles.

La réaction de l’Iran suivant les événements du 11 septembre permettait aux États-Unis de croire que l’Iran pourrait les épauler. La conseillère à la sécurité nationale des États-Unis, Dr Condoleeza Rice, a dit que les États-Unis pourraient recevoir un « appui inattendu » de certains camps, dont l’Iran probablement, un pays qui n’a pas de relations diplomatiques avec les États-Unis depuis 1979.

Sur cette base, des chefs d’États occidentaux ont fréquemment cherché en Iran le feu vert aux attaques militaires étatsuniennes en Afghanistan. Mais l’attitude du gouvernement iranien face à l’Ouest n’est pas concluante, ce qui ajoute aux difficultés de la prospection occidentale.

En ce qui concerne la refondation d’un pouvoir en Afghanistan, l’Iran partage les idées de la Russie, qui tend à l’établissement d’un gouvernement de coalition composé de divers groupes ethniques autour d’un noyau anti-Taliban. L’Iran croit aussi qu’un régime pro-États-Unis pourrait devenir une menace.

Le pétrole est un autre important facteur qui attire l’Occident. Alors, le remue-ménage aux portes de l’Iran ne constitue pas une surprise.