POLITIQUE

La Chine et le monde au XXIe siècle

Lors de sa visite officielle en France, le vice-président de la RPC Hu Jintao a prononcé, le 5 novembre, à l’Institut de recherche sur les relations internationales de France, un discours intitulé « La Chine et le monde au XXIe siècle » sur la situation et les problèmes internationaux actuels.Voici les extraits du discours:

Durant le XXe siècle, tout en créant d’énormes richesses matérielles et spirituelles, l’humanité a subi la guerre cruelle et la guerre froide longtemps. À cause des épreuves profondes et des expériences amères, la population de tous les pays désire ardemment la paix mondiale durable et une vie heureuse, stable et tranquille, ainsi qu’un nouveau siècle de paix, sécurité, coopération et développement.

Au début du nouveau siècle, le monde fait face non seulement à des occasions sans précédent, mais aussi à un défi ardu. La situation internationale tend à se détendre dans l’ensemble; à la suite de la pluralisation mondiale et de la mondialisation économique, l’essor prodigieux des techniques et des sciences modernes, surtout remarquable en techniques informatiques et biotechniques, ouvre de larges horizons au progrès économique et social mondial. Aujourd’hui, la fortune matérielle et spirituelle de l’humanité est plus importante qu’en aucun  temps du passé, et son désir de vivre heureux est aussi plus brûlant que jamais, ce qui constitue la condition nécessaire et la force radicale pour que le monde avance vers son brillant objectif. Parallèlement, on doit constater avec lucidité le déséquilibre du développement mondial. L’ordre politique et économique international est encore injuste et déraisonnable; l’écart entre la pauvreté et la richesse ainsi que « l’abîme numérique » entre le Nord et le Sud s’accroissent progressivement; des conflits locaux dus aux facteurs de nation, de religion, de terrain et de ressources se succèdent; de diverses forces terroristes et des ultra-forces causent constamment des préjudices à la communauté internationale et, au niveau mondial, les problèmes comme ceux de l’environnement, de la drogue et des réfugiés s’avèrent de plus en plus frappants. Réaliser l’espoir envers le nouveau siècle est une mission difficile.

Dans la situation internationale complexe, comment saisir l’occasion, relever le gant, sauvegarder la paix et promouvoir le développement sont les défis majeurs auxquels font face les divers pays du monde. Il s’agit de problèmes mondiaux ; leur résolution demande la participation commune de tous les peuples du monde, l’unité et la coopération de tous les pays, ainsi que la mise en valeur du rôle des Nations unies et du Conseil de sécurité. En tant que grand pays en développement et pays responsable, la Chine s’en tient à une politique extérieure indépendante et pacifique, a pour l’objectif de sauvegarder la paix et de promouvoir le développement commun, et est prête, avec tous les pays et les peuples du monde épris de paix, qui désirent le progrès et aspirent à l’avancement, à faire des efforts soutenus afin de créer un environnement international pacifique durable.

Quant à la pluralisation, elle est la base de la paix mondiale durable. La pluralisation mondiale favorise la mise en place du nouvel ordre politique et économique juste et raisonnable, la réalisation de la paix et de la tranquillité mondiales, est propice à la formation d’un cadre politique international relativement stable, stimule les échanges et la coopération de divers pays basés sur le respect mutuel de l’indépendance et de la souveraineté ainsi que sur l’égalité et les avantages réciproques. Nous constatons que le principe de participer aux affaires mondiales par les peuples du monde au lieu de laisser une superpuissance les contrôler est reconnu progressivement par la communauté internationale et gagne l’approbation et le soutien de davantage de pays. La Chine et l’Europe, deux puissances politiques et économiques en progression, joueront sûrement un rôle de plus en plus important dans le processus de la pluralisation.

La démocratisation des relations internationales est la garantie majeure de la paix mondiale. Divers pays, grands ou petits, pauvres ou riches, font partie de la communauté internationale. Leurs affaires internes doivent être décidées par leurs propres gouvernement et peuple, et les affaires internationales sont résolues à travers la consultation égale par tous les pays et peuples du monde. À l’égard des grands problèmes touchant la paix des régions et du monde, on doit, conformément à l’objectif et au principe de la Charte des Nations unies, et aux normes fondamentales régissant les relations internationales reconnues, persister dans le règlement négocié et pacifique des différends. Notre monde est riche et varié ; il lui est donc impossible de se manifester en un seul mode. Il faut alors admettre la pluralisation mondiale et respecter la culture historique, le système social et la voie de développement propres à chaque pays. Les échanges entre les civilisations et leurs aspirations favorisent le progrès de l’humanité; ainsi, diverses civilisations et divers systèmes sociaux doivent coexister à long terme, se compléter l’un l’autre dans la concurrence, et se développer dans la recherche des points communs et la mise de côté des divergences. Dans les rapports internationaux, la Chine maintient toujours l’impartialité, défend la justice, préserve la souveraineté, l’indépendance et la dignité d’État, et s’oppose à l’hégémonisme sous toutes ses formes. Au nouveau siècle, nous continuons à procéder avec les divers pays aux échanges et à la coopération sur un pied d’égalité et de respect mutuel, à approfondir la connaissance et à prendre exemple l’un sur l’autre pour nous développer en commun.

La mondialisation est le courant de développement irréversible dans le monde d’aujourd’hui et qu’elle a des répercussions profondes en matière d’économie, de politique internationale et de vie sociale, et comprend non seulement des occasions favorables mais aussi des défis. Et le mouvement d’anti-mondialisation qui a surgi ces dernières années dans beaucoup de régions donne lieu à de sérieuses réflexions. Jusqu’à présent, les pays développés sont les principaux bénéficiaires de la mondialisation économique, et les pays en développement en tirent très peu de profit ; même, ils risquent la marginalisation. Ainsi, seulement en se basant sur l’égalité entre les divers pays, l’économie mondiale peut-elle assurer le développement continu. L’expérience historique de la Chine montre qu’aujourd’hui où les techniques scientifiques se développent avec impétuosité, aucun pays ne peut réaliser la modernisation en fermant sa porte. Depuis que la Chine a décidément  appliqué la politique de réforme et d’ouverture il y a plus de vingt ans, elle est en contact de plus en plus serré avec l’économie mondiale. À l’issue de quinze ans de négociations ardues, elle va adhérer à l’OMC ; les liens entre la Chine et l’économie mondiale entreront dans une nouvelle période. Nous nous consacrerons à faire participer les autres pays, d’égal à égal, à l’élaboration des décisions et des règles de l’économie mondiale; à établir un nouveau système financier et commercial international raisonnable; à réduire les risques qui se posent devant les pays en développement, ainsi qu’à endiguer le phénomène d’appauvrissement des pauvres et d’enrichissement des riches. La réduction de l’écart entre le Nord et le Sud non seulement profite au développement sain de l’économie mondiale, mais encore favorise l’élimination radicale des facteurs instables du monde.

Aujourd’hui où la guerre froide a pris fin, la communauté internationale doit instaurer un nouveau concept de sécurité centré sur la confiance mutuelle, les avantages réciproques, l’égalité et la coordination, et s’efforcer de créer un environnement international stable, sûr, pacifique et sûr. Au lieu d’assurer la sécurité, l’expansion des armements provoque de nouveaux facteurs instables. L’ordre de sécurité internationale au XXIe siècle doit reposer  sur une base de coopération et de l’ordre juridique internationaux afin de rechercher la sécurité par voie de la confiance mutuelle, et la coopération par voie du bénéfice réciproque, ce qui permet d’éradiquer les facteurs instables et de réaliser la sécurité durable. La Chine exécutera cette nouvelle conception par sa propre action, restera fidèle aux cinq principes de coexistence pacifique, s’entendra sur un pied d’égalité et d’amitié avec le reste du monde et coopérera franchement avec lui.

En ce qui concerne l’ONU, dans l’histoire humaine, on n’a jamais vu aucun établissement posséder une si large représentation, ni aucune organisation exercer une influence aussi profonde et durable sur le monde. Au nouveau siècle, l’autorité et la fonction de l’ONU doivent être sauvegardées et consolidées. Comme membre fondateur de l’ONU et État membre permanent du Conseil de sécurité, la Chine prend une part active en tout temps aux affaires de l’ONU et contribue à défendre la paix mondiale, promouvoir le développement commun, préserver la justice et l’impartialité internationales. Nous voulons faire des efforts communs avec les divers pays du monde pour que l’ONU sauvegarde la paix et la sécurité internationales efficacement et crée un meilleur environnement, convenable au développement de tous les pays.

Sur le plan de la lutte contre le terrorisme, l’événement de « 11 septembre » qui s’est produit aux États-Unis a montré encore une fois que le terrorisme international constitue déjà une grande menace pour la paix et la stabilité mondiale et devient un fléau public grave. Nous condamnons le terrorisme international sous toute les formes et nous y opposons fermement; nous préconisons le dialogue et la coopération au milieu de la société internationale en vue de combattre ensemble les activités terroristes internationales. Simultanément, nous pensons que le combat doit respecter l’objectif et le principe de la « Chartes des Nations unies » et les normes du droit international établies, et jouer pleinement le rôle du Conseil de sécurité. Toutes les actions doivent être favorables à l’intérêt à long terme de la paix et du développement mondial. Avec l’accélération du processus de mondialisation, des activités criminelles transnationales diverses telles que le trafic international des stupéfiants, l’immigration illégale se produisent jour après jour, ce qui affecte gravement la stabilité politique et le développement économique de tous les pays. Dans ce nouveau siècle, la Chine est prête à renforcer la coopération internationale afin d’endiguer la propagation des phénomènes criminels. Hu a affirmé que la nation chinoise est depuis toujours une nation pacifique. Après avoir souffert l’invasion et l’esclavage de l’extérieur depuis longtemps, son peuple chérit davantage la paix et la liberté durement gagnées. Les faits qui se sont passés depuis la fondation de la nouvelle Chine prouvent de façon convaincante au monde qu’elle est, de bout en bout, une puissance majeure dans la défense de la paix et la stabilité de l’Asie et du monde. C’est elle qui a proposé la première les cinq principes de la coexistence pacifique, et elle tient respectueusement sa promesse solennelle de ne pas adhérer au groupe militaire, ne pas chercher à obtenir une sphère d’influence et ne jamais prétendre à l’hégémonie ; de même préconise-t-elle un nouveau concept de sécurité sur les thèmes de confiance mutuelle, de bénéfice réciproque, d’égalité et de coordination, en contribuant à la promotion de la paix et de la sécurité locales et mondiales.

Au sujet de la réforme et de l’ouverture, depuis la fin des années 1970, sur l’initiative de Deng Xiaoping, la Chine a commencé à appliquer fermement la réforme et l’ouverture, s’engageant dans la voie du socialisme à la chinoise, et a remporté de grands succès sur le plan de l’édification économique et du progrès social. Maintenant, on constate au pays la stabilité politique, l’unité nationale, le progrès économique, l’établissement préliminaire du système économique de marché socialiste et la formation générale de la structure d’ouverture tous azimuts en même temps que le pays atteint pour l’essentiel un niveau de vie d’aisance moyenne. Néanmoins, à cause de sa population considérable, de sa base faible et du déséquilibre de développement économique et culturel, elle reste encore un pays en développement. Mener à bien la modernisation et pousser de l’avant le développement économique demeurent notre tâche capitale. À cet effet, nous avons besoin d’un environnement pacifique régional et international à long terme, et nous associons à la lutte contre l’hégémonisme et la politique du plus fort. Le développement de la Chine ne constitue aucune menace pour d’autres pays; au contraire, il est propice à la paix et à la prospérité des régions et du monde. Durant le nouveau siècle, la Chine est disposée à contribuer avec le reste du monde à réaliser la paix, la stabilité, le développement et la prospérité du XXIe siècle.

Quant au rôle des pays européens dans les affaires internationales, pour réaliser la paix et le développement au XXIe siècle, l’Europe peut et doit faire jouer le rôle important. L’Europe occidentale rassemble la plupart des pays développés, et l’Union européenne, considérée comme la plus grande communauté régionale et la plus unifiée du monde, a sans cesse gagné du terrain en matière de liaison intérieure et d’expansion extérieure ces dernières années, et joué un rôle considérable dans les affaires internationales. Il n’existe pas de conflit d’intérêt direct entre la Chine et l’Europe; en revanche, il subsiste de larges intérêts communs. Le renforcement de la coopération complète et durable dans divers domaines répond aux intérêts fondamentaux des deux parties, et profite à la paix et au développement du monde entier. Ces dernières années, la coopération sino-européenne présente un riche contenu; les dialogues et négociations politiques des deux parties à divers échelons accomplissent des résultats positifs; des points de vue communs sur les affaires régionales et internationales se révèlent sans cesse et les échanges touchant les domaines industriel et commercial, scientifique et technique, culturel et éducatif s’approfondissent davantage. Nous espérons que la coopération sur un pied d’égalité et d’avantages réciproques obtiendra des succès fructueux au nouveau siècle.

En ce qui concerne les relations sino-françaises, non seulement un membre important de l’Union européenne, la France est aussi un pays membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU comme la Chine; elles ont la responsabilité majeure des affaires internationales. Les deux pays ont abouti à la connaissance commune d’une multiplicité de grands problèmes mondiaux, se complètent mutuellement dans le domaine économique et possèdent un grand potentiel de coopération. La Chine attache de l’importance aux relations sino-françaises. En 1964, le président Mao Zedong et le général Charles de Gaulle, clairvoyants, ont pris une décision historique sur l’établissement des relations diplomatiques, inaugurant un nouveau chapitre des rapports sino-français. En 1997, le président Jiang Zemin et le président Jacques Chirac ont signé la déclaration conjointe selon laquelle les deux pays établissent des relations de partenariat complet au XXIe siècle, permettant  aux relations sino-françaises de s’élever à un nouveau niveau stratégique. Ces dernières années, les dirigeants des deux pays ont maintenu des liaisons et contacts étroits, procédé à l’échange de vues sur des questions internationales importantes, engagé une large consultation politique et conversation stratégique, et obtenu des fruits considérables dans la coopération industrielle, commerciale, technico-scientifique et culturelle. Dans la situation internationale variée et complexe, pour les deux pays, il est nécessaire de renforcer la consultation, les échanges et la coopération. Nous croyons que sous les effets communs, la coopération et l’amitié sino-françaises s’approfondiront davantage, et que les deux pays contribueront encore davantage à la paix et la stabilité du monde, au développement et au progrès de l’humanité.