La situation actuelle de l'Afrique et les relations sino-africaines
LU TINGEN
Depuis
l'an dernier, la situation d'ensemble de l'Afrique se caractérise par un progrès
lent et fragile. Le progrès s'exprime principalement par les trois domaines
suivants: premièrement, une situation politique stable se maintient depuis longtemps
dans beaucoup de pays d'Afrique et les élections présidentielles et législatives
n'ont pas causé des troubles dans la société. Dans des pays comme le Congo (Kinshasa),
le Burundi et le Sierra Leone où a éclaté une guerre civile dans laquelle sont
intervenus plusieurs autres pays, la situation tend aussi à la stabilité. Au
cours de la guerre civile du Congo (K) qui a commencé en 1998, six pays d'Afrique
orientale et d'Afrique australe s'y sont engagés et la guerre a causé plus de
3 millions de morts et réfugiés. À l'heure actuelle, grâce à la médiation de
l'ONU, de l'OUA et des dirigeants de certains pays, l'Ouganda et le Rwanda ont
exprimé qu'ils retiraient leurs troupes et la situation tendue du Congo (K)
s'est beaucoup atténuée.
Deuxièmement, les pays d'Afrique ont connu une reprise et une croissance économiques ces dernières années. Pendant six années depuis la seconde moitié de 1994, la croissance économique africaine a dépassé celle de la population et le PIB annuel se fluctue entre 3 % et 5 %. Dans certains pays, l'économie s'est développée plus rapidement. En 2000, la croissance économique des huit pays d'Afrique dont le Botswana, le Mozambique, le Mali et le Bénin ont atteint ou dépassé 5 %.
Troisièmement, la conscience du développement commun et autonome et de l'unité d'action s'est davantage propagée. En Afrique, les organisations régionales de coopération économique et politique sont développées. Douze organisations comme la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, la Communauté du développement de l'Afrique australe, la Communauté économique des États de l'Afrique centrale et la Communauté économique de l'Afrique orientale sont pleines de vitalité. En juillet dernier, au cours du Sommet de l'OUA, les participants ont été unanimes pour fonder l'Union africaine, en proposant de passer d'ici un an de l'OUA à l'Union africaine. Cela exprime plus ou moins le vif désir du peuple africain de renforcer son union et de développer l'économie en commun.
Toutefois, le progrès de l'Afrique est lent à cause de l'existence de certains problèmes épineux dont les trois principaux suivants: premièrement, les dettes. Les dettes extérieures actuelles de l'Afrique ont dépassé 350 milliards de dollars US, somme astronomique pour les pays d'Afrique. On rapporte que le total des recettes annuelles des pays sub-sahariens est légèrement supérieur aux recettes de la Belgique, un petit pays européen. Beaucoup de pays d'Afrique doivent rembourser chaque année leurs dettes, ce qui a affecté inévitablement le développement de leur économie et l'amélioration de la vie du peuple. Les recettes annuelles de certains pays ne suffisent pas à payer l'intérêt et la part de capital dus.
Deuxièmement, les maladies. Les trois maladies qui sévissent sur le continent africain sont la malaria et le choléra, qui éclatent de temps en temps depuis de longues années, et la léthargie, déjà contrôlée il y a quelques années et qui tend à récidiver dans certaines régions. Par ailleurs, le sida se propage sur le continent ces dernières années. À l'heure actuelle, le sida est devenu un problème mondial. À la fin de 2000, on avait découvert 35 millions de cas au monde dont 65 % en Afrique.
Troisièmement, la corruption des fonctionnaires et l'inefficacité administrative.
En plus des facteurs négatifs susmentionnés, le manque d'une stratégie de développement qui s'adapte à la réalité du pays a gêné aussi le progrès économique et social de certains pays d'Afrique. Après leur indépendance, beaucoup de pays africains ont arrêté leur plan de développement économique sur la volonté des pays étrangers, celles des pays occidentaux et des organisations internationales dominées par ces derniers en particulier. Ces plans insistent sur la privatisation de l'économie, l'augmentation des produits d'exportation, la compression du personnel administratif et la réduction du contrôle de l'État. Les faits prouvent que cela est moins favorable au développement des pays d'Afrique qu'au pillage de leurs ressources par les pays occidentaux. En fait, la majorité des pays d'Afrique sont des pays agricoles et l'agriculture est la base de l'économie nationale et du développement du pays. Si les pays négligent le développement agricole, ils subiront inévitablement de graves revers.
Les pays d'Afrique sont en train d'être marginalisés davantage dans la vie économique et politique internationale et les relations internationales. Dans le développement de l'économie africaine, la pénurie de fonds est un grand problème. Les investissements étrangers diminuent d'année en année. Par exemple, les pays sub-sahariens disposaient en 1999 d'investissements étrangers de 8 milliards de dollars US, et en 2000, seulement 6,5 milliards. Cela montre que les investisseurs étrangers perdent confiance en eux. En ce qui concerne les dettes, depuis les années 1990, les pays occidentaux ont déclaré à maintes reprises qu'ils réduiraient les dettes de l'Afrique. Pourtant, ils parlent d'une façon et agissent d'une autre. Au cours de la 3e Conférence des Nations unies sur les pays les moins développés, tenue en mai dernier en Belgique, on a appelé à réduire les dettes en faveur des pays d'Afrique. Mais jusqu'ici, on n'a pas vu le résultat. Actuellement, des pays occidentaux, surtout les États-Unis, adoptent une politique de « retrait progressif de l'Afrique ». Le secrétaire d'État des États-Unis, Colin Powell, a déclaré au cours de sa visite en Afrique en mai dernier: « Les pays d'Afrique doivent considérer le nouveau gouvernement des États-Unis comme un partenaire mais non un appui. L'Afrique ne se trouve pas dans l'intérêt stratégique des États-Unis. Les pays d'Afrique doivent compter sur leurs propres forces pour faire face aux nouveaux défis et trouver au XXIe siècle leur place appropriée. » Ces paroles ont exprimé l'idée véritable des pays occidentaux. Toutefois, des pays occidentaux comme les États-Unis accordent une attention soutenue à un petit nombre de pays africains qui occupent une place d'importance stratégique, en tenant compte de leurs propres intérêts. Par exemple, les États-Unis appliquent une politique de « soutien prioritaire » à l'Afrique du Sud, au Nigeria et à l'Égypte.
Par là on peut dire que ces dernières années, les pays d'Afrique ont fait des progrès encourageants mais fragiles et changeants. La moindre inattention pourrait provoquer une agitation. Les conflits armés et coups d'État militaires qui ont eu lieu en République centraficaine, en Côte d'Ivoire et dans d'autres pays africains en sont des exemples.
Dans les domaines aussi bien du maintien de la stabilité de leur situation politique et que du développement de leur économie, les pays d'Afrique ont besoin du soutien et de l'aide de la Chine. De même, la Chine, pour sa part, ne peut se dispenser du soutien et de l'aide de l'Afrique dans la lutte internationale, dans la lutte contre l'indépendance de Taiwan et dans le développement de l'économie nationale. Le Forum sur la coopération sino-africaine tenu en octobre 2000 à Beijing est le premier dialogue collectif multilatéral entre la Chine et les pays d'Afrique, et une démarche importante dans le cadre de consolidation de la coopération et de la garantie des relations d'amitié entre la Chine et les pays d'Afrique pour le XXIe siècle.
Au cours du Forum, la Chine a pris quatre engagements: continuer à apporter, dans la mesure de ses possibilités, son aide aux pays d'Afrique dans le développement de leur économie, et suivant son propre développement, augmenter son aide; réduire ou supprimer d'ici deux ans les dettes de 10 milliards de yuans des pays africains les plus lourdement endettés et les moins développés; fournir des fonds spéciaux aux entreprises chinoises ayant du crédit et de la puissance pour les encourager investir dans les pays d'Afrique; créer un « fonds d'exploitation des ressources humaines de l'Afrique » et l'augmenter graduellement pour aider les pays d'Afrique à former le personnel spécialisé.
Pour ce faire, la Chine a formé une commission dont les ministres des Affaires étrangères, et du Commerce et de la Coopération économique avec l'étranger sont présidents honoraires et les vice-ministres concernés de ces deux ministères sont co-présidents. La commission est chargée d'élaborer un plan d'ensemble et de diriger concrètement son exécution. Cela contribue à rationaliser et systématiser les formes et la dimension de l'assistance à l'Afrique. À l'heure actuelle, les principales formes d'assistance économique de la Chine à l'Afrique sont les suivantes: faire don d'argent principalement destiné à la lutte contre les calamités naturelles et à la construction d'installations nécessaires en vue d'améliorer la vie du peuple telles que des ouvrages hydrauliques, des écoles, des hôpitaux et des puits dans les déserts; fournir des prêts sans intérêt aux projets de développement, de production, de construction d'infrastructures et de construction d'installations publiques en particulier, telles que des fermes, des routes, des chemins de fer, des stades; accorder des prêts préférentiels à caractère d'assistance, autrement dit, la Chine accorde des fonds et le pays bénéficiaire ou le projet bénéficiaire donne son aval. Il existe deux exemples où la Chine a fourni des prêts au Botswana pour la construction d'un chemin de fer et le gouvernement du Botswana a avalisé le remboursement, et au Soudan pour l'exploitation de ressources pétrolières et la partie soudanaise devrait rembourser les prêts dès qu'elle aura obtenu des profits dans l'exploitation du pétrole. À présent, pour encourager l'investissement de capitaux et la formation du personnel qualifié en Afrique, la Chine a établi deux fonds. L'un est le Fonds d'investissement et de développement qui a été créé à la fin de 2000 sur la base du Fonds de crédit de la Banque d'import-export de Chine et du Fonds de développement du commerce extérieur, dans le but de soutenir les projets de coopération sino-africaine. L'autre est le Fonds de formation du personnel qualifié qui est utilisé sous diverses formes comme différents stages de formation d'étudiants, de médecins, de scientifiques et de diplomates. Par exemple, le ministère du Commerce et de la Coopération économique avec l'étranger a organisé plusieurs stages pour former des techniciens en ce qui concerne l'aménagement du désert, les machines agricoles, les travaux hydrauliques, la production alimentaire et l'exploitation de gaz des marais, et former des fonctionnaires du secteur économique.
De toute façon, pour que l'assistance à l'Afrique soit plus efficace, la Chine doit tenir compte à la fois des besoins urgents des pays d'Afrique et de ses propres points forts surtout dans les domaines agricole, pharmaceutique, textile et des travaux publics.
La réduction et l'annulation des dettes des pays d'Afrique par la Chine avancent rapidement. La Chine s'est engagée à réduire ou annuler en deux ans les dettes des 32 pays d'Afrique les plus lourdement endettés et les moins développés pour un montant de 10 milliards de yuans. Jusqu'à présent, elle a signé avec 19 pays un accord en la matière. L'engagement sera réalisé sans aucun doute. Les dettes des pays d'Afrique vis-à-vis de la Chine ne deviendront pas un lourd fardeau affectant leur développement économique.
Pendant l'année écoulée, les relations d'amitié et de coopération économique entre la Chine et les pays d'Afrique ont connu un nouveau développement. Les dirigeants des pays d'Afrique l'ont apprécié hautement. À la mi-juillet dernier, la Chine et les pays d'Afrique se sont réunis à Lusaka en Zambie pour discuter des activités à organiser après le Forum sur la coopération sino-africaine, et décidé de convoquer en 2002 et en 2003 en Éthiopie une conférence des hauts fonctionnaires et une conférence ministérielle de la Chine et des pays d'Afrique.
Le développement des relations économiques et commerciales entre la Chine et les pays d'Afrique est la base du développement stable, soutenu et approfondi des relations entre États. Ces dernières années, la coopération économique et commerciale sino-africaine s'est beaucoup intensifiée. Le volume du commerce bilatéral de 2000 a dépassé 10 milliards de dollars US, soit une augmentation de 30 % par rapport à 1999. Mais sur ce chiffre, le volume du commerce de la partie chinoise ne représentait que 2 à 3 % du total du commerce extérieur du pays, et pour les pays d'Afrique, une part encore plus faible. Ainsi, il existe encore un grand potentiel à mettre en valeur dans ce domaine. En réalité, une complémentarité économique et commerciale existe depuis toujours entre la Chine et les pays d'Afrique. Des produits chinois comme articles d'usage courant, vêtements, médicaments, produits textiles, produits mécaniques et électroniques et machines agricoles occupent une part importante du marché africain. De même, la Chine a aussi besoin du pétrole brut, des métaux rares, des métaux non-ferreux, du coton et des engrais chimiques de l'Afrique.