Changement de la situation au Moyen-Orient
XIAO DING
En exploitant intelligemment lélan politique et militaire engendré par la campagne afghane, les États-Unis ont lancé une nouvelle offensive politique le 19 novembre pour ramener Israël et la Palestine à la table de négociations.
Pendant que se poursuit la guerre en Asie centrale, la médiation sur le problème du Moyen-Orient attire lattention mondiale. Le ministre des Affaires étrangères de Belgique Louis Michel, le premier ministre de Grande-Bretagne Tony Blair et une délégation de haut niveau de lUnion européenne, dirigée par le premier ministre belge Guy Verhofstadt, ont visité la région dans le but de mettre fin à quatorze mois de conflit entre Israël et la Palestine.
À cause de leurs intérêts particuliers au Moyen-Orient, les États-Unis ne veulent pas paraître vulnérables dans leur diplomatie. Le 19 novembre, le secrétaire dÉtat des États-Unis Colin Powell a présenté les mesures diplomatiques des État-Unis concernant le Moyen-Orient à lUniversité de Louisville au Kentucky, en appelant Israël à accepter un État palestinien conformément aux résolutions concernées des Nations unies. Les États-Unis ont aussi envoyé deux émissaires, le secrétaire dÉtat adjoint aux affaires du Proche-Orient William Burns et lex-général des corps de marine Anthony Zinni, dans la région déchirée pour chercher une solution au conflit.
La situation changeante au Moyen-Orient a entraîné un nouveau cycle de médiation diplomatique internationale. La communauté internationale voit ces développements comme positifs, changements résultant dune meilleure compréhension, de la part dIsraël et de la Palestine, deux-mêmes comme nations individuelles et aussi de leur rival, ou de la pression excercée par le reste du monde.
Le 1er novembre, le premier ministre dIsraël Ariel Sharon a annoncé quIsraël avait établi une équipe spéciale sous la supervision de Sharon lui-même et du ministre des Affaires étrangères Shimon Peres, en vue de négocier le cessez-le-feu avec les Palestiniens et une solution politique finale au problème Israël-Palestine par des pourparlers de paix. Toutefois, Sharon a répété que ladoption de mesures efficaces de la part de lautorité palestinienne (AP) pour « arrêter la violence » est la condition préalable de son accord pour un État palestinien. Il a aussi insisté sur le droit dIsraël dexercer le contrôle militaire de la ligne frontière pour sa propre sécurité, et sur la domination absolue dIsraël sur lespace aérien territorial du futur État palestinien.
Le 6 novembre, les médias israéliens ont publié un plan diplomatique élaboré par Peres pour le règlement des disputes israélo-palestiniennes. En voici le contenu:
Israël maintiendra le principe « pas de négociation sans effort de la part des Palestiniens pour mettre fin à la violence;
Les résolutions nos 242 et 338 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui constituent le principe de terre contre paix, seront la base des négociations dun accord bilatéral final;
Israël se retirera de la bande de Gaza et y démolira ses installations;
et Israël consentira à un État palestinien non militaire dont la frontière sera déterminée au cours des négociations.
Le plan recommande également que les deux parties mènent la coordination politique, et que les États-Unis garantissent la sécurité à la frontière finale israélo-palestinienne. De plus, Israël établira un accord de défense avec les États-Unis.
Sharon et Peres ont déjà discuté du plan, et le gouvernement dIsraël est en train délaborer un plan de négociation pour ratifier la fondation dun État palestinien basé sur les principes susmentionnés, comme support officiel des futures négociations avec les Palestiniens.
Les autorités israéliennes ont exprimé leur satisfaction concernant le discours de Powell sur le Moyen-Orient, parce que les États-Unis, en proposant des recommandations ou suggestions « sans surprises », ont demandé la cessation de la violence de la part des Palestiniens, sans demander à Israël dabandonner son obstination à exiger une semaine de paix absolue comme condition préalable aux pourparlers de cessez-le-feu.
LAP sest aussi montrée positive face à la politique des États-Unis au Moyen-Orient, promettant de poursuivre par lapplication des résolutions concernées des Nations unies et des protocoles bilatéraux. Elle a publié une déclaration, soulignant que la suggestion du secrétaire dÉtat des États-Unis de cesser la construction détablissements juifs, de défaire les blocus dans la zone dirigée par les Palestiniens, de mettre fin aux assauts contre les Palestiniens et dexécuter immédiatement le Rapport Mitchell devrait constituer un point de départ pratique pour arrêter la violence et relancer la négociation du statut final impliquant Israël et la Palestine.
Le leader de lOrganisation de libération de la Palestine (OLP)Yasser Arafat a réitéré linsistance palestinienne sur les pourparlers de paix à tout prix. Malgré des points de vue différents, des fonctionnaires palestiniens de haut rang ont déclaré que le problème devrait être envisagé sous un angle plus pratique et que les deux parties devraient consentir à certains sacrifices pour mettre fin à la dispute qui dure depuis plus dun demi-siècle. La voix la plus importante est celle de Suliaman Al-Najjab, un ami intime dArafat, qui jouit dun haut statut dans lOLP. Dans son discours du 13 novembre, Najjab a demandé le retrait de 400 000 colons juifs dIsraël, de même que la restitution de la côte ouest de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et de lest de Jérusalem aux Palestiniens. Il a aussi souligné que les Palestiniens doivent savoir quIsraël nacceptera absolument pas la condition que 4 millions de réfugiés palestiniens retournent sur les territoires actuellement sous loccupation israélienne. En insistant sur limportance de rendre aux Palestiniens Jérusalem-Est, qui est une partie des territoires palestiniens occupés, Najjab a aussi admis limportance de la ville pour les deux parties et les « relations historiques » entre le Mont du temple à Jérusalem et les Juifs.
Vu la campagne antiterroriste internationale et lattente, de la part des pays de lOuest, de lappui des pays islamiques et arabes à la guerre en Afghanistan, les États-Unis et la Grande-Bretagne ont en quelque sorte changé leur position face au problème du Moyen-Orient. Ils sont en faveur de la garantie de sécurité pour Israël et la reconnaissance par la communauté internationale, ainsi que dun État indépendant pour les Palestiniens. Ils espèrent quIsraël et la Palestine reprennent des pourparlers de paix inconditionnels et le plus tôt possible.
La situation internationale actuelle est, en fait, une bonne occasion de résoudre le conflit israélo-palestinien. À ce qui semble, la collaboration mondiale na jamais été aussi serrée quen ce moment. Si les États-Unis saisissent loccasion de réajuster leur politique extérieure et de traiter les affaires internationales dans le cadre des Nations unies, ils pourraient améliorer leur image et ainsi gagner lappui des musulmans et du monde arabe. Le discours de Powell sur la politique des États-Unis au Moyen-Orient reflète la grande pression sur ladministration Bush des alliés arabes modérés qui demandent que les États-Unis simpliquent dans le processus de paix au Moyen-Orient.
Toutefois, il ne faut pas ignorer la disparité entre les deux parties. Comme les requêtes, les deux camps ne seront pas toutes exaucées, tous deux devront se prêter à des compromis. À en juger par la situation actuelle, les chances que les deux parties acceptent le point de vue des États-Unis et de la Grande-Bretagne sont minces étant donné que ces points de vue sont loin des demandes dIsraël et de la Palestine.
Par exemple, à lAssemblée générale des Nations unies le 15 novembre, Peres a exprimé, à titre personnel, son approbation dun État palestinien non militaire avec une économie indépendante, et déclaré que cétait la meilleure solution pour réaliser la paix et la sécurité des deux côtés. Ses paroles ont causé un vaste remous dans son propre pays. Plusieurs Israéliens ont demandé sa démission. Cela reflète lattitude confuse dIsraël face à létablissement dun État palestinien indépendant.
Parallèlement, faire accepter Israël par tout le monde arabe constitue un autre défi. La question palestinienne est la racine du problème du Moyen-Orient, problème dont la solution ne peut être décidée exclusivement par les Palestiniens et lAP de Arafat. Jérusalem est le troisième lieu sacré du monde islamique, et lanalyse finale démontre que le problème israélo-palestinien est essentiellement un problème israélo-arabe. Par conséquent, le monde arabe a besoin dune position unifiée et dune compréhension considérable importantes conditions qui mettent du temps à se développer.