POLITIQUE

La mondialisation et ses conséquences sur les relations internationales

PAN TAO

Une mondialisation d’un élan et d’une profondeur sans précédent se produit actuellement à un rythme extraordinaire, devenant un des sujets les plus importants des temps actuels. Comme tendance du développement humain, la mondialisation exerce également une vaste influence sur les relations internationales.

Historique et situation actuelle

La mondialisation est un processus à long terme. Depuis la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb en 1492, l’humanité a traversé l’ère des grandes découvertes géographiques, la révolution commerciale et industrielle européenne et la révolution capitaliste. Divers systèmes économiques du monde se sont graduellement reliés. Au XXe siècle, bien que le monde ait connu deux guerres mondiales et une guerre froide, la mondialisation a poursuivi son chemin incognito. Maintenant, aucune économie ne peut survivre sans échange avec les autres. En 1992, Butros Butros Ghali, alors secrétaire général des Nations unies, a déclaré que la première étape de la mondialisation était arrivée, ce qui est aujourd’hui universellement accepté.

Habituellement, le terme mondialisation réfère à la mondialisation économique. Ses manifestations principales sont:

— Approfondissement de la mondialisation de la production, avec de rapides développements transnationaux en une force dominante de l’économie mondiale. À la fin de 1998, il y avait 60 000 transnationales, soit 40 % du PIB, 60 % du volume total de commerce international, 60 à 70 % du volume total de commerce technologique et 90 % du montant de l’investissement étranger direct.

— Rapide développement dans la mondialisation des trois facteurs de production — capital, travail et science et technologie. La mondialisation financière se manifeste surtout par le courant transnational à large étendue du capital international, la croissance vigoureuse du marché financier international et l’acceptation de règles communes pour guider les opérations financières.  En 1999, l’investissement transnational direct a atteint 800 milliards de USD. La mondialisation du travail est un phénomène sans précédent de l’après-guerre. Il y a environ 130 millions de personnes qui travaillent à l’étranger dans le monde. La mondialisation de la technologie est le noyau de la mondialisation économique, qui se caractérise surtout par l’utilisation globale des ressources de recherche et développement, l’administration mondiale des activités scientifiques et technologiques et le partage mondial des réalisations de la recherche et du développement.

— Apparition d’un marché mondial intégré. Le commerce international s’est multiplié par trente au cours des trois dernières décennies, avec une croissance annuelle moyenne de 6,2 %. Encore aujourd’hui, le développement d’un marché mondial intégré se déploie principalement dans l’intégration économique régionale et les régimes coopératifs d’économie régionale. Entre 1948 et 1994, 109 organisations de coopération économique régionales sont apparues, couvrant presque le monde entier. Actuellement, le PIB combiné de la zone de commerce libre d’Amérique du Nord, de l’Union européenne et du cercle économique de l’Asie de l’Est (incluant les pays de l’ASEAN, la Chine, le Japon et la Corée du Sud) représente 81 % de la valeur brute de l’économie mondiale.

Ce qui devrait aussi nous inquiéter est que la mondialisation n’est pas seulement économique. Au cours de la dernière décennie, plusieurs problèmes tels que l’explosion démographique, le trafic de drogue, le manque d’énergie, la prolifération nucléaire et le terrorisme international se sont énormément aggravés, apportant des conséquences mondiales. La solution de ces problèmes requiert un effort international conjoint. De plus, la mondialisation politique et culturelle est une autre tendance qui mérite une attention suivie.

L’effet de la mondialisation sur les relations internationales

La mondialisation est un processus social indépendant de la volonté humaine. C’est aussi un processus dynamique de développement qui comporte des contradictions intérieures et une double nature. Bien  qu’elle soit d’une précieuse occasion de développement pour plusieurs pays, elle crée aussi des différences, de la compétition et des conflits d’intérêt. Les contradictions de la mondialisation et son ambivalence exercent également une influence complexe sur les relations internationales contemporaines.

Si la mondialisation approfondit la dépendance mutuelle et la tendance actuelle à la paix et au développement, son déséquilibre a conduit à une augmentation de la politique du plus fort pendant la même période, compliquant le processus de multipolarisation.

L’accélération de la mondialisation a continuellement approfondi la dépendance mutuelle et l’interpénétration des pays de diverses régions, multipliant les intérêts communs. Dans les relations compétitives et conflictuelles entre les grandes puissances, la coopération et l’interaction sont apparues. L’habilité d’un grand pays isolé à résoudre unilatéralement et à dominer les questions internationales a décliné. Tout pays qui recourt consciemment à l’intervention étrangère, aux sanctions et à la guerre pour miner les intérêts des autres pays se trouvera toujours menacé. Toutefois, dans le règlement des conflits internationaux, la coopération, la coordination et la recherche des intérêts communs ont beaucoup augmenté. La mondialisation est un important facteur qui a relativement stabilisé le système international de l’après-guerre froide, jouant un rôle fondamental dans la restriction des confrontations entre grandes puissances. Ce fait prouve que la paix et le développement demeureront le thème de l’époque pendant longtemps. Une guerre mondiale est évitable et le renforcement de la croissance économique qui vise un ordre économique international plus avantageux deviendra une priorité. Il est  peu probable qu’un événement occasionnel change cette situation fondamentale dans l’ordre économique et politique du monde.

Toutefois, comme le processus de mondialisation s’est formé au moment où l’ancien ordre international n’avait pas encore entrepris un changement fondamental, les pays développés de l’Occident demeurent dominants. Ils sont les plus grands bénéficiaires tandis que les pays en développement se trouvent en situation contraire. Ce déséquilibre des forces dans la structure internationale s’est aggravé. En 1999, les pays développés, dont la population ne représente que 20 % du globe, possédaient 80 % du PIB et 81,2 % du volume total du commerce mondial. La puissance politique et économique d’un grand nombre de pays en développement s’est encore affaiblie. L’hégémonisme et la politique du plus fort vont s’intensifier pour une période considérable, et un nouvel interventionnisme va s’exercer sauvagement. Le déséquilibre de la mondialisation signifie que la multipolarisation de la politique internationale suivra un long et tortueux chemin.

Au cours de la mondialisation, un grand nombre de pays en développement affrontent de plus en plus de défis concernant la souveraineté nationale. La sauvegarde efficace de la sécurité économique nationale est devenue une nouvelle tâche de ces pays.

Dans le processus de mondialisation, divers pays présentent diverses situations et statuts. Les pays en développement, incluant la Chine, rencontrent des défis et une pression sans précédent en ce qui concerne la souveraineté nationale. Premièrement, la mondialisation a creusé l’inégalité entre les pays forts et les faibles. La position dominante des pays développés en haute technologie et capital place les pays en développement dans une situation passive et plus fragile. Deuxièmement, le processus de mondialisation requiert plus d’organisations internationales et de règles de conduite internationales, mais les pays développés, avec leur puissance nationale polyvalente, ont acquis plus de droit de parole en faveur de leurs intérêts dans presque tous les régimes internationaux qui produisent les règles de conduite. Ces règles octroient plus de liberté aux pays développés. Dans plusieurs domaines, les  pays en développement sont obligés de coordonner leurs actions et de collaborer avec les pays développés pour acquérir de nouveaux intérêts, droits et occasions. Leur autorité nationale sur les affaires étrangères a été amputée. En même temps, sous le couvert des « droits de l’homme avant la souveraineté » et de la « souveraineté limitée » , les pays développés exigent des pays en développement de céder une part de leur souveraineté et en font des excuses pour intervenir dans les affaires intérieures de ces derniers. Leur intention réelle est de sauvegarder leurs intérêts personnels aux dépens des intérêts des pays en développement.

La question de la sécurité nationale a une grande portée sur la souveraineté nationale. Maintenant que la tendance à la mondialisation influence tous les aspects de la société, la sécurité nationale veut dire plus que sécurité militaire. Elle touche également les domaines de la finance, de l’information, de l’environnement et de l’énergie. L’importance de la sécurité dans ces domaines n’est pas moins importante que la sécurité militaire. Comme les activités économiques internationales s’étendent et se compliquent considérablement à cause du processus de mondialisation, le problème de la sécurité économique devient de plus en plus évident. La sécurité financière est même plus importante. Dans l’aire de la mondialisation, le capital peut circuler sans restriction dans le monde, et les pays souverains ne peuvent pas contrôler leurs finances et leur économie comme ils le faisaient autrefois. Sans restrictions, on peut abuser des lois du marché. Les marchés mûrs peuvent devenir agressifs envers les marchés non développés, avec des conséquences fatales pour la sécurité économique et sociale. Les pertes peuvent être aussi grandes que celles que causent les guerres. En 1997, pendant la crise monétaire asiatique, le PIB d’Indonésie et de Thaïlande a décru de 40 et 60 % respectivement en un an. L’économie nationale de ces pays est retournée dix ans en arrière. Donc, la sauvegarde de la sécurité nationale au-delà de la signification traditionnelle du terme est devenue un problème pressant qui mérite l’attention des pays en développement, incluant la Chine.

Une nouvelle caractéristique des relations internationales à l’époque de la mondialisation réside dans les violentes disputes sur la formulation et la refonte des règles de conduite guidant les relations internationales.

Une mondialisation qui peut apporter des résultats de « gagnant-gagnant » devrait être protégée par la loi. Objectivement parlant, la mondialisation exige que les régimes internationaux jouent un rôle accentué dans les relations internationales sous les auspices d’institutions internationales efficaces. Mais presque toutes celles qui existent, telles que le Fonds monétaire international, (FMI), l’Organisation mondiale du commerce (OMC), les Nations unies et le Groupe des sept ont été fondées durant la guerre froide et sont dominées par les forces occidentales. Dans la période de l’après-guerre froide, de plus en plus de gens s’interrogent sur la nature et la fonction de ces organisations, qui semblent incapables de régler les nouveaux problèmes qui apparaissent dans le processus de mondialisation. Dans les quinze prochaines années, la réforme ou l’abolition de ces régimes est improbable à cause de la structure actuelle de la politique internationale et des forces économiques, mais les débats continuent.

Pour des raisons historiques, la Chine a été laissée en dehors de la plupart des organisations internationales. Depuis l’application de sa politique de réforme et d’ouverture, elle a été obligée d’appliquer bien des règles internationales ni justes ni égales. La Chine devrait profiter des ajustements que requiert le processus de mondialisation pour participer activement à la réforme des organisations internationales ou à l’amendement des règles de conduite de façon à occuper une position avantageuse dans la compétition internationale au nouveau siècle.