La tendance de la politique chinoise dans l’administration Bush

ZHOU BIAN

Beijing Information a publié un article pendant la campagne présidentielle étatsunienne en 2000 sous le titre: « La position de Bush sur la politique chinoise des États-Unis est dommageable », lequel a attiré une large attention des médias nationaux et internationaux. L’auteur y faisait une analyse profonde de la position de Bush et soulignait que Bush modifierait largement la politique chinoise de Clinton. Il disait que l’attitude rigide de Bush envers la Chine minerait le développement stable des relations sino-étasuniennes parce que la nouvelle orientation stratégique était basée sur la croyance que la Chine est le principal rival des États-Unis.

Maintenant, George W. Bush est devenu le nouveau maître de la Maison blanche et s’est engagé à prendre des leçons d’affaires étrangères (Comme on le sait, Bush Jr. manque de connaissances et d’expérience dans le domaine de la politique étrangère). À entendre ses discours et ceux de son équipe de politique étrangère, il semble que la position de Bush en politique chinoise des États-Unis ait changé depuis la campagne présidentielle.

Le 24 janvier, le nouveau secrétaire d’État Colin Powell a dit à l’ambassadeur chinois sortant, Li Zhaoxing, à Washington que le gouvernement Bush tient aux relations États-Unis-Chine et désire resserrer la coopération et l’amitié. Témoignant devant le Congrès, Powell a aussi dit que la Chine est un partenaire commercial désireux de collaborer dans les domaines où les deux parties partagent des intérêts stratégiques, aussi bien qu’un concurrent et un rival régional potentiel.

Cela veut-il dire que l’attitude rigide de Bush face à la Chine pendant sa campagne électorale n’était qu’une tactique? Le nouveau gouvernement va-t-il réellement changer l’orientation politique de l’administration Clinton? Fu Mengzi, directeur de la section d’Amérique de l’Institut des relations internationales contemporaines, a publié « Une première analyse des politiques chinoise et étrangère du gouvernement Bush » dans le no6 de Outlook Weekly, répondant à ces questions.

L’article souligne que les relations sino-étasuniennes ne rencontreront pas d’immenses défis dans le futur. Il dit que la politique de Bush consiste à recourir aux occasions historiques des États-Unis au nouveau siècle et à remodeler le concept traditionnel des États-Unis combinant la force et l’idéalisme. Actuellement, il est évident que Bush Jr, qui croit en la politique de force, profitera de la grande puissance économique des États-Unis pour augmenter encore les hautes commandes de la stratégie militaire étatsunienne. Concernant l’Asie, un conseiller diplomatique a proposé une révision complète de la politique asiatique du point de vue « pan-asiatique » qui consiste à renforcer la « communauté démocratique du Pacifique » en resserrant les liens avec les alliés des États-Unis et les autres pays de la région Asie-Pacifique. Parallèlement, la nouvelle administration a aussi indiqué qu’elle continuera de développer un système de défense antimissile. Toutes ces propositions tendent indubitablement à contenir la Chine et à s’en défendre.

Toutefois, l’article dit aussi que le côté dur de la politique chinoise de Bush ne représente pas l’image complète.

On obtient une vue déformée de la politique chinoise étatsunienne si on ne l’observe que sous cet angle. En fait, cette politique basée sur la « vigilance stratégique » contre la Chine se trouvait aussi dans l’administration Clinton, bien qu’il insistât sur l’« engagement ». Par exemple:

— L’administration Clinton a révisé le Pacte de sécurité É.-U.- Japon qui resserrait l’alliance militaire, multipliait les projets de coopération militaire et étendait la portée de la coopération;

— L’administration Clinton a accéléré le retour des troupes en Asie du Sud-Est;

— Clinton a détendu et amélioré les rapports des États-Unis avec le Vietnam et accompli la première visite présidentielle dans ce pays depuis la guerre du Vietnam;

— Clinton a ajusté les mesures face à l’Inde afin d’utiliser ce pays comme gardien contre la Chine.

Examinant la politique chinoise des États-Unis en adoptant la pensée que contenir la Chine est impossible et l’isoler serait isoler les États-Unis eux-mêmes, Clinton a renforcé la contention et la méfiance contre la Chine subrepticement, contrairement à Bush, qui est plus ouvert.

L’article dit que, bien que les Républicains condamnent continuellement la politique chinoise de Clinton, les idées de Bush dans ce domaine sont similaires à celles de Clinton. La différence est que Bush fait publiquement ce que Clinton faisait en sourdine. Bush disait que la Chine est un concurrent plutôt qu’un partenaire stratégique des États-Unis; cela diffère de la politique publique de l’administration des Démocrates et multiplie les options des États-Unis pour traiter avec la Chine.

L’article dit aussi qu’il semble que le gouvernement Bush n’entreprendra pas un changement fondamental, que dans un sens, ce ne sera qu’une répétition du gouvernement Clinton. Des ajustements ne peuvent entrer en vigueur dans un bref délai, et les mots durs de Bush ne peuvent être considérés comme la base de la politique étatsunienne face à la Chine. Ce que Bush a dit n’est qu’une dérive suffisante pour procéder aux ajustements le moment venu. S’engager ou retenir ou combiner les deux sera décidé par les besoins particuliers d’une situation particulière à un moment particulier.

Quand Powell a accepté le poste de secrétaire d’État, il a dit que la Chine ne devait pas être vue comme un rival potentiel, un ennemi ou un partenaire stratégique, ce qui en fait va subtilement à l’encontre des idées de Bush qui la définit comme un concurrent plutôt qu’un partenaire stratégique.

L’équipe des affaires étrangères de Bush vient tout juste de se mettre au travail. La riche expérience de Powell et du conseiller de sécurité nationale Rice dans les affaires étrangères et leur familiarité avec la Chine leur confère l’aptitude à traiter avec les grandes puissances, y compris la Chine. Ils connaissent l’importance de la Chine et savent que les problèmes compliqués de l’Asie et du monde ne peuvent se régler sans sa participation. Ainsi l’article souligne-t-il enfin que la politique chinoise du gouvernement étatsunien sera sans doute réaliste, et que l’ « association » continuera d’en constituer le principe directeur.

Un article intitulé « Concurrent stratégique? », publié dans le no 3 de World Affairs cette année dit que le concept de « concurrent stratégique » qui a supplanté le « partenariat  stratégique » de Clinton est en fait une autre façon de dire la même chose, même s’il semble apporter un changement dans l’orientation stratégique. En réalité, l’orientation politique générale d’ « engagement positif » et de « contention cachée » ne changera pas.

Il dit que l’idée de « concurrent stratégique » de Bush ne vise qu’à satisfaire les Étatsuniens qui n’ont pas compris le « partenariat stratégique constructif » de Clinton et éprouvent du ressentiment.

Il souligne aussi que les Républicains, qui représentent les milieux d’affaires étatsuniens, seront en fait plus actifs que les Démocrates dans le développement des relations États-Unis-Chine. Il est vraisemblable que Bush réduise peu à peu le contrôle sur les exportations technologiques étatsuniennes et l’investissement et adopte une attitude flexible concernant les standards de travail en Chine, la protection de l’environnement et les droitsde l’homme. Toutefois, il dit aussi que la nouvelle administration étatsunienne resserrera silencieusement les relations avec Taiwan. Cela étant, la quantité et la qualité des armes exportées vers Taiwan pourraient augmenter et les États-Unis pourraient même explorer une façon d’impliquer Taiwan dans le système de défense balistique (TMD) à un certain niveau et avec souplesse.

L’article conclut que l’administration Bush poursuivra la politique chinoise établie pendant la période Clinton, c’est-à-dire que tandis que l’engagement actif constituera la partie principale de la stratégie des États-Unis envers la Chine, Washington construira un cordon pour contenir la Chine à travers la coopération et la coordination avec les voisins de la Chine, incluant les alliés des États-Unis et les autres pays de la région, afin qu’au moment voulu, les États-Unis puissent immédiatement faire de ce cadre indistinct un cercle de contention efficace allant de la mer du Japon au nord à l’océan Indien au sud avec Taiwan et les pays de l’ASEAN au centre. Dans l’application concrète de cette stratégie, l’administration Bush pourrait faire un plus grand pas que Clinton, mais elle fera son possible pour éviter une crise sino-étatsunienne, comme après le bombardement de l’ambassade de Chine à Belgrade, ou une confrontation avec la Chine dans le détroit de Taiwan.