POLITIQUE

La vente d’armes des États-Unis à Taiwan: une patate chaude

ZHOU BIAN

Le problème de vente d’armes à Taiwan par les États-Unis est un point sensible des relations sino-étasuniennes. Depuis que le Chine et les États-Unis ont établi des relations diplomatiques en 1979, toutes les administrations étasuniennes ont eu beaucoup de mal à traiter cette question. Elles ont dû tenir compte de « la balance militaire » sur le Pacifique aussi bien que de la balance politique intérieure de leur pays. Les résultats n’en valaient pas l’effort. Maintenant la patate chaude est passée aux mains de l’administration Bush, et est encore plus chaude.

Le jour même de l’entrée en fonction de Bush, le leader de Taiwan lui a fait parvenir une lettre personnelle signée de sa main, le priant, comme l’ont confirmé les officiels taiwanais aux médias, de vendre le destroyer Aegis à Taiwan.

Dans le réseau de défense que constitue le système de défense antimissile tactique  (TMD), le Aegis joue un rôle prépondérant. Les autorités de Taiwan rêvent d’acquérir cette arme de pointe des États-Unis mais Washington n’est pas d’accord à cause de son propre plan de défense et à cause de l’opposition de la Chine. Durant la rencontre annuelle de l’an passé sur la vente d’armes étasuniennes à Taiwan et après diverses requêtes de Taiwan, les États-Unis lui ont refilé quatre destroyers de qualité inférieure et ont ajourné la décision de vendre le Aegis, laissant cet épineux problème à Bush.

Après l’établissement de relations sino-étasuniennes, les deux gouvernements ont passé dix mois en négociations sur cette question. Il en est résulté le Communiqué conjoint sino-américain du 17 août 1982, dans lequel le gouvernement des États-Unis s’engageait à réduire graduellement la vente d’armes à Taiwan jusqu’au règlement final de cette question. Mais non seulement Washington n’a pas appliqué les décisions du Communiqué, elle a même nié le statut légal du document et continué de vendre des armes. Ces dernières années, certaines forces antichinoises des États-Unis ont réclamé l’entrée de Taiwan dans le TMD. Dans un rapport sur l’établissement du TMD en Asie, le département de la Défense des États-Unis proposait encore d’amener Taiwan dans le système.

Face à ce problème, le gouvernement chinois insiste: toute tentative de faire entrer Taiwan dans le TMD constituerait une violation de la souveraineté chinoise, une menace sérieuse à la sécurité nationale de la Chine et créerait un obstacle à la réunification pacifique de la Chine. Devant la position juste et solennelle de la Chine, l’administration Clinton devait adopter une attitude prudente. Que fera Bush dans la même situation?

La conférence sur les armes de cette année approche. Taiwan répand la rumeur que la coopération militaire Taiwan-États-Unis se resserre et que des personnalités étasuniennes ont exprimé leur appui à la vente du Aegis à Taiwan. Le 7 février, Tang Yaoming, « chef d’état-major de l’armée de Taiwan », a clairement déclaré aux journalistes que Taiwan n’est plus « orpheline » et que la vente d’armes par les États-Unis va s’intensifier.

Jusqu’à maintenant, toutefois, la réaction des États-Unis demeure prudente. Les officiels étasuniens disent que Bush n’est pas pressé de clarifier sa position face à cette question et qu’une décision pourrait mettre plusieurs mois à mûrir. Un rapport sur la politique asiatique émis par la Fondation asiatique des États-Unis le 12 février a spécialement rappelé à l’administration Bush la ferme opposition de la Chine à la vente d’armes à Taiwan, et les profonds espoirs d’autres pays de voir les États-Unis se maîtriser.

Comme vous ne pouvez croquer une patate chaude, et comme la tenir en main est douloureux, pourquoi ne pas la lancer ailleurs? C’est la seule façon de l’empêcher de vous brûler les mains.