Une tragédie nationale
TIE GANG
Après quelques mois de combat verbal confus et 26 heures de confrontation armée dans le centre politique de la République fédérale de Yougoslavie, lex-président yougoslave Slobodan Milosevic a finalement été arrête le matin du 1er avril. Bien que cette histoire époustouflante ait atteint un sommet, la tragédie yougoslave orchestrée par la Maison blanche ne fait que commencer.
Les États-Unis voient en Milosevic une épine à leur pied depuis 1990. Ils ont longtemps convoité les Balkans, une région stratégique contestée par divers pays depuis les temps anciens. Il y a deux ans, les forces de lOTAN dirigées par les États-Unis ont ouvertement lancé la guerre au Kosovo. Après lentrée des troupes au Kosovo, les pays occidentaux, toujours sous la gouverne des États-Unis, ont étiqueté Milosevic de criminel de guerre par le biais du Tribunal de la Hague des Nations unies et demandé que le gouvernement yougoslave expédie lex-président à la Hague pour interrogatoire. Mais après que le président actuel Vojislav Kostunica fut entré en fonction en octobre dernier, le nouveau gouvernement a refusé dobtempérer à cette demande plusieurs fois par besoin de stabilité politique interne.
En février, quand les guérilleros albanais illégaux du Kosovo ont attaqué la Serbie du Sud et commencé à harasser la Macédoine voisine, les États-Unis ont servi un ultimatum au gouvernement yougoslave, demandant que Milosevic soit livré aux tribunaux avant le 31 mars, faute de quoi ils mettraient fin à laide économique de 50 millions de USD en Yougoslavie et empêcheraient les organisations internationales davancer des prêts ou toute autre forme daide au pays. La Yougoslavie faisait face à un choix difficile. Elle devait tenir compte de deux choses: la première était la souveraineté et la dignité du pays, la seconde, le besoin daide économique des pays occidentaux pour réparer les dommages causés par les bombardements de lOTAN. Si le pays était de nouveau privé de toute forme daide économique, il sembourberait dans la misère. Ensuite, à la dernière minute, le gouvernement a pris la décision darrêter Milosevic.
Il na servi à rien que Zoran Djindjic, premier ministre de Serbie et second leader en Yougoslavie , joue un rôle vital dans cet événement. Djindijic a beaucoup de relations aux États-Unis. Il y a deux ans, il a bien accueilli le bombardement de lOTAN en Yougoslavie. Lannée dernière, il a joué un rôle significatif dans la bataille pour renverser Milosevic et appuyé Kostunica comme leader de la coalition des 18 partis de lopposition. Cette année, ce fut un service spécial serbe formé de personnel du Département des affaires intérieures de Serbie sous son commandement qui a arrêté Milosevic et la envoyé en prison.
Une possibilité actuelle est que le gouvernement yougoslave réussisse, en voyant Milosevic jugé et incarcéré, à diminuer la pression occidentale et à réduire les difficultés politiques du gouvernement. La vraisemblance de ce scénario sappuie sur la situation courante du gouvernement qui veut que larrestation de Milosevic nait rien à voir avec le tribunal de la Hague mais soit due aux accusations de corruption et dabus de pouvoir. Toutefois, si les États-Unis et leurs alliés occidentaux continuent dexercer leur pression et insistent sur lextradition de Milosevic, que fera le gouvernement yougoslave?
Certains leaders occidentaux, dont le président des États-Unis George W. Bush, ont fait savoir que larrestation de Milosevic nétait que le premier pas vers son extradition à la Hague, qui devrait être réalisée à la fin de cette année. Les États-Unis ont fixé lobjectif de traîner Milosevic devant le Tribunal de la Hague pour laver leurs propres péchés davoir mené lOTAN dans une guerre dagression contre la Serbie et gagné la mainmise sur les Balkans. Cela renforce leur image de « police du monde ». Toutefois, le gouvernement et le peuple yougoslaves devraient pouvoir prendre leurs propres décisions, indépendamment du fait que les États-Unis soient ou non satisfaits. Si lex-président de Yougoslavie est envoyé à la Hague un jour, ce pourrait être une tragédie nationale pour ce pays.