POLITIQUE
Pas de partenaires, seulement des adversaires
Les
débuts de Bush nont pas été faciles. Depuis lentrée de Bush à la
Maison blanche, léconomie des États-Unis et le marché des valeurs ont
baissé, un nouveau conflit a éclaté dans les Balkans, limpasse sest
intensifiée au Moyen-Orient et la tension sest intensifiée avec la Russie,
la Chine et la Corée du Nord. La chance qui avait accompagné Clinton pendant
huit ans malgré quelques parenthèses tragiques comme la guerre en Bosnie
et au Kosovo semble tourner le dos à son successeur. Si Bush nest
pas responsable de la baisse de léconomie et de Wall Street, sa politique
étrangère soulève de nombreux doutes. Le modèle Reagan, qui sest avéré
efficace dans la confrontation avec le communisme, nest pas nécessairement
valable dans la période après-guerre froide.
Il est possible que Bush change de stratégie. À lheure actuelle, toutefois il est clair quil ne partage pas le point de vue de Clinton et de lEurope sur la Russie et la Chine en tant que partenaires potentiels de lOccident. Pour Bush, ils sont des adversaires, et, en tant que tels, ils ne sont plus au centre de la politique étrangère des États-Unis, du moins pour le moment. Et la promesse électorale de Bush de « montrer plus dhumilité » dans les relations internationales a émergé, jusquà maintenant, seulement dans le désengagement de son administration du processus de paix au Moyen-Orient. Mais ce désengagement nest pas complet: tandis que Bush reçoit Sharon à la Maison blanche, il ferme la porte à Arafat. Le monde sait que léquipe Bush est contre lui, mais na quune vague idée de la raison. Bush a bombarbé lIrak, fermé la porte à la Corée du Nord, donné carte blanche au bouclier spatial et entrepris un retrait graduel des Balkans sans consulter ses alliés ou sans le faire de façon formelle.
Bush a montré clairement au monde consterné ce quil pense des accords internationaux sur les problèmes environnementaux comme le Protocole de Kyoto. Dans un cynique écart de sa promesse électorale de limiter leffet de serre des émissions de gaz, il a succombé à la pression exercée par les gens daffaires du secteur de lénergie qui voient les coûts élevés qui découleraient de la ratification de ce traité par les États-Unis. Faisant un pied-de-nez aux environnementalistes internationaux et contredisant ses propres négociateurs et son secrétaire dÉtat il a informé le Congrès que la réduction du bioxyde de carbone est néfaste pour lindustrie, et que les États-Unis continueraient démettre la quantité de gaz quils jugent nécessaire. Sa décision constitue un avantage pour lindustrie militaire, qui semble avoir pris le pouvoir et domine maintenant la Maison blanche, les forces armées et les affaires étrangères.
Cela fait de George Bush un président faible et, partant, dangereux.
Dans le contexte unilatéral des États-Unis que son gouvernement paraît poursuivre comme nouvelle doctrine, Bush ne se conduit pas comme un ami envers ses alliés.
Des éditorialiste européens ont écrit sur ce quils voient comme une chute de lemphase accordée aux liens États-Unis-Europe et un élargissement de lécart entre Washington et les valeurs européennes. Bush semble sêtre engagé sur trois fronts seulement: le transfert de lambassade des États-Unis à Jérusalem, la vente darmes sophistiquées à Taiwan et le désengagement des Balkans.
La famille Bush se comporte comme si Clinton navait jamais existé. Même, en autant que la vieille garde républicaine est concernée, lère Clinton était seulement un cauchemar duquel les États-Unis sont enfin sortis. La politique du fils Bush saligne parfaitement sur celle du père. Pour tous deux, lIrak est une cible facile, bombarder est leur sport préféré, peu importe le nombre dinnocentes victimes quils font. Au tout début, les Bush informaient les alliés de lOTAN quand on allait attaquer.
Aujourdhui, il suffit que Tony Blair se joigne à linitiative, bien que le premier ministre britannique ne soit pas un ami et partenaire de Bush comme il létait pour Clinton; Bush est tout le contraire de Clinton. On a peine à voir comment Blair réussira à saligner sur les États-Unis.
Des dissensions dans léquipe Bush au sujet de la politique étrangère ne font que creuser lécart. Les premiers commentaires observaient que, à cause des luttes manifestes entre la faction « modérée », menée par le secrétaire dÉtat Colin Powell et le conseiller à la Sécurité nationale Condoleeza Rice, et les « aigles », conduits par le vice-président Cheney et le secrétaire à la Défense Rumsfeld, la confusion régnait. Plus récemment, toutefois, les analystes voyaient les conservateurs en charge de la politique étrangère, une politique unilatérale visant uniquement à la protection des intérêts des États-Unis. On ne saisit pas bien si Powell a vraiment réfléchi à sa position.
Cheney et Rumsfeld lont certainement fait. Ils sont accusés de diverger dopinion avec Rice et Powell sur tous les sujets, de disputer et de donner continuellement des versions différentes du même problème, daffaiblir, en somme, le prestige de la Maison blanche. Entre-temps, laile conservatrice du Congrès étend son influence et Bush le lui permet. Cest une caractéristique qui ressort clairement de la politique étrangère de Bush, le désir doffenser les vieux ennemis et les amis. Comme le soulignait le London Times, « lambition des États-Unis dans leur système national de missile (NMD) est en train de propager largement un nouveau front froid. Le NMD définit la vision internationale de Bush, malgré lopposition et la rage de Beijing et Moscou et linquiétude de lEurope entière. » Donc, le fossé entre lEurope et les États-Unis est si profond et troublant que la France, la Grande-Bretagne et lAllemagne font tout ce quils peuvent pour minimiser son importance. Mais, selon un commentaire de la radio dÉtat française, « les bonnes intentions de Schroeder ont été sabotées par la décision de Bush sur les émissions de CO2. Les États-Unis dabord, cest le message que Bush lance au monde. Les États-Unis ne pèsent plus leurs mots. Ils disent à haute voix ce quils pensent. Ils frappent la Russie, malmènent la Chine, sopposent au dialogue entre la Corée du Nord et la Corée du Sud. Ils se retirent du conflit au Moyen-Orient pour protéger leurs intérêts pétroliers. Tandis que la politique étrangère de Bush est encore en gestation, le président a signalé une position plus rigide sur plusieurs fronts, surtout le front de lIrak. » On sinquiète de plus en plus en Europe de latmosphère de ladministration Bush qui ne conduit pas vers la diplomatie mais mène la superpuissance vers le désengagement et lisolationnisme et, finalement, à la fuite de ses responsabilités internationales. Les efforts de Colin Powell pour changer les sanctions contre lIrak ou continuer de discuter avec la Corée du Nord révèlent quelque sagesse contrebalancée dont le temps pourrait venir. « Toutefois, dit le Guardian , M. Rumsfeld est en train de nous dire quelque chose que nous en Europe ou dans ce que nous appelons une relation privilégiée avons besoin de retenir. Nous ne sommes pas le centre de son univers appelé Maison blanche. Nous avons dérivé vers la périphérie. » Dautres éditorialistes européens ont exprimé leur frustration que plusieurs initiatives et positions de ladministration Clinton aient été abandonnées, et quune « emphase sur des mesures unilatérales, anti-mondiales et une poursuite vigoureuse des intérêts des États-Unis soient devenues lordre du jour. »
Ce
ne sont pas seulement les Européens qui sont consternés devant la direction
que la politique étrangère de Bush semble être en train de prendre. Au sujet
de lincident de lavion espion en avril, les porte-parole chinois
et honkongais ont invoqué le spectre de « larrogance des États-Unis »
et de leur « hégémonisme dirigé vers la Chine. » Dautres peuples
dAsie sont épouvantés par la décision des États-Unis de ne pas poursuivre
la politique de Clinton envers la Corée.
Les Arabes sont inquiets du penchant évident de Bush pour les Israéliens. La décision du président dexpulser les diplomates russes pour une question despionnage a été jugée par les commentateurs arabes comme la plus forte et claire décision jamais prise par lui pour tracer les lignes de sa politique étrangère. Cest une mesure quils décrivent comme létablissement de nouvelles règles caractérisées par lhostilité. Au Moyen-Orient, cette attitude change lintérêt des États-Unis de faire la paix en désir disoler lIrak. Les États-Unis rétrogradent la Chine de « partenaire stratégique » à « compétiteur stratégique ». Ils couronnent le tout dune décision sur la Russie qui mène Moscou à les accuser de vouloir ranimer la guerre froide. Selon un article du Al-Nahar du 24 mars 2001, le message transmis par lexpulsion « ne concernait pas seulement Poutine mais le monde entier. » Le journal disait que les États-Unis de George Bush ne sont pas les États-Unis de Bill Clinton; ils sont la seule grande puissance et ils jouent ce rôle. Ils ne sont utiles à personne à moins quils ne le décident eux-mêmes. »
En fait, la décision de Bush de ne pas appliquer le Protocole de Kyoto nest quun indice de plus quil veut diriger un des gouvernements les plus conservateurs des États-Unis des temps modernes. Dans chacune de ses nominations et décisions, le président actuel des États-Unis a révélé une orientation idéologique plus à droite même que celle des présidents Reagan et Bush père.