Le sort des « gardiens des droits de lhomme »
Le 3 mai, les États-Unis, qui se sont toujours affichés en champions des droits humains, ont été éconduits de la Commission des droits de lhomme des Nations unies (CDH), organisme créé par la première dame des États-Unis dalors, Elinor Roosevelt. Le siège quils occupaient depuis plus dun demi-siècle leur a été enlevé lors de la réélection des membres de la CDH.
Les États-Unis, la France, la Suède et lAutriche étaient en lice pour les trois sièges réservés aux pays occidentaux. Les États-Unis ont terminé au quatrième rang avec 29 des 53 votes, et ont été chassés de la CDH.
Ce vote montre que plusieurs pays, y compris les amis et alliés des États-Unis, ont voté contre Washington.
Le délégué pakistanais, dans son discours humoristique, a résumé laction des États-Unis dans plusieurs pays en développement. Au cours de la discussion sur la motion anti-Chine proposée par les États-Unis, il a dit: « Les États-Unis sont un pays ami du Pakistan, et le Pakistan ne veut pas offenser les États-Unis; mais sur sa position de principe, il ne peut les appuyer et se voit obligé de dire « very sorry ». Bien sûr, ce « very sorry » est tout différent de celui que les États-Unis ont servi à la Chine lors de la collision davions, car mes excuses sont très sincères », a ajouté le délégué pakistanais.
Ces paroles ont provoqué une explosion de rires dans la salle. Le délégué a continué avec la légende du serpent à neuf têtes. Si on lui coupe une ou plusieurs têtes, lanimal reste dangereux. Mais si on en coupe les neuf, alors il ne peut plus rien faire. La référence était évidente. Après neuf échecs consécutifs, les États-Unis ont encore proposé cette année leur motion anti-Chine et ont de nouveau échoué. À lannonce des résultats du scrutin, certains politiciens étatsuniens ont parlé de « connivence des pays anti-démocratiques » qui occupent la majorité des sièges. La Maison blanche a critiqué la composition de la CDH en se disant surprise que des « pays terroristes » comme le Soudan et la Libye en soient.
Des membres du Congrès des États-Unis ont déclaré que la CDH dérivait de plus en plus de son but initial. Toutefois, aucun pays, pas même leurs alliés, na appuyé les États-Unis. Les médias occidentaux ont annoncé la nouvelle avec une rare justice, attribuant léchec des États-Unis à leur arrogance despotique. Un diplomate occidental a dit que les États-Unis sont parfois têtus, et créent une ambiance négative daffrontement au sein de la CDH, qui mécontente de plus en plus de pays.
Cela a permis à la France, qui favorise le dialogue et soppose à laffrontement dans le domaine des droits humains, de recueillir 52 voix sur 53, et montre que le dialogue est la meilleure façon de résoudre les problèmes. Certains commentaires des médias étatsuniens voient ce vote comme une victoire des pays « anti-droits humains » et parlent même dabus. De tels commentaires indiquent que certaines forces extrémistes des États-Unis adhèrent encore à des préjugés étroits.
La CDH est née dune idée étatsunienne en 1947. En être expulsés constitue une tragédie pour les États-Unis.
Maniaques dhégémonie
Selon le Washington Post du 7 mai, le gouvernement Bush va détourner son point de mire de lEurope à lAsie de lEst. LAsie de lEst est loin des États-Unis et comprend plusieurs pays insulaires; la région deviendra donc larène des forces navales et aériennes des États-Unis. Le même jour, le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfield, a indiqué que le département de la Défense va placer les activités militaires dans lespace sous la juridiction du commandement de lespace des forces de lair étatsuniennes et quil sagit dun pas important pour assurer la supériorité des États-Unis dans lespace. Ces deux développements salignent avec les adages qui circulent actuellement aux États-Unis: Ceux qui contrôlent lespace contrôlent le destin de la terre et ceux qui gouvernent lAsie de lEst gouvernent le monde entier.
Contrôler lAsie de lEst
À la Maison blanche le 9 mai, Rumsfield a expliqué que les États-Unis utiliseront pour lAsie un plan de prévention contre une guerre denvergure éventuelle en Europe quils ont élaboré à lépoque de la guerre froide. Il sagit dun transfert de point de mire stratégique. Bien que le plan nait pas encore été accepté par le gouvernement, lidée prévaut dans les milieux politique et militaire des États-Unis.
Actuellement, la marine étatsunienne est parvenue à un accord avec des pays dAsie-Pacifique comme la Malaisie, les Philippines, le Brunei, lIndonésie, la Thaïlande et lAustralie, sur la permission accordée aux bateaux étatsuniens de pénétrer leurs bases et ports pour lentretien et le ravitaillement.
Avant cela, les forces aériennes étatsuniennes avaient déployé 62 missiles de croisière aériens à Guam, augmentant de beaucoup la capacité de réaction rapide des États-Unis en Asie. Les bombardiers B-52 stationnés aux États-Unis peuvent atteindre Guam en 12 ou 14 heures et prendre à bord les missiles à Guam. Le plan de la marine étatsunienne de déplacer vers Guam des sous-marins nucléaires relève de la même considération. Non seulement les sous-marins peuvent-ils protéger la formation des porte-avions de la septième flotte des États-Unis, mais aussi mener une attaque bien organisée et précise contre un ennemi. De plus, il faut trois jours et demi aux sous-marins nucléaires dattaque des États-Unis pour aller de San Diego à Hawaii et cinq jours de Hawaii à Guam. Mais en partant de Guam, il ne leur faut que deux jours pour atteindre les environs des Philippines ou de Taiwan. Lintention stratégique des États-Unis est évidente.
Contrôler lespace
Le 8 mai, Rumsfield a proposé au Congrès un schéma dajustement et de renforcement de la puissance militaire spatiale des États-Unis de manière à protéger les systèmes militaire et de communications basés aux États-Unis. Daprès Rumsfield, il faut étendre le champ de responsabilités du commandement de lespace des forces de lair étatsuniennes pour coordonner et contrôler la reconnaissance, la communication et laction militaire dans lespace. Rumsfield a aussi clairement indiqué quil sagissait dune importante initiative du département de la Défense pour placer la protection de la supériorité étatsunienne dans lespace au-dessus de la politique de défense, de même quun ajustement majeur de la gestion et de la structure organisationnelle qui visent à renforcer le leadership des États-Unis dans le domaine de lespace et des renseignements.
Selon le discours du président Bush le 1er mai, les États-Unis déploieront un système de satellite et de radar à niveaux multiples. Ce système de reconnaissance et dalerte constitue le cur du système de défense antimissile. Une fois quil sera en place, les États-Unis disposeront dune ressource intarissable de cueillette de renseignements, de surveillance, dalerte précoce, de positionnement de cibles, de déploiement darmes de précision téléguidée, de communications et même de défense et dattaque informatisées. De façon à contrôler lespace, ce que les États-Unis considèrent vital pour maintenir leur hégémonie au XXIe siècle, ladministration Bush a aussi fait des arrangements institutionnels dont létablissement dun comité de lespace.
Selon le plan de Rumsfield, le commandement de lespace se chargera de plus de tâches, incluant la recherche et le développement des plans de lespace et certaines acquisitions. Les forces de lair des États-Unis ont, en fait, déjà assumé la plus grande part des responsabilités dans la défense de lespace.
Le commandement de lespace des États-Unis a indiqué dans son programme à long terme que linvestissement brut par les entreprises étatsuniennes atteindra 500 milliards de USD en 2010. Tout comme la marine fut établie au XVIIIe siècle pour protéger le commerce maritime, maintenant on recourt aux forces spatiales pour protéger les intérêts des États-Unis et leur assurer la liberté daction dans lespace.
Ceux qui contrôlent lespace contrôlent la terre et ceux qui mènent lAsie de lEst mènent le monde entier. Ces adages remontent au siècle dernier ou avant-dernier. Ils sont le produit dannées déchirées par les guerres. Toutefois, aucun pays na atteint le but et ceux qui ont essayé ont connu un échec désastreux et la honte profonde. La résurgence de ces idées aujourdhui cache un sinistre présage: la tragédie étatsunienne commence...
La tendance reflète que certaines forces politiques des États-Unis saccrochent encore à la mentalité de la guerre froide. Si la partie étatsunienne insiste dans la poursuite de la politique du plus fort et tente dacquérir lhégémonie mondiale, non seulement elle causera linstabilité dans le monde, mais aussi il lui en coûtera cher.