POLITIQUE
Deux farces politiques
Can Kao
Durant la dernière dizaine de mai, il a grésillé constamment sur New York et Washington. Latmosphère politique semblait également grisâtre. Le leader de Taiwan, Chen Shuibian, est passé par New York en route vers lAmérique centrale et lAmérique du Sud. Entre-temps, le politicien dalaï-lama sest aussi rendu à la Maison blanche. Alors que ces deux hommes se réjouissaient de leur réunion, la voix officielle des États-Unis clamait quil ne sagissait que dune coïncidence.
Le 21 mai à 18 h 30, Chen descendait à lhôtel Manhattan Waldorf de New York, qui reçoit particulièrement les hommes politiques, et prenait une suite présidentielle à 3 000 USD par jour. Le lendemain, le maire de New York a pris personnellement rendez-vous avec lui. Le maire avait déjà rencontré Chen à New York en 1998 alors que ce dernier était maire de Taipei, et avait parlé de Taiwan comme « un pays » extraordinaire. Tout le monde sait que le gouvernement des États-Unis reconnaît une seule Chine, soit la République populaire de Chine, un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies dont le siège se trouve à New York.
Le maire avait répondu à un journaliste à lépoque quil avait sollicité lopinion du Département dÉtat avant de rencontrer Chen, mais quil navait pas parlé au nom du gouvernement en appelant Taiwan un « pays ». Il avait ajouté: « Ils disent ce quils sont obligés de dire, je dis ce que je veux dire, et vous, journalistes, vous pouvez écrire par vous-mêmes. »
Pendant l« escale » de Chen à New York, 16 visites et rencontres avec des politiciens, des magnats de la finance et autres personnalités ont été planifiées. Sans égard aux critiques de la U.S. Taiwan Business Association, Chen a encouragé les Étatsuniens à passer par Taiwan pour investir dans le continent chinois.
Outre les trois principes de « sécurité, facilité et confort » que la partie étatsunienne a appliqués autrefois en recevant les dirigeants de Taiwan, cette fois elle a ajouté le principe de « respect ».
Lon a dit que Chen nétait quun pion sur léchiquier des États-Unis. Chen nie, mais joue avec complaisance ce rôle.
Un moine politique: invité spécial de la Maison blanche
Le dalaï est un habitué de la Maison blanche. Cet homme a toujours mené ses activités séparatistes sous le couvert de la religion. Depuis 22 ans il va à la Maison blanche en moyenne une fois lan. Un membre du Congrès des États-Unis a dit que le dalaï est un leader religieux qui peut apparaître chaque fois quon a besoin de lui. En 1991, George Bush père la rencontré. Dix ans plus tard, le 23 mai, le fils Bush la invité à la Maison blanche, comme par hasard le jour du 50e anniversaire de la libération pacifique du Tibet et pendant le séjour de Chen Shuibian à New York.
Les hauts fonctionnaires des États-Unis qui ont rencontré le dalaï étaient plus nombreux quauparavant. Avec le secrétaire dÉtat Colin Powel, le dalaï a discuté « promotion de lharmonie religieuse au Tibet et intérêts tibétains ». Le dalaï a aussi rencontré la sous-secrétaire dÉtat qui occupe le poste de « coordinateur spécial des affaires tibétaines », un rang plus élevé que celui des coordinateurs des quatre dernières années. Chargée dune tâche importante, elle a également déclaré que lambiguïté des États-Unis face à Taiwan devrait tomber et que les États-Unis devraient appuyer lautodéfense militaire de Taiwan. Le dalaï est resté plus dune heure au Département dÉtat.
Le président Bush, rapportent les communiqués de la Maison blanche, a déclaré que les États-Unis appuieront sans restriction les efforts du dalaï pour établir le dialogue avec le gouvernement chinois, promouvoir ce dialogue et obtenir une réponse de la partie chinoise. La conseillère du président pour les affaires de Sécurité nationale Condeleezza Rice assistait à la rencontre.
Le dalaï a dit à la presse quil cherche une « autonomie réelle » plutôt que lindépendance du Tibet. Le porte-parole de la partie étatsunienne a déclaré que les États-Unis nont pas changé leur politique tibétaine et que le président Clinton avait aussi rencontré le dalaï. Pourtant, Bill Clinton a toujours prétendu avoir rencontré le dalaï à limproviste et durant quelques minutes seulement.
La politique chinoise des États-Unis a-t-elle changé?
Lattitude des États-Unis dans ces deux événements indique-t-elle un changement?
Zhang Xucheng, un des attachés de Chen, a dit que ladministration Bush voit en Taiwan une sorte datout, contrairement à Clinton qui voyait en elle un fardeau.
Bien quon nait jamais proposé une révision complète de la politique chinoise depuis lentrée en fonction de Bush, des observateurs croient que cette politique a pris un tournant plus radical concernant Taiwan, le Tibet et dautres problèmes. Le gouvernement Bush a dabord vendu une grande quantité darmes à Taiwan, puis déclaré quil ferait de son mieux pour « protéger Taiwan », et récemment a accordé à Chen Shuibian et au dalaï, deux séparatistes, un traitement auquel se sont opposés le gouvernement et le peuple chinois.
Des États-Unis à lAsie, les gestes de ladministration Bush soulèvent linquiétude. Ce gouvernement brise une tradition de vingt ans dambiguïté, et affiche même ses relations avec lautre rive du détroit de Taiwan, ce qui risque damener de graves conséquences dans les relations sino-étatsuniennes.