Un été politique hâtif et chaud

La mi-juin a apporté un été hâtif à l’hémisphère nord. La température monte, avec un peu de fraîcheur de temps en temps, mais la température politique est très haute. Les leaders des grandes puissances ont tenu des réunions successives; en trois jours ont eu lieu trois importants sommets en Asie de l’Est, en Europe de l’Ouest et en Europe de l’Est. Cette simultanéité peut être le fruit d’une coïncidence mais elle semble indiquer quelque chose d’autre.

L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS): un exemple de coopération internationale

Les 14 et 15 juin, la Chine, la Russie et les autres pays d’Asie centrale ont établi l’OCS, une étape historique du mécanisme des « Cinq de Shanghai ». L’Organisation s’est donné comme tâche principale de combattre « les trois forces du mal », tout en continuant de coordonner et renforcer la coopération sur certains problèmes régionaux et internationaux majeurs. C’est la première organisation internationale lancée par la Chine, et son établissement exercera une vaste influence sur la structure politique du monde.

L’OCS lie les continents européen et asiatique, couvre massivement les trois cinquièmes du territoire de l’Eurasie et comprend le quart de la population mondiale. Avec sa grande étendue, ses riches ressources, son importance géographique, politique, économique et son statut stratégique de représentante de plusieurs civilisations différentes, elle deviendra la point de mire du monde. Sont particulièrement attrayants le nouveau concept de sécurité, les relations État à État et le modèle de coopération régionale qu’elle propose. Les principes énoncés dans la déclaration votée au sommet sont: renforcer la confiance mutuelle, le bon voisinage et les relations amicales et la coopération réelle dans divers domaines; ensemble, assurer la paix, la sécurité et la stabilité de la région et du monde; poursuivre les principes de non-alignement, de non-attaque à un tiers pays ou région et d’ouverture sur le monde, et maintenir les relations et la coopération amicales avec les autres organisations et pays internationaux. La déclaration insistait aussi sur « l’esprit de Shanghai » caractérisé par la confiance et le bénéfice mutuels, l’égalité, la consultation, le respect mutuel entre les diverses cultures et la prospérité commune, qui s’est développé au cours de l’expérience des « Cinq de Shanghai » et qui constitue un trésor de la coopération entre les États membres ces dernières années. Cet esprit deviendra la norme des relations entre les membres de l’organisation.

Le dialogue Russie-États-Unis n’abolit pas les dissensions

Le 16 juin, le président russe Vladimir Poutine et le président étatsunien George W. Bush ont tenu des pourparlers de deux heures à Ljubljana, capitale de Slovénie. Bien que Bush et Poutine aient qualifié leur rencontre d’ « active », il n’y a pas eu de progrès particuliers dans les relations entre les deux pays. Les différends demeurent sur la sécurité mondiale et la situation dans les Balkans.

La rencontre s’est prolongée de 45 minutes, après lesquelles les deux présidents ont tenu une conférence de presse conjointe. Bush a dit qu’il faut établir de toutes nouvelles relations et exprimé sa confiance que les deux pays deviennent des partenaires sûrs et des amis. Il a aussi révélé que Poutine avait accepté de réduire la prolifération des armes de destruction massive et de faire des efforts pour combattre, en commun, le terrorisme.  Poutine a dit que les discussions avaient été franches et constructives et qu’elles avaient couvert un large éventail de sujets. Il a également dit que la rencontre avait jeté une base pour l’expansion de la coopération russo-étatsunienne.

L’atmosphère de la conférence de presse fut chaleureuse grâce aux deux parties. On n’a pas décelé de réel progrès concernant la sécurité mondiale. Au sujet du NMD, Poutine a indiqué que les deux pays assument une responsabilité particulière dans la sauvegarde de la paix et de la sécurité du monde et dans l’établissement d’un nouveau cadre de sécurité internationale. Cela requiert la coopération bilatérale et internationale, a-t-il dit, ajoutant que toute action à sens unique créerait des ennuis. Il a expliqué davantage que le Traité des missiles anti-balistiques signé en 1972 entre l’Union soviétique et les États-Unis constituait le fondement actuel de la sécurité internationale. Sur l’élargissement de l’OTAN, Poutine a dit que la Russie ne comprend pas pourquoi l’OTAN exerce autant de pression car la Russie ne la considère pas comme un ennemi.

Avant le sommet, Bush avait dit à Varsovie que son gouvernement n’avait pas changé son intention première d’appuyer l’élargissement de l’OTAN et le déploiement du système NMD. Les relations russo-étatsuniennes, qui étaient en voie de détérioration à cause du NMD et d’actes d’espionnage depuis l’entrée en fonction de Bush, connaissent une amélioration. Mais l’intention des États-Unis d’endiguer et d’affaiblir la Russie ne changera pas. Les divergences des deux pays en matière de Traité des missiles anti-balistiques, d’élargissement de l’OTAN et de problèmes importants reliés à leurs intérêts stratégiques propres ne peuvent être balayés du revers de la main.

La visite de Bush en Europe est vaine

Bush attachait une grande importance à sa tournée européenne, espérant amener les Européens à comprendre la position des États-Unis et à réduire leur hostilité envers Washington. Toutefois, la visite commencée le 12 juin n’a pas été agréable pour Bush. Il a été accueilli non seulement par des banquets et cérémonies officielles mais aussi par des manifestations et protestations qui ont demandé l’intervention policière.

Au sommet tenu à Gotenborg, en Suède, le 14 juin, un certain consensus au sujet du Moyen-Orient, des Balkans, de la péninsule coréenne et du prochain tour de négociations au sujet de l’OMC a été atteint par les deux parties, mais les divergences demeurent sur le NMD et le Traité de Kyoto sur les changements climatiques.

Depuis le tout début de son mandat, la tendance de Bush à «l’unilatéralisme» a soulevé une grande insatisfaction en Europe. La grave opposition au sujet du Traité de Kyoto, du NMD, de la première exécution d’un prisonnier d’État en 38 ans et la décision de mener une enquête antidumping sur l’acier et le fer importés, qui ont beaucoup déçu les Européens, indiquaient que la tournée européenne de Bush serait épineuse.

L’administration Bush a adopté une position dure sur plusieurs questions internationales et relations bilatérales, causant l’insatisfaction dans la communauté internationale. Pour le gouvernement Bush, les sommets É.-U.-CE et États-Unis-Russie visaient à atténuer les relations tendues et à changer la situation dans laquelle les États-Unis étaient coincés entre le ressentiment et l’opposition. Toutefois, parce que le gouvernement Bush a persisté dans son attitude arrogante et têtue sur plusieurs points, les différends entre les États-Unis d’une part et l’Europe et la Russie de l’autre sont restés tels quels. Pendant ce temps, le sommet de Shanghai, qui était basé sur la confiance mutuelle, le bénéfice mutuel et l’égalité, a connu un grand succès, donnant comme fruit l’établissement de l’Organisation de coopération de Shanghai. Parce que la Chine et la Russie, deux grandes puissances politiques mondiales, en sont membres, la coopération sera étendue et profonde et exercera une grande influence sur les affaires internationales.

Selon les analystes, la politique et l’économie étatsuniennes ont connu des changements depuis que Bush est au pouvoir, et la politique étrangère des États-Unis est en train de s’ajuster, ce qui influencera la politique mondiale. À la mi-juin, des puissances internationales ont agit fréquemment ensemble, ce qui pourrait indiquer un changement dans la structure politique du monde, et ces interactions seront fréquentes dans le futur.