États-Unis: défi au traité international
ZHOU BAO
Au
cours des six mois qui ont suivi son entrée en fonction, l'administration Bush
a vigoureusement rejeté les traités et accords internationaux qui menaçaient
autant les intérêts nationaux des États-Unis que le leadership de ce pays dans
la politique mondiale ou empêchaient la mise en uvre de leur politique
hégémoniste.
Bush a déclaré le 28 mars que les États-Unis n'appliqueraient pas le Protocole de Tokyo qui vise à réduire l'effet de serre. Il a aussi clarifié en mai qu'il favorisait une politique de défense nationale antimissile qui viole le Traité sur la limitation des systèmes de missiles antibalistiques (Traité ABM).
Un porte-parole des États-Unis a souligné le 7 juillet que l'administration Bush avait décidé de «geler» le Traité d'interdiction complète d'essais nucléaires. Quelques semaines plus tard, le 25 juillet, un négociateur étatsunien a prévenu le gouvernement Bush de ne pas imposer le protocole de l'Accord d'interdiction des armes biologiques. L'excuse était que le protocole menacerait les renseignements secrets et la sécurité nationale.
Si une politique étrangère nationale consiste à protéger les droits et intérêts de la nation, chaque pays doit maintenir l'équilibre entre ses intérêts nationaux et internationaux. La politique extérieure unilatérale de Bush, toutefois, se fait aux dépens de la paix et de la sécurité internationales, et n'avantage que le niveau national.
Le Traité ABM est le cur de la stabilité et de léquilibre stratégiques internationaux, et une base du processus de désarmement nucléaire. Le Traité dinterdiction complète dessais nucléaires et lAccord dinterdiction des armes biologiques ont pour but d'empêcher la prolifération des armes nucléaires, biologiques et chimiques tandis que le Protocole de Tokyo joue un rôle fondamental dans le développement continu de l'humanité.
L'approche unilatérale des États-Unis ne mène pas vers la réalisation du désarmement, du contrôle des armes et de la protection de l'environnement au niveau international, et a déjà violé d'importants principes impliquant les relations internationales aussi bien que la nature sacrée des traités internationaux en général. Les grands acteurs de la scène politique mondiale accusent actuellement les États-Unis et leurs alliés d'arrogance.
Les États-Unis ont deux raisons de défier l'opinion mondiale. Premièrement, leur économie a réussi la transition de l'économie industrielle à l'économie du savoir depuis 1990, et a joui d'une croissance appréciable depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cela leur donne une avance sur les marchés internationaux. De même, leurs vastes réalisations générales les placent au-dessus de tous les autres pays. Leurs succès font oublier qu'on prédisait leur écroulement il y a dix ans. De plus, depuis le démantèlement de l'URSS en 1991, leur victoire dans la guerre du Golfe la même année et au Kosovo en 1999, les États-Unis croient quils sont actuellement la seule superpuissance du monde, et assument par le fait même le rôle de leader dans la politique mondiale.
Les
États-Unis plaident dès lors pour un monde unipolaire ou un arrangement de «Pax
americana». Après l'élection de Bush en février dernier, des citoyens ont appuyé
la libération des États-Unis des traités internationaux et la reprise de leur
liberté d'action. Ainsi, quelle sorte de liberté veulent les États-Unis? «Nous
devrions maintenir notre suprématie et laisser aux États-Unis la seule hégémonie
du monde. L'administration Bush est toute en faveur, et prouve par son comportement
qu'elle se sent tout à fait à l'aise dans un monde unipolaire, là où se trouve
l'unilatéralité»,a dit un journaliste étatsunien qui a préféré conserver l'anonymat.
Mais l'hégémonie formée de cette approche unilatérale se fera au détriment des États-Unis. Historiquement, la morale et la justice ont toujours été les pierres angulaires du développement et de la montée d'une nation, ce qui lui permet aussi de devenir une superpuissance. La politique du plus fort seule n'a jamais aidé une nation à réussir et à influencer le monde, et est, en fait, apparentée à la dictature plutôt qu'à la démocratie.
Exactement, la contribution des États-Unis à la lutte contre le fascisme dans la Seconde Guerre mondiale est la principale raison qui a fait d'eux une superpuissance. Ironiquement, leurs actions d'aujourd'hui qu'on peut facilement interpréter comme un abus de pouvoir paraissent plus près du fascisme qu'ils ont combattu au cours du siècle dernier.