POLITIQUE
Un geste de provocation contre la justice
REN MIN
Le
premier ministre du Japon Junichiro Koizumi sest rendu au temple Yasukuni,
où sont gardées les tablettes commémoratives de grands criminels de la Seconde
Guerre mondiale, le 13 août après-midi. Ce geste a été fermement condamné par
le peuple clairvoyant du Japon et des pays voisins dAsie, et sévèrement
critiqué par plusieurs médias et personnalités dEurope et dAmérique.
On se demande : « Pourquoi le Japon ne peut-il pas faire un véritable
examen de conscience sur les guerres dagression quil a lancées,
et confesser ses crimes contre les pays dAsie victimes ? »
À cause de la ferme opposition des pays dAsie voisins, Koizumi sest retenu de visiter le sanctuaire le 15 août, le jour qui marque la défaite du Japon et sa reddition inconditionnelle lors de la Seconde Guerre mondiale, et a tenté de justifier sa décision, mais cela ne change rien à la nature de lévénement. Lacte de Koizumi ne peut quexercer une influence sérieuse sur les relations du Japon avec ses voisins asiatiques et détériorer les relations Chine-Japon, qui ont déjà subi bien des contorsions au sujet des manuels dhistoire.
La visite de Koizumi au temple heurte profondément les sentiments du peuple chinois. Pour peu quon connaisse lhistoire du sanctuaire Yasukuni, on comprendra pourquoi les Chinois sopposent à la visite du premier ministre japonais. Tout le monde sait que le temple a servi à duper le peuple japonais et à susciter des sentiments militaristes. Il fut lappui spirituel de lagression étrangère et de lexpansion dans lhistoire moderne du Japon. Les guerres dagression lancées par le Japon contre la Chine et dautres pays dAsie ont causé des malheurs sans précédent. Les Chinois furent les plus nombreuses victimes de cette agression.
Au moins 35 millions de Chinois ont été tués ou blessés par les troupes japonaises. Les agresseurs ont causé environ 100 milliards de USD de pertes directes et 500 milliards de dollars de pertes indirectes en Chine. Limpudente visite du premier ministre japonais au temple, symbole de lhistoire dagression du Japon, est une provocation contre la vérité et la justice généralement reconnues aussi bien que lexpression du mépris du peuple des pays victimes, et elle a réveillé des souvenirs pénibles. Il est naturel que le peuple chinois exprime sa profonde indignation et son opposition ferme en apprenant cette nouvelle.
Lattitude à adopter face au temple Yasukuni qui contient les tablettes de criminels de guerre notoires a toujours été le test pour voir si le gouvernement japonais peut traiter correctement son histoire dagression. Le comportement du Japon face à ses guerres dagression influence beaucoup le fondement politique des relations sino-japonaises.
On se souvient quau temps de la normalisation des relations diplomatiques entre la Chine et le Japon, le gouvernement japonais avait annoncé un examen fondamental de la guerre dagression de son pays, et indiqué quil suivrait la voie de la paix. Dans la Déclaration conjointe signée par le Japon et la Chine en 1998, la partie japonaise a vivement ressenti sa responsabilité pour les graves désastres et pertes quelle avait infligés au peuple chinois. Les deux pays pensaient également que regarder le passé en face et donner une approche correcte de lhistoire était une base importante pour développer les relations sino-japonaises.
Le 15 août 1985, quand Nakasome Yashuhiro, alors premier ministre du Japon, a rendu son premier hommage au sanctuaire Yasukuni, il a soulevé une vive indignation et la condamnation des populations asiatiques. À ce moment-là le premier secrétaire du cabinet, dans son discours de lannée suivante, avait dit : « Il faut porter attention aux relations internationales et considérer sincèrement les sentiments nationaux des pays voisins. » Il avait promis que le premier ministre du Japon ne visiterait plus le temple.
Koizumi
a brisé la promesse du gouvernement japonais à la Chine et aux autres pays dAsie.
Il a aussi influencé négativement les relations internationales. Au Japon, les
forces politiques qui nient le crime dagression du Japon sont encore profondément
enracinées. La visite de Koizumi au temple et dautres événements concernant
lhistoire dagression indiquent que pour longtemps encore, le problème
historique demeurera un important facteur de stabilité des relations au nouveau
siècle.
La visite de Koizumi a soulevé lattention de lopinion publique internationale et de nombreux commentaires des médias et de personnes éclairées. Lancien chancelier dAllemagne Helmut Schmidt a dit que depuis 1945, les Japonais nont pas fait beaucoup defforts pour réduire linimitié des pays voisins envers eux, quils manquent de courage à admettre leur culpabilité. Lex-président de Singapour, Lee Kuan Yee, a souligné que le Japon adopte une attitude ambiguë face à son histoire dagression, et dautres pays dAsie continuent dêtre inquiets que le Japon ne se remette sur la route du militarisme. Le président français Jacques Chirac a aussi manifesté de linquiétude devant lisolement croissant du Japon en Asie. Ces points de vue tranchants méritent réflexion de la part des dirigeants du Japon.
Cinquante-six ans se sont écoulés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et lhistoire connaît son premier mois daoût du XXIe siècle. La visite de Koizumi au sanctuaire Yasukuni a de nouveau attiré lattention du monde sur la question : « Où sen va le Japon? »