Nouveau pas vers l’intégration de l’Afrique de l’Ouest

Les pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui a tenu leur 24e Conférence au sommet les 15 et 16 décembre à Bamako, capitale du Malie, a pris de nouvelles mesures visant à accélérer le processus d’intégration régionale, en dépit de la pression causée par les conflits et crises dans certains pays membres et les facteurs exogènes non favorables.

Au premier jour du Sommet, les pays anglophones (Gambie, Liberia, Ghana, Libye, Sierra-Léone) et la Guinée ont singé un accord sur la création d’une deuxième zone monétaire, selon lequel les six pays disposeront d’une monnaie commune d’ici l’horizon 2003. Cette deuxième zone monétaire et la zone franc CFA devraient fusionner en 2004 pour introduire la monnaie unique au sein de la CEDEAO, selon le programme de la Communauté.

Le Sommet a également marqué l’entrée en vigueur du passeport CEDEAO, valable aussi bien dans la Communauté que dans le reste du monde entier, et l’installation de la Cour de justice de la Communauté avec le serment des juges.

Autres acquis du Sommet de Bamako: l’harmonisation des politiques minières, de santé surtout de lutte contre le sida (4 millions de personnes sont infectées dans la sous-région).

Les chefs d’États ont également passé en revue les crises dans certains pays membres et ont insisté sur la nécessité de maintenir la paix et la stabilité dans la sous-région. Ainsi, ils ont décidé de déployer une force d’interposition le long de la frontière entre la Guinée, le Liberia et la Sierra-Léone. Depuis début septembre dernier, le sud de la Guinée a fait l’objet de nombreuses attaques lancées par des éléments armées non identifiées, venus du Liberia et de Sierra-Léone.

À propos de la crise politique en Côte d’Ivoire, le Sommet a décidé d’y envoyer une mission de médiation pour favoriser le dialogue et la réconciliation.

Le 24e Sommet de la CEDEAO intervient sur un fond de préoccupation face à des crises et des facteurs extérieurs économiques défavorables. Pour M. Alpha Oumar Konare, président malien et président exécutif de la CEDEAO, la Communauté se trouve à un tournant décisif de sa vie.

En 1999, la croissance économique de la CEDEAO a ralenti « 2,5% contre 3,2% en 1998) à cause principalement de la réduction des taux de croissance en Côte d’Ivoire et au Nigeria qui comptent respectivement pour 10% et 45% du PIB ouest-africain. Cette année, la CEDEAO a vu une fois encore sa croissance économique se ralentir. dans les huit pays de la zone franc CFA, le taux de croissance prévu est tombé à 3,2%, contre 5% escompte.

Cette baisse des résultats économiques est fortement liée aux crises de la sous-région. L’instabilité politique dans certains pays empêche la région de progresser.

La Côte d’Ivoire, qui représente plus 40% du PIB des pays de la zone franc CFA, entraîne vers le bas la sous-région en raison de la crise politico-économique qu’elle traverse. Selon le secrétaire exécutif de la CEDEAO, M. Lansana Kouyate, le redressement de l’économie de la Côte d’Ivoire dépend du maintien de la paix, de la sécurité et surtout de la concorde nationale après la tumultueuse élection d’octobre 2000 qui contribuerait à faire face aux facteurs exogènes défavorables; l’augmentation du prix du pétrole, la hausse de la valeur du dollar, la réduction des investissements étrangers. Selon M. Kouyate, la cherté du pétrole fait craindre « une inflation généralisée » et un ralentissement plus marque des activités économiques des pays de la CEDEAO.