La situation internationale au tournant du siècle

YANG CHENGXU

Avec l’année 2000, le XXe siècle s’achève. La situation internationale en 2000 a, d’une manière générale, suivi la tendance esquissée depuis la fin de la guerre froide, à savoir la détente dans l’ensemble malgré des perturbations localisées qui peuvent, soit dégénérer en violences, soit s’apaiser. L’économie mondiale a continué croître fortement, les taux de croissance du produit brut mondial et du commerce international atteignant leur plus haut niveau en cette dernière année du XXe siècle. Les relations entre les différents pays, notamment entre les grandes puissances, se sont améliorées et ont été renforcées.

Conséquence du développement des liens économiques et commerciaux, les rapports entre les différents pays sont devenus de plus en plus étroits. Pourtant, à cause de divergences d’intérêts entre les États et de la survivance d’une mentalité héritée de la guerre froide, les relations d’État à État ont connu des crises passagères, affectant la situation internationale.

L’aspect le plus frappant des relations internationales en l’an 2000 fut tout d’abord et sans doute la bonne santé de l’économie mondiale. Selon des prévisions du Fonds monétaire international (F.M.I.), le taux de croissance du PIB mondial a été de 4,7% cette année (le plus fort taux de croissance du PIB mondial durant les années 90 fut de 4,1% en 1997), et le taux de croissance du commerce international, en volume, devrait atteindre 10% (le précédent record était de 9,1% en 1995). Les prévisions de la Banque mondiale sont à peu près identiques à celle du F.M.I.. Selon la Banque mondiale, le taux de croissance du commerce mondial devrait se situer à 12% et la croissance économique dans la plupart des pays ou régions devrait s’accélérer :

— Le taux de croissance du PIB des États-Unis devrait tourner autour de 5%, celui de la zone Euro devrait atteindre 3,5% et celui du Japon 1,4%, soit la croissance la plus élevée depuis 1996.

— Le taux de croissance du PIB des pays en développement devrait être de 5,6%, celui des pays asiatiques atteignant 6,7%, renouant avec les niveaux connus avant la crise financière asiatique de 1997 et permettant ainsi à cette région de connaître la croissance économique la plus élevée au monde.

— La croissance du PIB dans les pays dont le système politique et économique est en phase de transition devrait approcher les 5%, celui de la Russie pouvant atteindre 7%, soit le meilleur résultat depuis la fin de la guerre froide.

Les événements les plus marquants de l’année dans le domaine économique et commercial dans le monde auront été les perturbations qui ont affecté les places boursières à travers le monde, la dégringolade continue de l’euro face au dollar et la remontée des prix du pétrole. Les bourses américaines ont reculé de manière sensible, l’indice NASDAQ perdant près de 40%. Les bourses asiatiques et européennes ont aussi reculé dans des proportions différentes. Dans le même temps, le cours du pétrole sur les marchés internationaux est passé de moins de 10 dollars le baril en mars 1999 à plus de 30 dollars aujourd’hui. Ce phénomène a affecté et continuera à affecter de différentes manières l’économie mondiale. On estime que cela coûtera 0,6 point de croissance aux États-Unis, 0,8% à la zone euro, 1% au Japon. Les pertes dans les pays émergeants seront plus importantes, de l’ordre de 2 à 3% du PIB en Thaïlande et aux Philippines. L’augmentation des prix du pétrole va entraîner une hausse de l’inflation, creuser les déficits commerciaux de tous dans les pays développés dépendant des importations de pétrole et aggraver leur endettement.

Deuxièmement, la situation de confrontation entre la République populaire démocratique de Corée (RPDC) et la République de Corée a commencé à se dégeler, 10 ans après la fin de la guerre froide. L’année 2000 marque un tournant dans la situation de la péninsule coréenne, qui est passée de la tension à la stabilité. À la mi-juin, le président de la R.D.C, Kim Dae-jung, s’est rendu à Pyongyang pour une rencontre au sommet avec Kim Jong-Il, président de la Commission nationale de Défense de la RPDC. Au cours de ce sommet, les deux Kim sont parvenus à se mettre d’accord sur des points importants concernant les relations inter-coréennes et la réunification, écrivant une nouvelle page de l’histoire en mettant fin à la confrontation et en ouvrant la voie à la réconciliation. En marge de ce sommet, toute une série d’événements ont permis d’encourager la détente des relations entre les deux Corée: Kim Jong-Il s’est rendu en Chine, le président russe Vladimir Poutine est allé en RPDC et des dignitaires nord-coréens et américains de haut rang ont procédé à un échange de visites. Aujourd’hui, le processus de normalisation des relations diplomatiques entre les États-Unis et la RPDC s’accélère, les négociations sur le rétablissement de relations diplomatiques entre le Japon et la RPDC ont repris et, après l’Italie, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ont fait savoir qu’elles allaient rétablir des relations diplomatiques avec la RPDC. Ces événements sont sans aucun doute favorables à la paix et à la stabilité dans le nord-est asiatique et dans le reste du monde.

Troisièmement, le processus de paix au Proche-Orient s’est enlisé et les relations entre Israël et les pays arabes se sont une fois encore détériorées. Les États-Unis ont rencontré des difficultés dans la conduite du processus de paix au Proche-Orient alors qu’un nombre croissant de grandes puissances interviennent de plus en plus massivement dans les questions de la région.

Au début de l’an 2000, le processus de paix au Proche-Orient a fait des progrès, avec le lancement de négociations israélo-syriennes et le retrait des troupes israéliennes du sud-Liban. Mais dans le même temps, et les négociations entre Israéliens et Palestiniens entraient dans une impasse. Fin septembre, les pourparlers entre Israéliens et Palestiniens ont été rompus à cause d’importants et de sanglants affrontements. Les affrontements entre Israéliens et Palestiniens ont débuté le 28 septembre et durent depuis plus de 2 mois, et le bilan est très lourd. L’ampleur des violences ainsi que le nombre de morts et de blessés sont exceptionnellement graves. Depuis le début du conflit, les relations entre Israël et les pays arabes se sont une nouvelle fois détériorées, avec le lancement de campagnes anti-israéliennes chez ces derniers. Certains pays arabes ont suspendu leurs relations diplomatiques de base avec Israël. Dans le même temps, la Libye et l’Iraq ont fait part de leur volonté de lancer une guerre sainte contre Israël. L’ensemble du Proche-Orient est désormais sous tension.

Quatrièmement, la situation en  Afrique demeure stable dans l’ensemble, malgré des troubles dans certaines zones, notamment dans la zone des Grands Lacs au centre du continent. Toute une série de violents incidents se sont succédés mais leur ampleur et leurs conséquences sont restées relativement limitées. En mai, le conflit frontalier entre l’Ethiopie et l’Erytrée a repris, dégénérant en véritable guerre, la plus violente du continent africain. 12 des 53 pays africains sont en guerre. Les États africains s’efforcent de mettre fin aux guerre civiles et de sauvegarder la paix sur leur continent. L’agitation en Somalie et au Burundi a par exemple progressivement été circonscrite et l’escalade de la violence a été stoppée au Congo et en Sierra Leone. L’Afrique a aussi renforcé son unité politique. L’Organisation de l’unité africaine (O.U.A.) cherche à résoudre elle-même les conflits qui agitent le continent, obtenant ses premiers succès.

La situation en Afrique tend à se stabiliser. L’industrie pétrolière se développe rapidement et les revenus des pays africains augmentent. Les industries de l’information ont fait leur apparition sur le continent et leur taux de développement est relativement élevé. Le processus d’intégration économique régionale a été accéléré. La Communauté de développement du sud de l’Afrique et la Zone de libre échange de l’est et du sud de l’Afrique ont reçu un coup d’accélérateur, et l’ouest de l’Afrique est intégrée au sein d’une zone monétaire commune. Malgré tout, la sécheresse, les inondations et la prévalence du sida dans certaines zones entravent le développement économique.

La communauté internationale a renforcé ses relations avec l’Afrique. Les Nations unies ont organisé un «mois de l’Afrique» au Conseil de sécurité. Le président américain Bill Clinton s’est rendu une nouvelle fois en Afrique et les Britanniques ont envoyé des troupes au Sierra Leone. Un sommet entre l’Union européenne et l’Afrique s ’est tenu au Caire, et la cinquième Convention de Lomé a été formellement adoptée. Les relations entre la Libye et le Soudan et les pays occidentaux se sont améliorées. Durant la visite du président chinois Jiang Zemin en Afrique du Sud, une déclaration de partenariat a été publiée. Un Forum sur la coopération sino-africaine s’est tenu à Beijing, ouvrant la voie à un renforcement des relations entre la Chine et l’Afrique.

Cinquièmement, les relations entre les grandes puissances ont connu des évolutions. Par rapport à 1999, les relations entre les grandes puissances se sont améliorées. En même temps, le développement d’organisations régionales en Europe, en Amérique et en Asie conduit petit à petit à un schéma à trois. Après le bombardement de l’ambassade de Chine à Belgrade en 1999, les relations sino-américaines furent au plus bas. Mais avec l’adoption en 2000 par les deux chambres américaines des accords garantissant à la Chine un statut permanent de relations commerciales normales, les relations sino-américaines se sont améliorées. Ainsi, la Chine et les États-Unis ont repris leur dialogue sur la sécurité et le contrôle des armements après plus d’un an d’interruption. La Chine et le Japon sont parvenus à un accord sur le mécanisme «ASEAN + 3», source d’une plus grande compréhension mutuelle et du renforcement des relations. Après la guerre du Kosovo, la Russie et l’OTAN ont repris leurs négociations et les relations entre la Russie et l’Europe se sont grandement améliorées. Parallèlement, les relations américano-russes ont repris et se sont développées.

Influencée par la mondialisation économique, la coopération régionale avance rapidement. Il y a quelque 110 organisations régionales dans le monde aujourd’hui, dont un tiers sont nées après 1990. Après la guerre du Kosovo, l’Union européenne (U.E.) a réalisé qu’une défense européenne indépendante devait être mise sur pied afin que l’U.E. puisse mener des opérations militaires sans la participation des États-Unis. Cette année, l’Union européenne a décidé de créer une force de réaction qui devrait regrouper 60 000 hommes d’ici 2003. Parallèlement, l’Union européenne a, lors d’un sommet en décembre, pris un certains nombre de décisions concernant l’adhésion de pays d’Europe centrale et orientale comme la Pologne, la République tchèque et la Hongrie.

Les économies de l’est de l’Asie ont connu un développement rapide, permettant à la région de reprendre la tête au niveau mondial pour son taux de croissance. La quatrième rencontre ASEAN + 3 a eu lieu fin novembre à Singapour, les pays participants se mettant d’accord pour renforcer le mécanisme 10 + 3 et sur le lancement du processus de développement commun du delta du Mékong et de la construction d’un réseau de chemin de fer pan-asiatique. La coopération en Asie orientale, basée sur le mécanisme 10 + 3 et sur le Forum de coopération économique Asie-Pacifique (APEC) permettra de promouvoir la paix et le développement dans cette région. Il a été décidé d’étendre la zone de libre échange nord-américaine (NAFTA) qui regroupe les États-Unis, le Canada et le Mexique et qui englobera tous les pays d’Amérique du nord et du sud, donnant naissance à une zone de libre échange couvrant une population de 800 millions d’habitants. Le sommet de l’Amérique du sud, à l’invitation du Brésil, s’est tenu à Brasilia et avait pour thème le XXIe siècle. Il a permis de renforcer l’unité de l’Amérique du sud et d’encourager l’intégration régionale. L’organisation qui a connu le développement le plus remarquable reste l’Organisation de l’unité africaine (O.U.A.) qui, lors de son sommet, a décidé de mettre en place une Union africaine. Par ailleurs, les relations intercontinentales sont devenues plus étroites, grâce notamment aux sommets Europe-Asie et Europe-Afrique et au lancement d’un mécanisme de discussion entre l’Asie orientale et l’Amérique latine.

Sixièmement, plus de 180 pays ont participé au sommet du Millénaire des Nations unies organisé à New-York au début du mois de septembre, au cours duquel plus de 150 chefs d’État et de gouvernement se sont exprimés. Durant ce sommet, les dirigeants d’à peu près tous les pays du monde sont tombés d’accord sur la nécessité de protéger le statut et l’autorité des Nations unies et de renforcer son rôle. La déclaration finale a réaffirmé que les principes et les objectifs énoncés dans la Charte des Nations unies sont universels et intangibles. La déclaration souligne également que la souveraineté nationale et le principe d’égalité doivent être sauvegardés et que l’intégrité territoriale et l’indépendance politique de tous les pays doivent être respectées, que les conflits doivent être surmontés dans le respect du droit international et par des moyens pacifiques, et insiste sur le respect du principe de non-ingérence. Durant ce sommet du Millénaire, et pour la première fois dans l’histoire des Nations unies, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité se sont réunis pour un sommet. Un communiqué a été publié, réaffirmant le rôle essentiel des cinq membres permanents dans le domaine de la sécurité internationale et promettant de renforcer la prédominance des Nations unies dans la sauvegarde de la paix et de la sécurité dans le monde.

Septièmement, un certain nombre d’initiatives américaines en matière de politique étrangère ont été repoussées malgré la forte croissance économique que connaissent les États-Unis et leur domination dans le domaine des technologies de l’information. Les tentatives américaines pour soutenir le processus de paix au Proche-Orient et les négociations israélo-palestiniennes concernant le statut de Jérusalem ont avorté. Washington n’a pas su non plus anticiper le sommet historique inter-coréen et la réconciliation entre les Corée du Sud et du Nord. Les échanges de visites entre représentants américains et de la RPDC qui ont suivi ont montré comment la politique coréenne des États-Unis se contentait de suivre les événements. Face à l’opposition au projet de système national de défense antimissiles (NMD) exprimée par la Russie, la Chine et même ses propres alliés, l’Allemagne et la France, le président Clinton a repoussé la décision sur son déploiement. Le président vénézuélien Hugo Chavez s’est rendu en Iraq en dépit de la farouche opposition des États-Unis, devenant ainsi le premier chef d’État étranger à se rendre dans ce pays depuis la fin de la guerre du Golfe. La Russie et la France ont été les premiers pays à envoyer de l’aide humanitaire par avion à Bagdad, ouvrant la voie à une vingtaine d’autres pays et brisant le blocus aérien  imposé à l’Iraq. Le ministre iranien des Affaires étrangères s’est également rendu en Iraq à la mi-octobre, première visite de ce genre depuis la fin de la guerre entre les deux pays. Les contacts entre les deux pays semblent avoir pour objectif la constitution d’un front commun face à la double politique de confinement conduite par les États-Unis dans la région.

Huitièmement, la situation politique a évolué dans de nombreux pays. Avec 52% des suffrages, Vladimir Poutine a remporté l’élection présidentielle russe et pris ses fonctions au début du mois de mai. Dès lors, M. Poutine s’est efforcé de stabiliser la situation politique intérieure et a conduit une politique étrangère réaliste de renforcement de ses relations avec les autres grandes puissances dont les États-Unis, l’Union européenne, la Chine et le Japon, tout en gardant un contact étroit avec les autres membres de la Communauté des États indépendants (CEI). Le chef  de l’opposition yougoslave, Vojislav Kostunica a remporté l’élection présidentielle, mettant fin à dix ans de règne de Slobodan Milosevic. Le nouveau président s’efforce à la fois d’entretenir des relations étroites avec la Russie tout en détendant et améliorant celles avec les pays occidentaux.

Le premier ministre japonais, Obuchi Keizo est décédé et le nouveau chef de gouvernement, Mori Yoshiro rencontre problème sur problème. Bien qu’il ait résisté à une motion de censure, son gouvernement est toujours en butte à une grave crise de confiance.

Cette année, le Parti d’action nationale mexicain (PAN) a battu le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), mettant un terme à plus de 70 ans de pouvoir du PRI. Les effets sur la situation politique en Amérique latine ont été très importants. Le président péruvien, Alberto Fujimori en butte à une forte contestation à cause de son implication dans un cas de corruption de personnalités de l’opposition par les services secrets, a brutalement démissionné alors qu’il était au Japon.

Le président des Philippines, Joseph Estrada risque l’empêchement et la démission de ses fonctions pour son implication présumée dans une affaire de corruption. Enfin, aux États-Unis, l’annonce du résultat des élection présidentielles a été retardée de plus d’un mois du fait de l’étroitesse de l’écart entre les suffrages recueillis par Al Gore et George W. Bush Jr. en Floride. C’est à la Cour suprême qu’a incombé la responsabilité de désigner le président des États-Unis à l’aube du XXIe siècle. Dans le même temps, les deux partis politiques américains se partagent de manière à peu près égale les sièges des deux chambres du Congrès.

L’évolution de la situation internationale au seuil du nouveau siècle reprend les changements significatifs qui se sont produits depuis la fin de la guerre froide et annonce les tendances qui suivront cette évolution au XXIe siècle. Soutenue par le développement des sciences et technologies et l’émergence de l’industrie de l’information, l’économie mondiale va continuer à connaître une croissance forte. Le déséquilibre de la puissance au niveau international et l’opposition entre une nord puissant et un sud faible seront difficiles à modifier. À l’aube du XXIe siècle, il existe toujours des facteurs de déstabilisation des relations internationales.

L’instabilité se trouve tout d’abord dans le développement économique international. Premièrement, les perspectives économiques aux États-Unis sont imprévisibles. Deuxièmement, les activités spéculatrices sur les marchés internationaux des capitaux continuent à sévir. La vitesse de circulation des capitaux s’est accélérée et son contrôle est de plus en plus difficile. La crise financière qui a frappé le sud-est asiatique est un exemple de ce qui peut arriver. Troisièmement, les cours du pétrole augmentent et leur évolution future est difficile à prévoir. A la fin de l’an 2000, l’optimisme reste de rigueur concernant l’économie internationale, notamment aux États-Unis, dont le PIB représente 30% du PIB mondial, contre 24% en 1990. Les États-Unis ont été le premier pays à lancer l’ajustement de leur structure industrielle afin de renforcer le développement des sciences et technologies, leur permettant de maintenir leur domination sur les industries de communication et de l’information. Les États-Unis devraient continuer à conserver cette position au cours des 20 à 30 prochaines années. Pourtant, leur formidable puissance apparente masque des faiblesses internes. L’économie américaine n’est pas aussi forte qu’elle en a l’air, ni aussi puissante que les Américains veulent bien le croire. L’économie américaine souffre d’au moins trois faiblesses: 1. les Américains épargnent peu, ou même pas du tout; 2. l’économie américaine s’appuie sur l’importation de capitaux, le déficit de la balance des paiements est de 400 milliards de dollars par an; 3. les États-Unis comptent toujours 30 à 40 millions de pauvres dont le minimum vital n’est pas assuré malgré tout ce que peuvent prétendre les Américains sur la bonne santé de leur économie. Si l’économie américaine décline, la confiance dans l’économie mondiale sera brisée, et le monde entier sera touché.

Les menaces de conflits armés existent toujours. Des Balkans au Caucase, en passant par le Proche-Orient, l’Asie centrale et l’Afrique, du l’Asie du sud au sud-est et au nord-est asiatique, toutes ces zones connaissent d’intenses antagonismes ethniques et de profonds clivages religieux. Avec l’élargissement du fossé entre riches et pauvres et l’impact du déséquilibres de la puissance, les guerres localisées, les conflits armés entre pays et les luttes à l’intérieur des États risquent de continuer à éclater. Dans le même temps, les politiques hégémoniques et du plus fort n’ont pas disparu. L’intensification des affrontements pour l’établissement de zones d’influence entre les grandes puissances pourrait aggraver la situation dans ces régions et devenir une source de conflits.

Les relations entre grandes puissances varient au fil du temps. Le monde, en ce début du XXIe siècle, ne sera pas identique à celui du XIXe siècle, lorsqu’il y avait un équilibre des puissances en Europe, et ne sera pas non plus dominé par la seule superpuissance des États-Unis. Aujourd’hui, aucun pays ne souhaite affronter les États-Unis. Mais ceux-ci vont s’apercevoir qu’il est trop difficile de se prémunir à la fois de la Russie et de la Chine tout en continuant à contrôler l’Europe et le Japon. Le recours par les États-Unis aux sanctions économiques et aux interventions militaires pour sauvegarder leurs intérêts n’apporte jamais que de minces bénéfices et rencontrera l’opposition d’un nombre croissant de pays.

Les pays occidentaux, avec à leur tête les États-Unis, garderont leur prédominance. Bien qu’ils aient commencé à s’interroger après la guerre du Kosovo, ils continueront à promouvoir le nouveau droit d’ingérence afin de favoriser la diffusion de leurs valeurs.

Les États-Unis, l’Union européenne et le Japon sont alliés. Ils ont des intérêts communs. Mais il existe tout de même des divergences entre eux. La détermination de l’U.E. à mettre sur pied une défense indépendante et la volonté du Japon de devenir un État indépendant normal vont à l’encontre des intérêts des États-Unis. Cette contradiction entre contrôle et volonté d’émancipation finira par se transformer en affrontement.

Des relations triangulaires — États-Unis-U.E.-Russie, Chine-Russie-États-Unis, Chine-États-Unis-Japon — existent désormais et sont interdépendantes les unes des autres. Ces relations permettront la continuation de la situation actuelle au début du XXIe siècle. Elles ne se transformeront pas en antagonismes pas plus qu’elles ne deviendront des partenariats basés sur l’égalité. Les grandes puissances continueront à développer leur économie et à renforcer leur puissance nationale globale et ne prendront pas le risque de provoquer un affrontement. Parce qu’il existe des conflits d’intérêts, les différends pourraient s’intensifier, mais parce que les grandes puissances partagent également un certain nombre d’intérêts communs, cette intensification ne devrait pas être trop grave. Le chaud et le froid devraient donc souffler à tour de rôle sur les relations entre grandes puissances.