| 2026-03-18 |
Être à l’écoute de ses émotions |
| · 2026-03-18 |
| Mots-clés: intelligence émotionnelle |
Cette rubrique aborde un sujet unique à travers des perspectives africaine et chinoise. Ce mois-ci, nous analysons comment comprendre l’importance croissante accordée à l’intelligence émotionnelle chez les jeunes.
Un effort pour humaniser le développement

ADIBASE RAPHAEL
Étudiant ghanéen, 36 ans, Université d’agriculture de Chine
L’intelligence émotionnelle est devenue essentielle, influençant les décisions des jeunes en matière de travail, de consommation, de relations et de mode de vie. Contrairement à la rationalité économique traditionnelle privilégiant la sécurité matérielle, elle s’intéresse à l’impact émotionnel des choix des individus sur leur bien-être et à l’adéquation avec leur identité. Ce changement est particulièrement visible dans les sociétés en pleine mutation comme la Chine et le Ghana.
Chez les jeunes Chinois, on détecte une évolution vers une consommation émotionnelle, où les dépenses sont motivées par la détente, le plaisir et l’expression de soi plutôt que par la nécessité. Voyages, activités de bien-être, loisirs, etc. sont appréciés pour leur impact émotionnel. Les réseaux sociaux renforcent les discours sur le soin de soi, l’authenticité et la sensibilisation à la santé mentale, offrant un refuge symbolique face à la pression scolaire ou professionnelle et le stress urbain. Dans le monde du travail, l’intelligence émotionnelle remet en question les idéaux de carrière traditionnels axés sur la stabilité et le prestige.
Au Ghana, la valeur émotionnelle influence les choix des jeunes, mais dans un contexte socio-économique différent. L’épanouissement émotionnel est étroitement lié à la dignité, à l’identité et à l’espoir. Le chômage élevé a encouragé l’entrepreneuriat chez les jeunes (industries créatives, travail numérique, petites entreprises, etc.). Bien que financièrement incertaines, ces voies offrent autonomie et satisfaction émotionnelle. Les choix de consommation (mode, musique et expériences sociales) servent d’outils pour construire l’identité et le sentiment d’appartenance, amplifiés par la visibilité sur les réseaux sociaux.
En Chine ou au Ghana, les jeunes remettent désormais en question la vision traditionnelle de la réussite et recherchent le bien-être émotionnel en plus de la sécurité matérielle. Si les motivations diffèrent, l’intelligence émotionnelle reflète une volonté d’humaniser le développement. Prendre en compte cette évolution est essentiel pour les politiques visant à soutenir le bien-être des jeunes dans un monde en mutation.
Un signe d’éveil de la conscience de soi

LIU YUXUE
Étudiante chinoise, 23 ans, Beijing
Pour moi, l’intelligence émotionnelle est un signe d’éveil de la conscience de soi. Issue d’une famille modeste, j’ai été économe dès mon enfance et j’ai consacré l’essentiel de mon temps à mes études. À l’université, j’ai obtenu bourses et distinctions, pourtant je me souviens encore du vide et de la tristesse inexplicables que je ressentais le soir après les cours.
Avec le temps, la situation financière de ma famille s’est améliorée. Mes parents ont acheté un appartement en ville et j’ai acquis mon indépendance financière grâce à des jobs étudiants. Mes besoins essentiels satisfaits et forte d’une expérience de vie plus riche, j’ai enfin pu me consacrer à ce que j’aimais vraiment. J’ai commencé à faire du vélo, savourant le calme des magnifiques paysages au lieu de passer mes journées plongée dans les livres à la bibliothèque. Rétrospectivement, je comprends mieux cette tristesse d’antan.
Aujourd’hui, je suis bien plus à l’écoute de mes émotions et je me soucie davantage du sens de mes actions, plutôt que de courir aveuglément après les bonnes notes ou de me laisser piéger par une compétition sans fin. Certes, une part d’évasion se cache derrière cette quête. En tant qu’étudiante en dernière année, à l’approche de l’obtention de mon diplôme, la pression de la recherche d’emploi et de la rédaction de mon mémoire me rend souvent anxieuse. Dans ces moments-là, je me rappelle que s’imposer une pression inutile est contre-productif. En ce sens, l’intelligence émotionnelle est aussi devenue ma réponse aux pressions actuelles et à l’incertitude de l’avenir.
Pourtant, cette recherche n’est pas une simple réaction passive au stress. Plus important encore, elle reflète une décision de placer les sentiments, la dignité et le bonheur au cœur de ma vie. L’équilibre entre besoins émotionnels et réalité économique réside ni dans le sacrifice du bonheur pour la stabilité, ni dans sa quête à tout prix, mais dans la construction d’une vie épanouie et joyeuse, en fonction de ses moyens. Des plaisirs simples, comme une balade à vélo, peuvent apporter un réconfort discret et une paix durable.
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