2025-08-01 |
Un même souffle |
par HUANG JINKUAN et GUO CHUANXI · 2025-08-01 |
Mots-clés: Sud global ; Chine ; Afrique |
Des danseurs des studios Elvis Sibeko d’Afrique du Sud se produisent lors du sixième Festival international de danse ethnique du Xinjiang, à Urumqi, dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang, le 25 juillet 2023. (XINHUA)
À l’heure où l’architecture de la gouvernance mondiale connaît une transformation profonde, le Sud global occupe une place croissante dans les relations internationales. Historiquement relégués à la périphérie de l’ordre économique mondial, les pays du Sud ont longtemps été contraints par des systèmes financiers, commerciaux et technologiques dominés par l’Occident.
Cependant, l’essor de nouvelles économies et le renforcement de la coopération Sud-Sud ont récemment rebattu les cartes. Le Sud global s’affranchit progressivement de sa dépendance à l’Occident, affirmant avec vigueur son autonomie et son élan de développement. Dans ce contexte, la coopération sino-africaine émerge comme un moteur clé, au service non seulement du développement partagé, mais aussi du renouveau du Sud global.
Malgré la distance, la Chine et l’Afrique partagent une histoire ancienne d’échanges. Dès l’Antiquité, des figures comme Du Huan sous les Tang (618-907), Ibn Battouta ou l’amiral Zheng He sous les Ming (1368-1644) ont témoigné des premiers contacts. Mais c’est au milieu du XXe siècle que les relations ont véritablement pris de l’ampleur, notamment grâce au soutien de la Chine aux luttes d’indépendance. La construction du chemin de fer Tanzanie-Zambie dans les années 1970 incarne encore aujourd’hui cette solidarité.
Depuis le début du XXIe siècle, les relations sino-africaines ont pris une dimension institutionnelle. La création du Forum sur la Coopération sino- africaine (FCSA) en 2000 a inauguré une nouvelle ère fondée sur l’amitié, la coopération et le bénéfice mutuel.
Des liens économiques solides
La coopération économique et commerciale reste le pilier du partenariat sino-africain. Ces dernières années, les échanges entre la Chine et l’Afrique ont affiché une résilience remarquable et une croissance soutenue. Selon les douanes chinoises, le commerce bilatéral a atteint un record de 295,6 milliards de dollars en 2024, en hausse de 4,8 % sur un an. Près de la moitié des pays africains ont connu une croissance à deux chiffres de leurs échanges avec la Chine. Depuis 2000, le volume commercial sino-africain croît en moyenne de 14,2 % par an.
Autrefois axé sur les exportations africaines d’énergie et de minerais contre des biens manufacturés chinois, le modèle commercial sino-africain évolue en profondeur. Les échanges se tournent désormais vers des secteurs à forte valeur ajoutée : produits mécaniques et électriques, services numériques, technologies vertes. En 2024, les exportations chinoises vers l’Afrique ont bondi dans les domaines des smartphones, modules photovoltaïques et robots industriels. Du côté africain, les produits agricoles transformés gagnent du terrain en Chine, révélant le potentiel du continent dans l’agro-industrie et la fabrication.
Parallèlement à cela, la Chine encourage activement ses entreprises à investir en Afrique, notamment dans la fabrication, l’agrotransformation, l’énergie et le numérique. Cette stratégie soutient l’industrialisation du continent et renforce sa capacité de développement autonome. De leur côté, les pays africains adaptent leurs politiques pour accroître la valeur ajoutée de leurs exportations. Le commerce sino-africain tend ainsi vers une plus grande diversification, technicité et spécialisation.
À l’avenir, la coopération devrait s’intensifier dans les secteurs de l’industrie, de l’agriculture, des télécommunications, de l’économie numérique, de l’énergie verte et de la finance.
La coopération en matière d’infrastructures constitue un pilier clé des relations sino-africaines et un moteur du développement du continent. À la fin de l’année 2024, les entreprises chinoises avaient participé à la construction ou à la rénovation de plus de 100 000 km de routes, 10 000 km de voies ferrées, 1 000 ponts et une centaine de ports. Parmi les projets phares : la ligne électrifiée Addis-Abeba-Djibouti, longue de 750 km, qui a réduit les délais de transport et les coûts logistiques éthiopiens ; et le port en eau profonde de Lekki, au Nigeria, appelé à faire de Lagos un hub régional, avec 360 milliards de dollars de retombées économiques et 170 000 emplois à la clé.
Au-delà des transports, la Chine investit aussi dans l’énergie en Afrique, à travers la construction de barrages, de centrales solaires et de lignes électriques. En Zambie et au Zimbabwe, ces projets ont renforcé l’approvisionnement tout en soutenant la transition durable. Par ailleurs, la Route de la soie numérique a permis à la Chine d’accompagner le développement des réseaux mobiles et des centres de données, élargissant la couverture numérique et accélérant l’intégration économique du continent.
Ces avancées ont ouvert de nouvelles perspectives aux pays africains. L’amélioration des infrastructures a renforcé la connectivité, facilité les échanges et soutenu le développement autonome. La coopération énergétique a contribué aux objectifs de durabilité, tandis que les infrastructures numériques favorisent l’émergence de nouveaux modèles économiques comme l’e-commerce, l’éducation en ligne ou les villes intelligentes.
Une amitié qui se renforce
La coopération sino-africaine dépasse le seul champ économique, en s’appuyant sur des liens humains profonds, garants d’une relation durable. Par l’aide éducative, l’assistance médicale et les échanges culturels, la Chine a noué des relations affectives solides avec les peuples africains. Chaque année, des bourses sont octroyées à des étudiants africains et des partenariats unissent universités chinoises et africaines. Les Instituts Confucius et Ateliers Luban favorisent l’apprentissage du chinois et la formation professionnelle, renforçant les passerelles entre les sociétés.
Dans le domaine de la santé, la Chine envoie des équipes médicales en Afrique depuis les années 1960. Au mois d’août 2024, 25 000 médecins chinois avaient exercé dans 48 pays, soignant près de 230 millions de patients. Des partenariats avaient été noués avec 46 hôpitaux dans 41 pays, avec la création de 25 centres spécialisés en cardiologie, soins intensifs, urgences ou endoscopie.
Les échanges culturels se développent aussi. Les médias et entreprises chinois soutiennent la numérisation des médias africains. Des spectacles comme la danse traditionnelle sud-africaine Manyanano: The Spirit of Ubuntu, présentés dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang, ou la diffusion de séries chinoises comme Empresses in the Palace sur des réseaux africains, renforcent les liens culturels. L’événement « Nouvel An chinois » et le Festival de la jeunesse Chine-Afrique sont devenus des temps forts du dialogue interculturel.
Deuxième économie mondiale, la Chine joue désormais un rôle central ; l’Afrique, de son côté, veut rompre avec la dépendance à l’aide et aux matières premières pour viser un développement autonome et durable. La complémentarité entre la puissance financière et technologique chinoise et les ressources ainsi que le marché africains ouvre de vastes perspectives de coopération.
La synergie sino-africaine représente non seulement un modèle de coopération gagnant-gagnant, mais aussi un puissant symbole de la solidarité du Sud global. Ensemble, la Chine et l’Afrique écrivent une nouvelle page du récit du développement mondial. À l’avenir, leur coopération approfondie restera un moteur essentiel de l’essor collectif du Sud global.
HUANG JINKUAN : maître de conférences à l’Institut d’études africaines de l’Université normale du Zhejiang
GUO CHUANXI : assistant de recherche à l’Institut d’études africaines de l’Université normale du Zhejiang
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