POLITIQUE
Unité et confiance en soi, clés du développement de lAfrique
Lannée 2002 marque une étape importante pour le développement de lAfrique avec le lancement de lUnion africaine (UA) et un plan ambitieux de développement durable pour le continent.
Officiellement mise en chantier en juillet 2002 à Durban, Afrique du Sud, lUnion africaine, issue de lOrganisation de lUnité africaine (OUA), sest vu assigner la lourde mission de relever les défis de lère de la mondialisation.
« Le temps est venu pour lAfrique de prendre la place qui lui revient dans les affaires internationales et de mettre un terme à sa marginalisation », a déclaré le président sud-africain Thabo Mbeki lors de la cérémonie dinauguration de lUA.
Afin de parvenir à une croissance soutenue et à un développement durable de lAfrique, conditions préalables pour en finir avec la marginalisation du continent au sein du processus de mondialisation, les dirigeants africains ont lancé leur propre stratégie de développement, à savoir « le nouveau partenariat pour le développement de lAfrique » (NEPAD).
« Le NEPAD est un programme inédit, conçu et élaboré par les dirigeants africains au plus haut niveau politique, et il sera mis en uvre par tous les Africains », a précisé de son côté le président nigérian Olusegun Obasanjo.
Cette initiative ambitieuse prévoit un investissement annuel de 64 milliards de dollars pour permettre à lAfrique de parvenir à une croissance de 7% au cours des 15 prochaines années et de réduire de moitié le nombre dAfricains vivant dans la pauvreté à lhorizon 2015.
Or, en raison dune pauvreté croissante et du retard économique, lAfrique doit répondre à un défi majeur dans ses efforts pour faire aboutir ce programme.
En effet, lAfrique est aujourdhui le seul continent où la pauvreté ne cesse de gagner du terrain, la moitié de sa population au sud du Sahara, soit 300 millions de personnes, vivant avec moins dun dollar par jour.
Au cours de la dernière décennie, lAfrique na réalisé quun taux de croissance moyen de 3% notamment à cause des conflits, du sida, dune dette extérieure particulièrement lourde, du manque cruel dune économie diversifiée et dune production compétitive.
Plus que tout autre continent, lAfrique a reçu lassistance de la communauté internationale. Mais au cours de ces dernières années, laide accordée à lAfrique nétait plus suffisante pour entretenir une croissance forte ni réduire la pauvreté, en raison de la mauvaise gestion des fonds, de la corruption, des conflits et des infrastructures obsolètes.
En outre, la dépendance de lAfrique vis-à-vis de laide extérieure rend le continent encore plus vulnérable pour remplir les conditions imposées par les donateurs internationaux, si bien que les Africains ont perdu leur indépendance dans lélaboration effective des politiques à suivre.
Face à cette réalité, de plus en plus dintellectuels et dexperts africains ont compris que la solution des problèmes entravant le développement de lAfrique dépend en définitive des Africains eux-mêmes.
« Des efforts concertés avec la communauté internationale sont certes nécessaires pour le règlement des problèmes sur lesquels achoppe lAfrique dans son développement. Mais à mon avis, 80% de ces problèmes concernent les Africains eux-mêmes et les 20% restant relèvent de lextérieur », a précisé Gerishom Ikiara, maître de conférence à lInstitut de diplomatie et des études internationales, attaché à lUniversité de Nairobi du Kenya.
M. Ikiara a indiqué que lAfrique devait procéder dabord à ses propres réformes afin de poser les bases de son développement économique et utiliser méthodiquement les aides étrangères.
Il a également souligné que cet objectif ne saurait être atteint que par létablissement dun système politique meilleur et dun ordre social stable, par lamélioration des infrastructures et de lenvironnement de linvestissement, par la fin des affres de la guerre civile ainsi que par la mobilisation des investissements privés
M. Ikiara souhaite que lAfrique aille plus loin dans ses efforts pour réduire sa dépendance à légard du secteur public et encourager le développement du secteur privé.
« Nous devons essayer de diversifier nos économies, réduire notre dépendance vis-à-vis de lagriculture et renforcer les industries de transformation et le secteur des services, a-t-il noté.
« LAfrique, peuplée de 800 millions dhabitants, contribuera à léconomie mondiale si elle-même arrive à se développer », dit il.
Il a appelé les pays développés à « aider lAfrique en annulant ses dettes et en créant un régime de commerce préférentiel; ainsi le continent pourra-t-il exporter davantage si lon encourage les investissements ».
Même son de cloche chez le Dr Njuguna Udungu, responsable du programme régional du Centre de recherche pour le développement international qui siège à Nairobi.
« Si vous dépendez de laide, vous êtes obligé de vous soumettre aux conditions des donateurs, quelles soient raisonnables ou non. Et par conséquent, vous ne serez plus en mesure de formuler vous-même vos politiques intérieures », a-t-il expliqué.
« Les donateurs doivent jouer un rôle de partenaires, pour que les conditions posées à laide au développement ne causent plus de problèmes », a-t-il estimé, avant de proposer aux pays développés de diversifier les formes de lassistance aux pays en développement en leur offrant un soutien technique, en les aidant à mettre en uvre leurs ressources humaines et à accéder aux marchés internationaux.
M. Udungu a par ailleurs invité la communauté internationale à ouvrir sans condition des débouches aux exportations africaines dont les produits agricoles et primaires.
« Ensemble, et avec le soutien extérieur, les Africains pourront relever ces défis par leurs propres moyens et obtenir des résultats durables », a conclu le président de la Banque mondiale James Wolfensohn.