La mise en place d’un système de protection sociale uniforme est-elle réalisable?

Le présent système de sécurité sociale de Chine qui comprend le minimum vital des citadins, l’assurance-chômage et l’indemnité du coût de la vie élémentaire pour les ouvriers mis à pied des entreprises d’État sera transformé en un système uniforme consistant seulement en deux volets: dorénavant, l’indemnité du coût de la vie élémentaire sera intégrée à l’assurance-chômage.

Au fur et à mesure du réajustement de la structure économique et du changement du système social, les ouvriers licenciés et chômeurs, de plus en plus nombreux, deviennent un nouveau groupe de pauvres dans les villes chinoises. Le système de sécurité sociale de Chine qui laisse à désirer affronte un grand défi. Jusqu’au début de juin de 2002, la Chine comptait 15, 91 millions de bénéficiaires du minimum vital, soit 82,1 % de la population éligible. Selon la source officielle, jusqu’à la fin d’avril de 2002, 19, 38 millions de personnes vivaient encore sous le seuil du minimum vital.

À part la distribution du minimum vital, la Chine s’active à établir et améliorer les systèmes de soins médicaux, d’éducation, de secours de logement et d’assistance juridique. La rédaction de la « Loi sur la sécurité sociale » qui est en cours va améliorer progressivement le système de sécurité sociale.

Cependant, certains économistes, dont Chen Ping, professeur et directeur adjoint du centre de recherche économique de l’Université de Beijing, ont contesté l’uniformisation de ce système. « Uniformiser le système de sécurité sociale dans un grand pays en voie de développement comme la Chine est absolument impossible. C’est un objectif stratégique erroné, et un grand bond en avant copiant le modèle occidental, qui ne fait que ruiner la puissance nationale de la Chine. Il n’est pas certain que le système de sécurité sociale contribuera au maintien de la paix sociale ».

Chen Ping, directeur adjoint du centre de recherche économique de l’Université de Beijing: Récemment, le cercle académique a commencé à discuter du genre de système de sécurité sociale qui doit être mis en place. C’est un sujet inévitable, face à l’augmentation du nombre d’ouvriers licenciés et à l’afflux des fermiers vers les villes.

Certains économistes appellent à établir un système de sécurité sociale uniforme, une pratique commune des pays occidentaux. Ils préconisent que ce genre de système aidera à réformer les entreprises d’État, en allégeant et transférant le fardeau social qu’elles assument. Ensuite, il sert aussi au maintien de la stabilité sociale et pour adoucir la difficulté du changement du système social. Et enfin, il contribuera à hausser le statut de la Chine dans la communauté internationale, parce que le système de sécurité sociale est un symbole des pays développés.

Mais j’en pense le contraire: l’uniformisation est une politique à courte vue, résultant d’un objectif stratégique erroné et utopique que les finances ne peuvent pas supporter. Premièrement, du point de vue économique, il est absolument impossible d’établir un système de sécurité sociale uniforme dans un pays en voie de développement peuplé de 1,3 milliard d’habitants et dont les diverses régions accusent un développement excessivement déséquilibré. Ce genre de mesure va décélérer la réforme des entreprises d’État et conduire à l’effondrement du système financier tout entier. Deuxièmement, la compétitivité de notre pays sera grièvement affaiblie si bien que les capitaux étrangers afflueront vers les pays où la main-d’œuvre est moins chère. Troisièmement, c’est une entorse à la tendance générale du monde à la déréglementation, et une répétition de la faute commise par les pays occidentaux et l’Europe de l’Est.

Avec un système de sécurité sociale beaucoup plus complet que celui des États-Unis, l’Europe occidentale accuse un taux de chômage beaucoup plus élevé et se trouve dans une position plus faible dans la compétition internationale. L’absence d’un système de sécurité sociale uniforme en Chine contribue au faible prix de la main-d’œuvre, à l’affaiblissement du fardeau social, à l’afflux des capitaux internationaux et au développement de l’industrie à forte concentration de main-d’œuvre. Une fois que le système de sécurité sociale sera établi et complété, les investissements étrangers seront transférés de l’industrie à forte concentration de main-d’œuvre de Chine vers les pays privés de ce système.

Il faut faire remarquer que le système de protection sociale n’est pas une condition préalable pour le maintien de la stabilité sociale. En Europe occidentale et en Amérique du nord où le bien-être couvre la population entière, les fermiers pauvres se déplacent de la campagne vers les métropoles dans le but de bénéficier de la protection sociale, alors que la classe moyenne s’échappe des grandes villes, telles que New York et Los Angeles, où se forment finalement des quartiers pauvres et des bandes criminelles. Il en résulte l’effondrement des premières zones économiques centrales. La famille constitue, dès le début de la société humaine, une unité de sécurité sociale fondamentale. Mais le système de sécurité sociale rejette le devoir de subvenir aux parents sur les épaules de l’État, dissolvant les liens de famille et de communauté. La population entre deux âges est accablée de taxes exorbitantes, les femmes ne veulent pas avoir d’enfant, le taux de naissance chute excessivement, la main-d’œuvre est extrêmement insuffisante. L’industrie est obligée de compter sur les immigrants illégaux, qui font ressortir les contradictions entre les résidants d’origine et les nouveaux immigrants.

La mise en place d’un système de sécurité sociale uniforme va entraîner l’afflux des habitants pauvres vers les zones côtières développées, faire apparaître des bas quartiers dans les grandes villes comme Beijing et Shanghai, et aggraver la disparité originelle de la répartition démographique et du développement régional.

Quand nous discutons directement de l’établissement d’un système uniforme, nous pouvons nous rendre compte que la Chine est dans l’impossibilité de le supporter. Dans le monde, pas un seul pays en voie de développement n’applique un tel système. Même les pays riches comme les États-Unis comptent des dizaines de millions de personnes qui ne bénéficient pas d’assurance-santé. Actuellement, le budget financier de la Chine ne représente que 15 % de son PIB, beaucoup inférieur à celui des pays développés qui pratiquent le système de sécurité sociale (au-dessus de 30-50 %). Comment la Chine peut-elle se permettre d’établir un système si cher que même les États-Unis sont peu disposés à l’assumer?

En réalité, la Chine peut, en se basant sur ses expériences actuelles, trouver une meilleure voie menant au développement soutenu. Nous pouvons compter sur les cellules familiales et le marché pour développer un système de sécurité sociale non gouvernemental qui encourage la compétition.

Le système de sécurité sociale uniforme est seulement un essai temporaire dans l’évolution des êtres humains. Même pour l’Europe de l’Est et l’Occident, son coût à long terme est de beaucoup supérieur à ses intérêts immédiats. Actuellement, il est impossible de confirmer la faisabilité de ce genre de système dans n’importe quel grand pays en voie de développement. Dans la perspective de la stratégie du développement à long terme, la Chine doit tenir à ses traditions caractérisées par l’entraide des membres de la famille, la mise de l’accent sur l’éducation des générations futures, et le soutien aux personnes âgées, établir un système de sécurité sociale basé sur l’épargne familiale destinée à subvenir aux besoins des vieillards, l’assurance-santé non gouvernementale, et l’assistance de la communauté. Cela contribuera à la mise en place d’un petit gouvernement incorruptible et efficace, et au mouvement ordonné de la population entre les villes et les campagnes, à la diminution de la disparité régionale, au déplacement de la main-d’œuvre, à la réduction des taxes, du prix des terrains, et du coût de revient de la main-d’œuvre, à l’amélioration du niveau d’instruction de la population entière, à l’accélération de l’urbanisation, et au renforcement de la compétitivité internationale de la main-d’œuvre chinoise.

Réfutation de l’infaisabilité de mettre en place un uniforme système de sécurité sociale en Chine

Qiao Yaping et He Peiju, écrivains: L’histoire de l’évolution de la société moderne prouve que le système de sécurité sociale qui consiste principalement en assurance-vieillesse et assurance médicale est un stabilisateur de la sécurité sociale, et permet de promouvoir le développement économique. C’est aussi un très important symbole du progrès social d’un pays. Déjà établi dans les pays développés, le système de sécurité sociale est aussi à la mode dans la plupart des pays en voie de développement. Sur les 170 pays et régions du monde, 130, à part des pays retardataires et en guerre, l’appliquent à différents degrés. Certains pays ont même pris des mesures obligatoires pour accélérer sa mise en place. Les États-Unis, premier pays à pratiquer le système d’assurance-vieillesse il y a cent ans, sont un bon modèle en matière de législation et d’application. La majorité des pays d’Europe de l’Ouest ont un système de bien-être et d’assurance sociale très parfait, qui permet de procurer une meilleure vie aux travailleurs après leur retraite.

Le professeur Chen Ping a fait le bilan des suites du système de sécurité sociale et de bien-être de la population entière qui est appliqué dans les pays développés, mais je ne sais combien d’effets négatifs il pourrait encore énumérer. Je ne peux pas imaginer comment et pour quelle raison ces soi-disant phénomènes décadents peuvent concerner le système de sécurité sociale et de bien-être de la population entière? Il me semble que ces phénomènes décadents n’ont rien à voir avec ce système.

Compte tenu du développement du système de sécurité sociale des pays développés, les fonds qui lui sont destinés proviennent principalement des valeurs créées et accumulées par la main-d’œuvre ; ils sont quasiment une redistribution des revenus des citoyens dans toute la société. Dans 108 pays, les fonds de sécurité sociale sont provenus des revenus fiscaux et des dons, et 20 perçoivent des impôts sur la protection sociale et le salaire. Les entreprises, qu’elles soient étatiques ou privées, à capitaux mixtes ou anonymes, doivent payer les charges sociales prévues par loi tant qu’elles emploient des travailleurs. Dans l’économie moderne, le fait que ces fonds accumulés soient manipulés par les lois de l’État est de sens commun, et non un transfert du soutien aux personnes âgées à l’État. Le professeur Chen, qui devrait en avoir une idée plus précise que nous, aurait-il temporairement perdu son bon sens?

Le professeur Chen paraissait trop susceptible quand il a indiqué: « Dans un pays en voie de développement et peuplé de 1,3 milliard d’habitants, l’établissement du système de sécurité est économiquement un bond en avant à l’occidentale et utopique, qui finira par décélérer la réforme des entreprises d’État et détruire à 100 % le système financier ». Les États-Unis et la majorité des pays développés d’Europe de l’Ouest ont mis une centaine d’années à établir et perfectionner le système de sécurité sociale. Compte tenu des ressources financières, la Chine actuelle est encore un pays en voie de développement au stade primaire du socialisme ; personne ne nous force à établir un système de sécurité sociale complet dans un bref délai. Mais ça ne veut pas dire que nous devons compter complètement sur le gouvernement. Pour améliorer le niveau de vie après la retraite, toute la société et tous les individus doivent fournir leurs efforts. Avec le développement de la réforme de diversification du système de soutien aux personnes âgées, les épargnes et investissements individuels représenteront un plus important pourcentage. Il y a une multitude de canaux pour la fondation d’assurance-vieillesse, y compris les pensions de vieillesse offertes par l’État, l’assurance collective pour les employés dans des entreprises rentables, les épargnes, actions, titres individuels, et la location des biens immobiliers individuels.