La seconde guerre du Golfe: y a-t-il quelque suspense?
ZHU FENG
Sans doute, Washington a-t-elle pris sa décision de renverser le président dIrak, Saddam Hussein
Au
moment où le monde entrait dans une nouvelle année, la possibilité de la guerre
contre lIrak faisait la une des journaux, incitant à plusieurs prédictions
et discussions. Le premier de lan, le président des États-Unis, Gorge
W. Bush, a dit que les États-Unis entendent résoudre la dispute avec la République
populaire démocratique de Corée par des voies diplomatiques, mais en finir
avec lIrak par la force. Dans son allocution du 3 janvier, lors de son
inspection de la base darmée Fort Hood au Texas, Bush a souligné que
lIrak ne cesserait pas de fabriquer des armes de destruction massive,
et que lIrak avait menti aux Nations unies. Il est temps de régler les
comptes avec lIrak, a ajouté Bush, lançant un défi au leader irakien,
Saddam Hussein.
Indubitablement, Washington a décidé de renverser Saddam Hussein, et la guerre programmée a commencé son compte à rebours. À la fin de décembre, le Pentagone a ordonné que trois nouveaux groupes de soldats se rendent dans le Golfe. Le premier ordre avait été lancé le 24 décembre, impliquant 25 000 hommes, et le second est venu le 10 janvier, pour 35 000 autres. Ensuite, en moins de 24 heures, le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, a donné le troisième ordre, détachant 27 000 soldats. Ces 87 000 hommes, ajoutés aux 65 000 soldats stationnés là-bas, porteront la présence étatsunienne dans la région à 150 000 hommes à la fin de février.
Un autre important indice dune attaque des États-Unis a été lappel du 8 janvier à lOpec (Organisation des pays exportateurs de pétrole) daccroître la production. Le geste était vraisemblablement destiné à contrer la hausse considérable du prix du pétrole à la suite de la décision du Venezuela dinterrompre lexportation de son pétrole brut. Lintention réelle sous-jacente consistait à empêcher limpact possible de cette décision sur léconomie des États-Unis et du monde entier causé par une hausse éventuelle des prix du pétrole due à la guerre en Irak. Le prix du 10 janvier sur le marché international du pétrole brut a grimpé à 30 $ le baril. Le 12 janvier, la réunion ministérielle de lOpec a décidé daugmenter la production de pétrole de 6,5 % à partir du ler février, soit une augmentation de 1,5 million de barils par jour, afin de maintenir le prix du pétrole brut entre 22 et 28 dollars le baril. La décision a fourni dexcellentes conditions au plan de guerre des États-Unis. LOpec avait refusé daugmenter sa production lors de ses deux réunions de 2002, mais a changé didée cette fois en tenant compte des éléments aussi bien économiques que politiques.
Leffort des États-Unis pour bâtir une coalition contre Saddam Hussein a porté fruit. Lattitude des alliés européens des États-Unis a subi des changements subtils. Le 22 décembre 2002, le ministère français de la Défense a soudainement annoncé que la France annulerait le programme dentretien du porte-avions nucléaire De Gaulle qui devait débuter au début de 2003 et le déplacerait dans le Golfe persique à la fin de janvier. Le moment devait coïncider avec celui où les inspecteurs darmement des Nations unies annonceraient leurs conclusions sur lIrak, un signal concret que la France pourrait participer directement au combat contre lIrak. LAllemagne a également changé de ton. Le 20 décembre, elle avait dit quelle aiderait à protéger les bases militaires étatsuniennes chez elle une fois la guerre éclatée. Lengagement des alliés des États-Unis en sera seulement un de degré.
Les
pays de la région du Golfe ont aussi donné le feu vert aux États-Unis. Le
10 janvier, la Turquie a permis aux envoyés des États-Unis dinspecter
ses bases militaires, bien que précédemment, elle eût refusé lutilisation
de ses installations militaires pour frapper lIrak. Elle va vraisemblablement
revenir sur cette décision. De plus, la Jordanie et dautres pays manifestent
une volonté croissante de coopérer avec les États-Unis, de sorte que les porte-avions
étatsuniens pourraient obtenir la permission de sancrer sur la côte
orientale de la Méditerranée. Des six groupes de travail des porte-avions
étatsuniens, au moins un verra ses appareils voler au-dessus de la Jordanie
et dIsraël pour frapper lIrak directement du front ouest. Dans
la guerre du Golfe, en 1991, les États-Unis navaient pas joui dautant
de facilité.
Une fois commencée la seconde guerre à lIrak, le Moyen-Orient entrera dans une nouvelle phase, et les changements affecteront grandement la situation internationale en 2003 et après.
La première question réside dans le type de guerre que les États-Unis adopteront, ou sa durée de cette guerre. À en juger par leur présence militaire dans la région du Golfe, les États-Unis espèrent lancer une guerre éclair. Il serait trop optimiste de croire que lIrak puisse être défait en une semaine. Mais larmée étatsunienne a les moyens datteindre son but en un mois.
Une fois la guerre terminée, quel régime sera établi ? Les observateurs pensent que les États-Unis pourraient adopter le « modèle Bonn », recourant à la même approche qui a servi à établir le nouveau gouvernement en Afghanistan, et le faire dans le cadre des Nations unies et avec la participation des pays concernés, ce qui améliorerait le sérieux de limage du nouveau gouvernement irakien chez lui et à lextérieur. Cest une importante mesure quutiliseront les États-Unis pour amener les autres pays à partager le fardeau financier de laide à la reconstruction de lIrak.
Une autre question à laquelle les États-Unis seront confrontés consiste à savoir comment traiter le sentiment anti-États-Unis que la seconde guerre dIrak soulèvera. Si les États-Unis marchent sur Bagdad, ils provoqueront ce sentiment, et inciteront peut-être même les organisations terroristes à entrer en action. Comment éviter un conflit avec le monde musulman ?
Le
monde musulman dans la guerre à lIrak a suscité la réflexion des États-Unis
depuis le début des préparatifs pour cette guerre. Les chefs religieux dIrak
ont appelé tous les musulmans à lancer une « guerre sainte » contre
les États-Unis. Le président de lIrak, Saddam Hussein, a dit quil
utiliserait des boucliers humains et la tactique de la terre brûlée en réponse
à une attaque des États-Unis. Les experts des Nations unies estiment que cette
guerre pourrait coûter la vie à 10 millions dIrakiens et en amener 900 000
autres à se réfugier. Sil en est ainsi, la confrontation entre le monde
islamique et les États-Unis séchauffera et le sentiment anti-États-Unis
senflammera. Par conséquent, les attaques terroristes autour du monde
augmenteront aussi. Dans ce sens, la seconde guerre à lIrak pourrait
être un compresseur déclenchant une nouvelle vague de terrorisme en 2003.
De plus, les conséquences de la guerre, comme le besoin daide humanitaire, lextrême fluctuation des prix du pétrole et les désastres environnementaux et écologiques mettront à lépreuve le rôle des Nations unies et de diverses relations de force. Avant la fin de la guerre dIrak en 1991, les troupes irakiennes ont mis le feu à plus de 90 puits de pétrole au Koweït. Il a fallu lintervention des pompiers du monde entier pendant quatre mois pour venir à bout de lincendie. Les environnementalistes du monde sinquiètent dune répétition de tels actes.
Lévolution de la guerre affectera profondément le processus de paix au Moyen-Orient. Le succès du parti Likud et de lactuel premier ministre Ariel Sharon aux prochaines élections est hors de doute. Que la Palestine et Israël mettent fin ou non à leurs conflits sanglants et à la violence et acceptent un nouveau plan de paix est directement lié à la seconde guerre dIrak. Israël appuie fortement une attaque contre lIrak. Le renversement de Saddam Hussein pourrait faire disparaître la menace que pose lIrak, mais Israël peut-il déraciner la haine et linsatisfaction des Palestiniens à court terme ?
Actuellement, la seule chose qui retarde la guerre à lIrak est de savoir si les États-Unis continueront à coopérer avec le Conseil de sécurité des Nations unies pour justifier leur attaque, ou agiront avec la Grande-Bretagne selon leur propre volonté. Le 27 janvier était la date limite fixée à la Commission de surveillance, vérification et inspection. Dans une entrevue avec le magazine Time, le directeur général de lAgence internationale dénergie atomique, Mohamed El-Baradei, a laissé entendre que lIrak était engagé dans des actions « illégales ». À lheure actuelle, les États-Unis nont pas abandonné leur tentative de convaincre le Conseil de sécurité des Nations unies de prendre une décision. Même si la décision ne semble pas fondée, elle ne les empêchera pas de presser la gâchette.