Les protestations contre la guerre mijotent

GE RUIMING

Les manifestations contre la guerre contre l’Irak prévue par les États-Unis ont été les protestations les plus influentes aux États-Unis depuis la guerre du Vietnam.

À la mi-janvier, le président des États-Unis George W. Bush laissait entendre que le temps était venu de combattre le président d’Irak, Saddam Hussein. Avant et après la remarque de Bush, Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz, respectivement secrétaire et sous-secrétaire de la Défense, ont envoyé des messages du même genre disant que l’attaque contre l’Irak se produirait dans quelques semaines, et qu’elle serait inévitable.

Dans cette menace de guerre, le sentiment anti-guerre s’est développé aux États-Unis. Le 18 janvier, des marches de protestation à grand déploiement se sont tenues simultanément dans 37 états du pays, impliquant 200 000 participants. Les manifestations, qui font écho à celles d’autres pays, représentent le mouvement de paix le plus influent aux États-Unis depuis la guerre du Vietnam (1958-1975).

Comme aux États-Unis les Républicains dominent actuellement le gouvernement et le Congrès, et que les Démocrates chantent la même chanson que les Républicains en ce qui concerne l’Irak, l’administration Bush ne rencontrera aucune opposition. Sans appui politique, le mouvement anti-guerre semble plus spontané que jamais. Les groupes de protestataires ont insisté : ils ne veulent pas entendre la voix de l’opposition seulement après que les soldats étatsuniens auront subi de graves pertes, comme lors de la guerre du Vietnam. Éviter la guerre, c’est sauver des vies, ont-ils dit. Dans leurs dépliants, ils déclarent : « Quand le Congrès rejette la volonté du peuple, le peuple doit agir par lui-même. » La politique irakienne de Bush est la cible principale des protestations cette fois, et des slogans comme « Lâchez Bush, pas des bombes » sont devenus populaires.

Outre les marches, les sit-in et les discours, on recourt à l’Internet pour mobiliser et organiser les manifestations. Une organisation anti-guerre nommée ANSWER (Act Now to Stop War and End Racism), qui a organisé la manif du 18 janvier aux États-Unis, a publié tous ses plans, slogans et dépliants pour la « semaine anti-guerre » du 13 au 21 février sur son site, internationalanswer.org, pour gagner l’appui de plus de participants. Grâce à sa vitesse et son absence de monopole, l’Internet est la façon la plus rapide, facile et sûre d’organiser des protestations. Les programmes, itinéraires, discours, pétitions et affiches se diffusent facilement par l’Internet. Les gens peuvent exprimer leurs points de vue et opinions directement et librement, sans l’interférence des tendances politiques des médias. L’Internet est également une arme efficace contre la guerre. Des organisations anti-guerre ont publié des adresses de sites, des numéros de téléphone et de télécopieur, des adresses électroniques d’agences gouvernementales et de membres du congrès, faisant appel au peuple pour qu’il procède à « un bombardement de courrier » sur le gouvernement. En outre, les pages de ces organisations sont inter-reliées afin de répandre instantanément l’information détaillée sur les activités anti-guerre dans le monde entier.

Selon le Service de diffusion publique des États-Unis, depuis la grande manifestation d’octobre dernier à Washington, San Francisco et Seattle, des protestations ont eu lieu chaque jour à travers le pays, et gagnent en importance. Les voix pacifiques se sont élevées également dans d’autres pays, comme le Canada, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, le Japon, la Russie, l’Italie, l’Irlande, la Syrie, le Yémen, Chypre et le Pakistan. Le 18 janvier, des activités anti-guerre se sont tenues dans trente-deux pays, sous la bannière de la « Journée internationale d’action aux États-Unis ». Deux jours plus tard, 200 000 citoyens français dans plus de quarante villes sont descendus dans la rue. Les organisations anti-guerre de ces pays ont déclaré le 15 février comme « Journée internationale d’action en Europe ». Aussi, chaque fois que des officiels des États-Unis participent à des conférences internationales, il y a des manifestations à l’extérieur.

Toutefois, malgré son étendue, l’impact du mouvement anti-guerre est limité. Le sentiment anti-guerre n’est pas devenu le courant principal aux États-Unis. Des sondages effectués par CNN, USA Today et Gallup montrent que 73 % des Étatsuniens appuient le renversement de Saddam Hussein par la force, ou sont indifférents. Parmi les opposants à la guerre, la majorité s’oppose au lancement d’une guerre sans l’autorisation des Nations unies. De plus, la cohésion sans précédent entre les Républicains et les Démocrates refroidit la mobilisation des protestataires. Après deux guerres sans grands dommages pour les États-Unis ces récentes années, bien des citoyens des États-Unis sont moins conscients de la cruauté de la guerre.

La communauté internationale a adopté une attitude d’attentisme. La France, comme on l’a vu dans le passé, finirait par se ranger du côté des États-Unis, bien qu’elle ait montré une vive opposition au début. Ce changement de position s’est déjà produit au Canada, en Italie et dans d’autres pays qui s’étaient fortement opposés à l’intervention militaire des États-Unis en Irak.

Dans cette situation, les Nations unies pourraient approuver l’attaque étatsunienne de l’Irak au moment où les États-Unis ou la Grande-Bretagne occuperont le siège présidentiel du Conseil de sécurité des Nations unies.

Le nouveau tour de manifestations anti-guerre fera pression sur l’administration Bush, mais l’étendue et l’impact actuels ne sont pas assez puissants pour arrêter les plans de Bush de désarmer Saddam Hussein. La décision de renverser Saddam Hussein ne vient pas seulement du désir de changer le modèle politique du Moyen-Orient et de contrôler les riches ressources pétrolières de la région, mais aussi des préparatifs de Bush pour les élections de 2004. Les États-Unis sont maintenant occupés à déployer des troupes et des armes dans le golfe Persique. La Grande-Bretagne, l’Australie et d’autres alliés des États-Unis ont aussi envoyé leurs navires de guerre dans la région. La guerre est inévitable, croit la communauté internationale. La seule question consiste à savoir quand elle va commencer.

Un autre point inquiétant du mouvement anti-guerre est son aspect commercial. Le courage des médias étatsuniens dans les activités anti-guerre a un but commercial. Le succès de CNN pendant la guerre du Golfe en 1991 prouve que les reportages sur les activités anti-guerre gagnent une cote d’écoute aussi importante que sur la guerre. La publicité des organisations anti-guerre est une source de revenus considérables pour les journaux, et certains sites informatiques ont déjà commencé à vendre des produits anti-guerre comme des tasses, des débardeurs, de la papeterie et des calendriers portant des slogans anti-guerre, des affiches, des livres et des cassettes. Certains considèrent même le mouvement anti-guerre comme une bonne occasion d’affaires, comme Noël ou les autres jours de fête, plutôt que comme un mouvement pacifiste. On ne sait pas encore très bien comment la tendance commerciale influencera l’avenir du mouvement.