SOCIETE

De quel genre d’éducation les enfants ont-ils besoin?

Au début de 2002, une série de livres contestant la soi-disant éducation des génies ont été publiés. Projet d’éducation joyeuse , Étudier à Harvard n’est pas nécessaire et Joyeux grâce à ma médiocrité étaient tous extrêmement populaires. Le premier tirage à 20 000 exemplaires de Joyeux grâce à ma médiocrité  a été raflé en deux mois.

Une jeune fille de la province du Sichuan est devenue très célèbre lorsqu’elle a été admise à l’université Harvard. Elle a raconté le chemin qu’elle avait parcouru dans Liu Yiting, fille de Harvard, livre réimprimé plus de 30 fois, avec quelque 1,2 million d’exemplaires vendus. Dès lors, les livres de ce genre sont devenus les préférés des parents, des titres Fille de l’Université de Beijing, Garçon de l’université Yale, Tous les parents peuvent réussir, et Chaque enfant est un génie.

D’après l’enquête faite par l’Institut de recherche sur les publications de Beijing, depuis que Liu Yiting, fille de Harvard a figuré sur la liste des best-sellers non littéraires en septembre 2000, 16 livres similaires se sont classés 84 fois parmi les 30 premiers best-sellers mensuels. Cependant, à partir du début de 2002, les ventes ont décliné.

En particulier Liu Yiting, fille de Harvard et Joyeux grâce à ma médiocrité représentent en fait deux conceptions d’éducation nettement différentes: modèle élitiste qui met l’accent sur le quotient intellectuel et modèle anti-élitiste qui se concentre sur le quotient émotif. La vente rapide de ces deux livres reflète combien le peuple se préoccupe de l’éducation, mais leurs angles conflictuels obligent à la rétrospection sur les différents buts de l’enseignement.

Le fou joyeux est préférable au génie pessimiste

Zhou Hong, auteur de Joyeux grâce à ma médiocrité : Mon principe éducatif, c’est que le fou joyeux est préférable au génie pessimiste.

La tentative d’encourager les enfants à devenir des génies est la source de tous les vices. Les parents animés de cette tentative sont en train de fonder leur propre bonheur sur les souffrances de leurs enfants. Je m’étais rangé à leurs côtés auparavant, mais la réalité m’a fait voir qu’être un génie signifie le sacrifice de la joie de l’enfance. Être joyeux ou être génial? J’ai choisi le premier.

Demander à un enfant de faire de la politique, des sciences et ainsi de suite vise seulement à l’entraîner à être une machine à mémoriser. L’éducation orientée vers l’examen et l’éducation orientée vers la qualité ont toutes deux cet objectif. Je suis contre les deux. Je souhaite voir ma fille devenir une personne joyeuse plutôt qu’un génie pessimiste.

Poursuivre apporte uniquement des souffrances alors que la médiocrité est la source du bonheur. Bien que la plupart d’entre nous soient prédestinés à être médiocres, ce mot indique une honte pour nous. Ceux qui se sentent heureux en étant médiocres pourront probablement s’avérer géniaux tandis que les enfants dont les parents souhaitent faire des types remarquables ne les seront pas forcément. Nous éprouverons beaucoup plus de relaxation si nous réalisons que notre enfant est et sera seulement une personne ordinaire.

Chen Wanyong, du China Youth Daily: La popularité de livres tels que Liu Yiting, fille de Harvard et Fille de l’Université de Beijing me rend très heureux parce qu’ils traduisent les soucis et l’enthousiasme du peuple pour l’éducation orientée vers la qualité. D’un autre côté, ils me préoccupent aussi, car la plupart des gens veulent seulement découvrir dans ces livres une recette utilitaire pour faire de leurs enfants de soi-disant génies.

Parlant d’une façon réaliste, les ressources éducatives limitées rendent ridicule l’envie de faire entrer tous les enfants à Qinghua ou à Harvard. C’est non seulement une violation de la maxime de l’éducation, mais également un étranglement de la vitalité des enfants.

Revenant à l’éducation de nos enfants, moins d’élitisme est mieux. Les enfants doivent jouir de leur enfance, d’une compréhension plus profonde et de plus de droits pour choisir, afin d’être sains d’esprit et de corps. C’est là notre meilleur espoir. Cela est plus important que de devenir un génie.

Les deux modèles d’éducation sont profitables

Chen Jianxiang, docteur en pédagogie de l’Institut de recherche sur les sciences pédagogiques de l’École normale supérieure de Beijing : Un fou n’est pas forcément heureux, tandis qu’un génie n’est pas forcément pessimiste. Ce n’est pas un choix de l’un ou de l’autre. Ce qui est rationnel, c’est de construire un nouveau modèle d’éducation sur la base de l’ancien.

La recherche de la joie semble non persuasive sans une définition précise de la joie. Je pense que même M. Zhou Hong ne peut nier que le génie ne soit pas forcément destiné à la tristesse.

Dans la période actuelle qui est au passage de la société semi-agricole et semi-industrialisée à la société informatisée, les nouveaux systèmes coexistent avec les anciens. Étant donné la diversité inhérente à la civilisation, nous ne pouvons pas juger d’une question complexe selon de simples règles ou logiques. Il en est de même pour l’éducation. L’ancien modèle éducatif orienté vers l’examen va coexister pendant longtemps avec le nouveau modèle orienté vers la qualité qui insiste sur la nécessité de forger la personnalité. Ainsi les gens de notre époque doivent se soumettre à l’influence de tous les deux.

Il existe effectivement certains défauts dans l’ancien système, mais après tout il nous procure des connaissances et compétences élémentaires, des formations systématiques et l’évaluation finale du niveau d’instruction. L’éducation donnée à l’extérieur de l’école doit être similaire à un supermarché où les gens qui font leurs études ont le droit de choisir le contenu, le plan et le processus, et peuvent accepter ou refuser. Les relations entre les deux genres d’éducation ressemblent aux rapports d’un magasin traditionnel à un supermarché au stade de l’économie de matières premières sous-développée. De ce fait, il n’est pas censé rejeter complètement le modèle éducatif traditionnel que nous devons intégrer organiquement dans l’éducation sociale. En recevant l’éducation à l’école, nous avons besoin d’établir un plan d’éducation qui s’adapte à toute notre vie, et de compléter les ressources de l’éducation scolaire en puisant dans celles de la société, y compris celles de la famille.

Pour les pédagogues et M. Zhou Hong, il est essentiel de dire à la société et aux familles que ces deux modèles éducatifs sont importants.

Les objectifs de l’éducation doivent être diversifiés

Li Jihong, du Nanfang Weekly : La popularité de deux genres de livres reflète la préoccupation du peuple sur l’éducation. Les deux points de vue conflictuels traduisent la réflexion sur le but de l’éducation. Cependant, jusqu’à présent, il n’y a pas eu de discussion profonde à ce sujet. En ce qui concerne les livres comme Liu Yiting, fille de Harvard, il faut nous demander si tous les enfants doivent et peuvent devenir des génies et quelle est la définition correcte du génie. Quant aux livres comme Joyeux grâce à ma médiocrité, nous pouvons nous demander si les fous sont heureux et si les génies sont vraiment pessimistes. Est-il vrai que plus nous sommes instruits, plus les points faibles émergent dans notre personnalité? Il faut que nous sachions quel genre d’éducation nous est nécessaire et quel est le but de ce genre d’éducation.

Le peuple qui prend grand plaisir à parler de croissance de soi-disant génie et s’occupe à l’imiter est effectivement poussé par l’utilitarisme. Bien que Liu Yiting ait été admise dans l’université Harvard, nous ne pouvons pas deviner son avenir maintenant. Le haut quotient intellectuel seul n’engendre pas le succès.

Mais les représentants de l’anti-génie passent d’une extrémité à une autre. Zhou Hong déclare que « le fou joyeux est préférable au génie pessimiste ». Il est très mauvais d’insister excessivement sur la joie aux dépens de l’éducation. La soi-disant joie n’est rien d’autre qu’une victoire imaginée. La satisfaction résultant du rejet des connaissances n’est pas une joie véritable.

D’après la sociologie, l’éducation permet à l’individu de cultiver l’art de vivre élémentaire, la capacité d’apprendre et la sensibilisation aux règles sociales par divers moyens, de sorte qu’il puisse être un membre qualifié et soumis aux règles de jeu dans la société. Les différents points de vue concernant l’éducation mettent trop d’accent sur ceux qui reçoivent l’éducation, et sont en conflit au sujet du choix d’un mode de vie. Les préconisateurs de ces idées manquent de connaissances sur le but de l’éducation. Ils sont soit trop utilitaires, soit trop cyniques. Ce qui est le plus important, c’est de savoir à quel genre d’éducation nous devons aspirer et quel moyen éducatif peut nous aider à réaliser notre but.

Dans une société qui tend à la diversification, l’éducation doit avoir pour objectif une saine personnalité. Il n’est pas nécessaire d’essayer d’adapter les gens à un certain nombre de modèles. Platon a déjà indiqué que le but de l’éducation est de permettre aux différentes personnes de faire le travail qui leur convient le mieux. La vraie éducation doit aider les gens à découvrir leurs intérêts et leur potentiel, et les orienter vers la réalisation de leur valeur maximale dans la vie. Quelles que soient les mesures à prendre, ceux qui sont instruits doivent avoir suffisamment d’espace pour la réalisation personnelle. C’est peut-être là le véritable objectif de l’éducation.