SOCIETE

La fortune du fermier chinois

LAN XINZHEN

Le nombre de fermiers chinois représente 63,91 % de la population totale, soit 807,39 millions. Parmi eux, 22,8 % ont encore des problèmes de nourriture et d’habillement ; 63,2 % n’ont plus ces problèmes : 3,7 % mènent une vie relativement aisée ; 0,3 % mènent une vie riche.

Le rapport du XVIe Congrès du PCC a fixé l’objectif d’édification d’une société où le peuple vit dans une modeste aisance pour les vingt premières années du XXIe siècle. Pour réaliser cet objectif, il faut que les fermiers puissent s’enrichir.

Le secrétaire général du Comité central du Parti communiste chinois, Hu Jintao, a dit au cours de la réunion de travail du Comité central sur les campagnes que la difficulté de la tâche consiste à réaliser dans les campagnes cette société de modeste aisance. Si les fermiers ne mènent pas une vie relativement aisée, la vie aisée du peuple chinois n’existe pas ; si la campagne ne réalise pas la modernisation, la modernisation du pays n’existe pas. Nous devons analyser le problème à ce niveau, attacher de l’importance aux problèmes de l’agriculture, de la campagne et des fermiers, et axer consciencieusement l’édification d’une société de modeste aisance sur la campagne.

Actuellement, le niveau des forces productives est encore bas dans les campagnes, le niveau de vie des fermiers n’est pas haut, des centaines de millions de personnes ne sont pas encore sorties de la pauvreté ; le développement de la cause sociale à la campagne retarde, les conditions médicales et sanitaires, d’enseignement et de culture laissent à désirer ; le développement entre la ville, la campagne et la région est déséquilibré, et l’écart tend à s’élargir. La tâche est très dure pour parer au retard de la campagne et promouvoir son développement. Moderniser l’agriculture, développer l’économie rurale et augmenter le revenu des fermiers sont les tâches importantes de la Chine au cours de l’édification d’une société de modeste aisance.

La situation actuelle des fermiers

Un grand nombre de personnes veillent beaucoup au niveau de vie des fermiers chinois depuis que la Chine a présenté l’objectif d’édification d’une société de modeste aisance.

Qian Jinbo et Wang Zhentao sont des fermiers ; leurs biens familiaux dépassent 100 millions de yuans.

Qian Jinbo a ouvert en 1995 l’usine de chaussures Hongqingting (libellule rouge) à Yongjia, dans la province du Zhejiang. L’entreprise compte actuellement cinq filiales et plus de 2 500 points de vente, pour un chiffre d’affaires annuel de 830 millions de yuans.

Wang Zhentao a aussi établi, en 1988, l’entreprise Aolin à Wenzhou, dans la province du Zhejiang. En 1995, cette entreprise est devenue le groupe Aokang, dont l’actif actuel dépasse 500 millions de yuans. Aokang compte quelque 100 organismes de marketing, 2 000 magasins exclusifs, 88 boutiques et comptoirs spéciaux installés dans les grands magasins, et trois comptoirs spéciaux en Italie et aux Pays-Bas.

Ye Gengsheng, 58 ans, fermier de Zhenjiang, dans la province du Jiangsu. En 1989, il a entrepris l’aquiculture. Il possède actuellement quatre bassins de pisciculture et deux mares aux canards. En 2000, ses économies ont dépassé 100 000 yuans ; entre janvier et octobre 2002, la consommation familiale de Ye a atteint 33 922 yuans, dont 9 840,60 yuans pour la consommation alimentaire. Le coefficient Engel n’est que de 29 %.

Conformément à la norme fixée par le gouvernement chinois, si le revenu net annuel dépasse 3 000 USD par personne, on peut parler de niveau d’aisance. Évidemment, les trois personnes susmentionnées mènent une vie riche. Mais le nombre de fermiers dans leur situation n’est pas élevé en Chine, soit seulement 0,3 % de leur nombre total.

Wu Yancheng et ses trois fils, fermiers du district de Linyi, dans la province du Shanxi, font du commerce et cultivent la terre. En 2002, leur revenu a atteint 278 000 yuans. La famille dispose de quatre maisons d’une superficie totale de plus de 300 m2, un tracteur, quatre téléviseurs, trois machines à laver. Ses biens dépassent 300 000 yuans, soit plus de 16 000 USD par personne.

En Chine, la plupart des fermiers ont un revenu net annuel entre 200 et 3 000 USD.

La Chine compte actuellement quelque 26 millions de fermiers ayant encore des problèmes de nourriture et d’habillement, soit  22,8 % du nombre total des fermiers chinois.

Yang Yusheng, 40 ans, fermier du district de Lanxian, dans la province du Shanxi, a construit dans les années 1970 une petite maison de trois pièces, d’une superficie d’à peine un peu plus de 20 m2. Dans la maison, il y a l’électricité, mais pas d’électroménagers ; les biens totaux ne dépassent pas 10 000 yuans. Le maïs et l’avoine produits par Yang sont sa nourriture principale ; il consomme rarement de la viande et mène une vie pénible selon le seuil de pauvreté fixé par l’État, soit 625 yuans.

Les fermiers pauvres, comme Yang, sont principalement dispersés dans 125 districts des cinq provinces du Gansu, du Guizhou, du Yunnan, du Shanxi et du Shaanxi, et de la région autonome du Xinjiang. Les mauvaises conditions géographiques, les difficultés climatiques, le déséquilibre écologique, la fréquence des calamités naturelles, les transports difficiles et l’information déficiente caractérisent ces régions. Certains endroits subissent la sécheresse et manquent d’eau potable pour les hommes et les animaux. Certaines régions manquent aussi de ressources ; les maladies endémiques y sont graves, par exemple, la démence et l’arthrite articulatoire. Les mauvaises conditions naturelles sont les causes principales limitant le développement économique rural. Jusqu’à aujourd’hui, les diverses mesures prises contre la pauvreté n’ont pas pu empêcher les calamités naturelles. En somme, les fermiers des régions sont encore soumis à la grâce du ciel. Si la récolte est abondante, on n’a plus de problème de nourriture ; par contre, on mène une vie pénible. Le gouvernement chinois attache de l’importance à ces régions, et considère le problème d’éradication de la pauvreté comme la « dernière forteresse ».

Grand écart du revenu

Le revenu d’ensemble des fermiers chinois est très bas. Qiu Xiaohua, directeur adjoint du Bureau d’État des statistiques de Chine, a dit que l’écart du revenu entre les habitants urbains et ruraux est de 3 : 1 dans les documents, mais que l’écart réel doit être de 5 : 1, même 6 : 1.

En 2002, le revenu des fermiers du pays était en moyenne de 2 366 yuans par personne, celui des habitants urbains, 6 860 yuans, un écart de 1 : 3 en apparence. En réalité, du revenu des fermiers, 40 % est un revenu en nature. Les fermiers n’ont que 1 800 yuans liquides pour l’achat de marchandises et de services, soit en moyenne de 150 yuans par mois. De ces 150 yuans, 20 % sont destinés à la reproduction élargie de l’année suivante, par exemple, l’achat des semences, des insecticides, des engrais chimiques et du gazole. Si dans le revenu des habitants urbains on inclut l’allocation accordée dans le cadre de la protection sociale, l’écart entre ville et campagne peut atteindre 6 : 1.

Le revenu des fermiers a un grand écart d’une région à l’autre. Selon l’estimation du Bureau d’État des statistiques de Chine, les habitants des régions de l’Est vivent presque tous dans une modeste aisance, de même que 78 % de ceux du Centre, et 56 % de l’Ouest.

Augmentation du revenu des fermiers

Chen Xiwen, directeur adjoint du Centre de recherche sur le développement du Conseil des affaires d’État, a dit que le gouvernement central considère l’élargissement de la demande intérieure, le développement de l’agriculture et de l’économie rurale, l’augmentation du revenu des fermiers, surtout des fermiers pauvres, comme le travail principal du gouvernement.

En dépit du manque de ressources financières, le gouvernement chinois a pris une série de mesures pour renforcer l’agriculture et augmenter le revenu des fermiers ; par exemple, l’accélération de l’urbanisation, l’augmentation de la superficie de la reconversion de terres cultivées en forêts et l’exploitation contre la pauvreté. Par ailleurs, il a augmenté l’investissement dans l’agriculture et la construction rurale, renforcé l’installation d’infrastructures dans les campagnes en relation directe avec la production et la vie des fermiers, afin d’augmenter directement leurs revenus. Ces deux dernières années, les bons du Trésor destinés à l’installation d’infrastructures dans les campagnes représentent un fort pourcentage.

Le gouvernement entreprend la réforme fiscale à la campagne afin d’alléger efficacement les charges des fermiers. Pour soutenir cette réforme, les finances centrales ont réuni des capitaux spéciaux. Par ailleurs, le gouvernement chinois est en train de réduire les projets fiscaux qui oppriment les fermiers.

Au fur et à mesure du développement économique et du renforcement des ressources financières, l’État réajustera la distribution du revenu national et la structure de la dépense financière, augmentera le soutien de l’économie rurale et de la cause sociale et la subvention directe de la production agricole.

Conformément aux conditions locales, les gouvernements locaux prennent des mesures différentes pour augmenter le revenu des fermiers. Plusieurs régions font du déplacement du surplus de main-d’œuvre rurale une voie importante de cette augmentation. Le Sichuan est la plus grande province d’exportation de main-d’œuvre ; le revenu des fermiers à l’extérieur est en moyenne de 632 yuans par personne. Le « Réseau d’information sur les services dans les régions de l’ouest de Chine » établi par le Sichuan a lié 63 grands sites Internet du pays et 55 organismes chinois à l’étranger, ce qui a contribué à améliorer  l’informatisation des services. Pour intensifier la compétitivité de la main-d’œuvre rurale, le Sichuan entreprend la formation des travailleurs migrants ; 373 000 personnes ont reçu le certificat de classe technique.

La province du Hubei accélère le réajustement de la structure agricole. Prenant le réajustement des régions céréalières et cotonnières comme une brèche, elle s’est fixé comme orientation du développement la régionalisation, la bonne qualité, et l’industrialisation ; elle accélère la transformation de l’agriculture traditionnelle par les sciences et les technologies modernes, améliore la qualité des produits agricoles et leur force concurrentielle sur le marché, établit certains centres de production d’aliments « verts » afin d’augmenter le revenu des fermiers.

Par ailleurs, le gouvernement chinois encourage le développement des entreprises rurales. Selon les statistiques du ministère de l’Agriculture, à la fin de 2002, 133 millions de personnes travaillaient dans les entreprises rurales, soit plus de 25 % de la main-d’œuvre rurale. Le revenu des fermiers provenant de l’entreprise rurale était en moyenne de 850 yuans par personne, soit 34,4 % du revenu net par personne.