La réforme des entreprises publiques

LI RONGXIA

Interview de Wang Guangxing, député à l’APN et président du conseil d’administration du groupe Coconut Palm

Représentant de l’entreprise publique, Wang s’intéresse beaucoup à la réforme du système de gestion des actifs publics.

Wang a dit que conformément à la réforme institutionnelle, l’établissement de la Commission de gestion sur le contrôle des actifs publics jouera certainement un rôle important dans la réforme des entreprises publiques. Mais libérer les esprits des membres de cette commission est le point le plus important.

Li Changchun, membre du Comité permanent du Bureau politique du Comité central, compare la libération des esprits à un interrupteur général : si le dernier est fermé, le courant ne passe pas. Li a cité trois phrases du Rapport de Jiang Zemin au XVIe Congrès du PCC : « Nous devons aussi poursuivre et approfondir la réforme. Nous devons rompre résolument avec toute idée et toute conception qui gênent le développement, de même qu'il faut rejeter toute pratique, toute réglementation et toute tare qui entravent le système. » Par conséquent, Wang trouve que l’établissement de la Commission de gestion sur le contrôle des actifs publics est favorable à la préservation et à l’accroissement de la valeur des entreprises d’État. Le plus important, c’est d’entreprendre la réorganisation de l’actif des entreprises publiques et appliquer la diversification.

Dans quel contexte les entreprises publiques se développent-elles?

Le groupe Coconut Palm s’est développé lorsque les entreprises privées et les entreprises à capitaux  mixtes n’étaient pas encore développées il y a onze ans. Nous n’étions en compétition qu’avec les entreprises publiques. Notre grande rentabilité économique a éliminé un grand nombre d’entreprises publiques similaires. Maintenant, les choses sont différentes parce que les entreprises privées et les entreprises à capitaux mixtes sont aussi développées ; elles nous font concurrence. Les entreprises privées et les entreprises à capitaux mixtes ne comptent pas beaucoup d’employés, leur rentabilité économique est assez haute. Les entreprises d’État ont une basse rentabilité économique et emploient un grand nombre de travailleurs ; leur coût de revient est aussi haut. À cet égard,  les entreprises d’État ne peuvent pas être en compétition avec les entreprises non gouvernementales. 

Où est la supériorité des entreprises privées ?

Le bas prix constitue la supériorité des entreprises non gouvernementales dans la concurrence. La pratique montre qu’une fois que les entreprises privées ou à capitaux mixtes d’une industrie quelconque connaissent un grand développement, les entreprises d’État sont dans l’embarras. En Chine, cette situation s’est produite dans de nombreuses industries. À Hainan, par exemple, les industries d’imprimerie et de carton publiques ont été fermées. En 1993, le prix des produits de l’entreprise privée de Shunde, dans la province du Guangdong, était moins élevé que celui des produits locaux ; c’est pourquoi nos industries ne pouvaient fonctionner normalement. Quant à la situation générale du pays, Changhong et Konka, deux grands fabricants d’électroménagers publics, sont en compétition avec Skyworth, entreprise privée de Shenzhen. Ces deux années, le chiffre d’affaires de ces deux entreprises a baissé de 20 à 30 % tandis que celui de Skyworth connaissait une augmentation de quelque 30 %. Le directeur de Changhong a dit que pour l’entreprise publique, la solution réside en définitive dans la réforme profonde. Qu’est-ce qu’on réforme ? Le droit de propriété. Si on ne change pas le droit de propriété, les entreprises publiques ne pourront soutenir la compétition avec les entreprises privées.

Quelle est la différence entre les entreprises privées et les entreprises publiques ?

L’entreprise privée appartient à l’individu. Le propriétaire doit y mettre tous ses efforts pour protéger ses intérêts et éviter la faillite. Pour les entreprises publiques, le déficit et la faillite sont du domaine public. Les directeurs n’ont pas de soucis parce que leurs intérêts ne sont pas en jeu. Pour cette raison, la réforme est l’unique voie de survie des entreprises publiques. L’ex-premier ministre Zhu Rongji a dit au cours de la session de l’APN de cette année que sans cette réforme, les entreprises publiques s’enfonceront dans une impasse. 

Si l’on ne supprime complètement les abus du système des entreprises publiques, Coconut Palm, entreprise pilote à Hainan, n’aura plus de perspective de développement.

Le groupe Coconut Palm a été précédé par une usine de boîtes de conserve. Au début de la réforme et de l’ouverture, l’entreprise connaissait des déficits chaque année ; en 1985, elle était au bord de la faillite. Depuis que je suis devenu directeur de ce groupe en 1986, nous avons approfondi petit à petit la réforme, exploité l’espace de marché afin de nous développer rapidement. Grâce à la réforme, nous avons remboursé tous les crédits, et comptont maintenant quelque 600 millions de yuans de capitaux nets. En 2002, notre valeur de la production a atteint deux milliards de yuans, se classant au deuxième rang à Hainan. Le montant des impôts versés à l’État était de quelque 100 millions de yuans.  La production globale a atteint 240 000 tonnes. Nos produits sont dans tous les coins du pays et nous exportons aussi vers 24 pays et régions.

Notre performance repose sur la réforme. Avant 1995, grâce à la réforme du mécanisme au sein de l’entreprise, surtout la réforme du système de distribution, la rentabilité économique a augmenté. Nous avons gagné la compétition avec les autres entreprises publiques et connu un développement remarquable. Puis, les entreprises privées et les entreprises à capitaux mixtes se sont développées rapidement. La réforme ordinaire du mécanisme ne pouvait aider Coconut Palm à combler les abus causés par le système. Premièrement, les entreprises réformées et non réformées existaient parallèlement, ce qui entravait le développement. Deuxièmement, on n’avait pas encore séparé les organes de prise de décision et de gestion, ce qui a produit un groupe de direction manquant de jeunes cadres intelligents, dynamiques, pleins d’initiative et connaissant le marketing et la gestion. Troisièmement, on n’avait pas complètement éliminé le « bol de riz en fer » et il est difficile de former un mécanisme d’élimination par la concurrence. La réforme autrefois ne faisait que soulager temporairement sans prendre de mesures radicales.

Par conséquent, depuis 1997, la réforme approfondie du système d’entreprise est commencée. Nous avons transformé l’entreprise publique en entreprise à capitaux diversifiés et appliqué le mécanisme d’élimination par la concurrence et de séparation des organes de prise de décision et de gestion. En ce qui concerne le droit de propriété, les employés détiennent un certain nombre d’actions, mais l’intensité n’est pas forte. Nous poursuivons la réforme, laquelle les dirigeants provinciaux et municipaux suivent de près. Les provinces du Zhejiang et du Guangdong font bien ce travail. Définir clairement le droit de propriété est la tâche principale de la réforme à venir. L’organe de gestion achète le droit de propriété de l’entreprise publique après l’évaluation de l’actif. L’organe de gestion détient la majorité des actions en établissant une liaison avec les intérêts. Si l’entreprise ne fonctionne pas, le gestionnaire se ruine. Le système actuel d’entreprise publique n’a pas de force motrice ni de pression. Si une entreprise publique est ruinée, l’intérêt de la famille n’en subit aucune conséquence. Je crois que la réforme du droit de propriété apportera de belles perspectives à notre entreprise.