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Développer parallèlement les villes et les campagnes

Li Rongxia

Le revenu moyen des fermiers aurait dû atteindre 1 200 yuans par personne à la fin de 2000, mais il était en réalité de 1 066 yuans, et l’écart entre les travailleurs urbains et ruraux s’élargit. Les experts prévoient que cet écart affectera la réforme et l’ouverture de la Chine, et la réalisation d’une société d’aisance générale.

Les problèmes relatifs à l’agriculture, aux régions rurales et aux fermiers étaient des points de mire du « Rapport sur le travail du gouvernement » de Zhu Rongji à la Xe Assemblée populaire nationale (APN) qui a pris fin le 18 mars, de même que des discussions des réputés à l’APN. Le rapport insistait : « continuer d’accorder au développement de l’agriculture, à l’économie rurale et à la hausse du revenu des fermiers la priorité dans notre travail économique. »

Li Changshui, fermier du Hebei, considère qu’il a de la chance. Bien que ce cultivateur ne puisse nourrir, habiller et faire instruire ses quatre enfants avec le seul revenu de sa terre, au moins peut-il envoyer tous ses enfants à l’école.

« Actuellement, le plus grand défi des fermiers est constitué des divers frais qui affectent l’instruction de leurs enfants et leur niveau de vie », dit Li.

Près de la cinquantaine, Li n’a pas eu de bonne récolte ces dernières années, et la famille ne garde qu’une petite part pour elle-même, le reste servant à payer les impôts agricoles. Par ailleurs, Li gagne un revenu supplémentaire en fabriquant des briquettes de charbon l’hiver.

La fille aînée de Li fréquente un institut dans une autre province. Li dit que la plupart des autres familles ne peuvent se permettre d’envoyer qu’un ou deux de leurs enfants au primaire ou au premier cycle du secondaire.

L’attention sans précédent accordée aux problèmes des campagnes par la récente APN et la Conférence consultative politique du peuple chinois (CCPPC) n’est pas passée inaperçue.

« J’ai pleine confiance dans les nouveaux dirigeants élus. Je les crois capables de conduire le peuple chinois vers une société d’aisance générale et en même temps vers une vie heureuse et un meilleur avenir », dit-il.

Ces dernières années, le revenu des fermiers a augmenté lentement, bien que la réforme et l’ouverture aient aidé à améliorer considérablement le niveau de vie.

Li dit que les fermiers rêvent d’augmenter leurs revenus. Il suggère que le gouvernement investisse davantage dans le développement de l’agriculture, par exemple dans la construction d’infrastructures agricoles et le développement des produits de ferme. Une somme considérable devrait être allouée aux régions rurales démunies pour aider les enfants à accéder à l’instruction supérieure dans des domaines relatifs à l’agriculture.

Aider les fermiers c’est aider la Chine

« Construire une société d’aisance générale, ce ne sont que des paroles en l’air si nous ne réussissons pas à améliorer les revenus des fermiers », dit Wan Baorui, député à l’APN et sous-ministre de l’Agriculture.

Cette expression avait été prononcée la première fois au XVIe Congrès du Parti communiste chinois en novembre dernier.

Si la Chine veut étendre la richesse au peuple entier, avancent les experts, la première tâche des deux prochaines décennies consiste à résoudre les problèmes de l’agriculture, des régions rurales et des fermiers et de créer un niveau de prospérité moyenne dans les campagnes.

Dans son rapport, l’ex-premier ministre Zhu Rongji a dit que ces problèmes ne peuvent être négligés car ils sont partie intégrante de la réforme générale de la Chine, de l’ouverture et de la modernisation.

Les données du Bureau d’État des statistiques montrent que 13 des 16 conditions d’une société d’aisance générale en Chine avaient été atteintes en 2000. Les trois autres sont directement liées aux régions rurales. Le revenu des fermiers était encore inférieur de 134 yuans (selon l’indice des prix de 1990) à ce qu’il devait être en 2000. Les protéines absorbées par personne étaient de 70 g, soit 5 g de moins que les critères nationaux. Enfin, plusieurs districts n’ont pas encore d’assurance santé élémentaire.

« La clé de la construction d’une société d’aisance générale réside dans l’accroissement des revenus des fermiers, mais l’élargissement de l’écart entre villes et campagnes est très inquiétant », dit Wan Baorui.

En 2002, le revenu net des habitants ruraux était de 2 476 yuans, moins du tiers des 7 703 yuans par personne de revenu libre des résidants urbains.

Wan ajoute que 20 % du revenu des fermiers sert à acheter des engrais, des semences et autres moyens de production, et que 40 % est payé en nature, de sorte que leur revenu libre pourrait être encore inférieur à 1 000 yuans.

Tang Xiuting, député à l’APN et président de la Commission provinciale de planification du Heilongjiang, note que des écarts existent aussi dans le bien-être social. Les résidants des villes bénéficient de subventions pour le logement, d’indexation pour la hausse du coût de la vie, ainsi que de diverses formes d’allocations comme les soins médicaux, l’assurance chômage, le revenu minimum garanti, mais que la majorité des fermiers n’ont rien de cela. De grands écarts se voient aussi dans l’éducation. La Chine a imposé la scolarité obligatoire de neuf ans dans tout le pays, mais dans les régions rurales, le taux de fréquentation au primaire et au premier cycle du secondaire est beaucoup plus bas que dans les villes, et le taux d’abandon des études dans les campagnes est plus haut que dans les villes. Écarts également dans les allocations financières et les salaires des enseignants.

Qiu Xiaohua, membre du Comité national de la CCPPC et directeur adjoint du Bureau d’État des statistiques, dit que le ratio du revenu ville-campagne pourrait être aussi haut que 6 : 1, tandis que dans la plupart des pays il est de 1,5 : 1.

Lin Yuquan, député à l’APN et directeur du Département de l’agriculture de la province de Hainan, indique que les économies rurale et urbaine sont inter-reliées et dépendantes. Les séparer à long terme engendre un cercle vicieux de restrictions mutuelles, dit-il. La demande intérieure actuellement insuffisante est directement liée au faible pouvoir d’achat rural. La population rurale représente 70 % du total du pays, tandis que les avoirs financiers ruraux et le pouvoir d’achat ne comptent que pour 30 et 40 % respectivement.

Plusieurs économistes pensent que le bas revenu des fermiers nuira de plus en plus à la consommation rurale qui, à son tour, affectera le développement industriel. Par conséquent, les problèmes de l’agriculture, des régions rurales et des fermiers pourraient être les plus graves dangers cachés de la croissance économique de la Chine.

Comment cela s’est-il produit?

Plusieurs croient que la double structure urbaine et rurale est un facteur important de l’écart entre les régions. Cette structure traite les foyers urbains et ruraux tout à fait différemment en matière de revenu, instruction, soins médicaux et bien-être social. Depuis le début de la réforme, le développement urbain a progressé beaucoup plus rapidement que la croissance rurale, même si l’économie des campagnes a connu des progrès considérables. L’écart augmente donc.

« Une des causes essentielles des trois problèmes liés aux campagnes est que nous mettons plus d’accent sur la restructuration du secteur des cultures », dit Ji Chuntang, maire de Hengshui dans la province du Hebei.

Les régions rurales ont été écrasées par un marché stagnant et une structure de production irrationnelle.

Le député Tang Xiuting dit que la structure économique actuelle représente une période nécessaire que connaissent tous les pays dans le processus d’industrialisation. Toutefois, la double structure a des limites, dit-il. Dans le système chinois d’enregistrement, la force de travail ne peut se déplacer librement. Les fermiers qui travaillent dans les villes sont sujets à des mesures discriminatoires et n’ont pas l’aide nécessaire dans l’emploi, le bien-être social, l’instruction, les soins médicaux et d’autres domaines.

Aussi, le taux d’impôt par personne est beaucoup plus élevé pour les citoyens ruraux que pour les foyers urbains. Les systèmes fiscal, financier et scolaire actuels ne concourent pas au développement rural.

Tang ajoute que l’écart entre ville et campagne a mené à la stagnation dans le processus d’urbanisation, et a érigé des barrières qui empêchent le transfert du surplus de main-d’œuvre rurale.

La solution

Le XVIe Congrès national du PCC et le Rapport sur le travail du gouvernement de la Xe APN ont tous deux insisté sur la nécessité de « développer les économies urbaine et rurale de façon unifiée ». Des membres de l’APN y voient la solution des trois problèmes ruraux.

Ji Chuntang dit que le développement unifié sort de la façon traditionnelle de penser, et que les problèmes ruraux doivent être considérés dans le contexte global de l’économie nationale et du développement social.

Le député Tang Xiuting dit que le but du développement unifié est de concentrer les efforts de tout le pays afin de moderniser les régions rurales. La pratique internationale montre que quand le PIB par personne d’un pays atteint 800 – 1 000 USD, le secteur agricole commence à bénéficier du secteur industriel. La Chine vient tout juste d’accéder à ce stade.

Développer de pair les régions urbaines et rurales est une énorme tâche qui impliquera tous les aspects de la vie sociale et économique.

Changer la structure d’opposition ville/campagne. Zhang Li, maire de Handan dans la province du Hebei, dit que la clé de l’unification de l’économie rurale et urbaine et du développement social réside dans le changement de la double structure et dans l’établissement de relations harmonieuses et complémentaires entre les régions urbaines et rurales dans un système d’économie de marché. Il faut faire des efforts pour réajuster la distribution du revenu national et les dépenses et pour accroître l’appui à l’agriculture et sa protection. « Nous devons réformer promptement le système d’enregistrement de la résidence afin d’accélérer le processus d’urbanisation. Il est aussi impératif d’établir un système financier public pour promouvoir le développement de l’instruction rurale, de la santé publique et d’autres secteurs des campagnes », dit Zhang.

Unifier le marché du travail. « Nous devons réaliser une percée pour former un marché du travail urbain et rural unifié », dit le député à l’APN Lin Yuquan. « Pour résoudre les trois problèmes relatifs aux campagnes, il faut promouvoir énergiquement l’urbanisation afin d’augmenter les occasions d’emploi et d’encourager le surplus de main-d’œuvre à passer à des secteurs non agricoles, et réduire ainsi graduellement la population agricole. Tout le monde doit être sur un pied d’égalité, citadins ou fermiers, résidants permanents ou travailleurs migrants, avec ou sans enregistrement local. Il faut éliminer les obstacles que présente le système d’enregistrement actuel. »

Intégrer les industries rurales et urbaines. « Nous devons ajuster la stratégie de développement des entreprises rurales pour réaliser l’intégration des industries rurales et urbaines », dit Ji Chuntang. Il faut établir une chaîne industrielle des campagnes aux villes. Les entreprises rurales devraient continuer à viser les secteurs de main-d’œuvre intensive afin d’utiliser pleinement les ressources locales, le savoir-faire traditionnel et les marchés particuliers. »

Développer le traitement intensif. Pour accroître les revenus du secteur agricole, il faut faire deux choses : restructurer la production de céréales et développer le traitement intensif des produits de ferme », dit Li Rongjie, président du groupe Fengyuan de l’Anhui. « Le traitement limité des produits ne peut favoriser le développement de l’agriculture. En Chine, le ratio de la valeur de production des produits finis face à la production agricole totale est de 0,79 : 1, tandis que dans les pays développés il est généralement de 3,4 : 1. Le taux de traitement intensif des produits de ferme en Chine est inférieur à 30 %, mais dans les pays développés, il est de 70-90 %. La Chine doit investir beaucoup dans l’importation de produits agricoles traités, alors que d’énormes quantités de ses propres produits sont sommairement traités ou sont entreposés. »

Accélérer l’urbanisation. « Les statistiques montrent que le niveau technologique et la composition des capitaux dans les bourgs sont beaucoup inférieurs à ceux des grandes et moyennes villes », dit Ji Chuntang. « Il faut investir environ 15 000 yuans pour employer un travailleur dans les grandes villes, mais seulement 4 000 dans les petites. De plus, les petites villes se trouvent généralement à proximité des campagnes, ce qui réduit les coûts des fermiers et les risques inhérents à la recherche d’emploi dans les villes. Par conséquent, l’urbanisation des campagnes est le moyen de construire une société d’aisance générale. »

En fait, pour résoudre les trois problèmes ruraux et rétrécir l’écart entre les régions urbaines et rurales, l’État a récemment formulé une bonne vingtaine de mesures pour accroître le revenu des fermiers et promouvoir le développement économique rural. Ces mesures encouragent les fermiers à passer aux secteurs non agricoles de façon ordonnée, à entreprendre la transformation des frais en taxes dans les régions rurales, et à réduire du tiers le fardeau des frais et taxes des fermiers.

La Chine a décidé de verser les revenus des nouveaux bons du Trésor aux infrastructures rurales de petite ou moyenne dimension, et de rendre la terre à la forêt. Dans les prochaines années, les nouvelles dépenses en éducation, santé publique et culture iront surtout aux campagnes de façon à rétrécir l’écart avec les villes dans le développement des divers secteurs sociaux. En outre, la réforme du système médical rural est commencée, visant à améliorer la possibilité pour les fermiers de bénéficier aux soins de santé.

Indices économiques ruraux

Année

1990

1995

2001

Population totale (millions)

895,90

916,74

933,83

Force de travail (millions)

420,02

450,42

482,29

Valeur de production de l’agriculture, la foresterie, l’élevage et la pêche (milliards de yuans)

766,21

2 034,09

2 617,96

Valeur ajoutée de l’agriculture, la foresterie, l’élevage et la pêche (milliards de yuans)

501,70

1 199,34

1 541,19

Valeur de production des principaux produits de ferme

(en millions de tonnes)

Année

1990

1995

2001

2002

Céréales

446,24

466,62

452,64

457,11

Coton

4,51

4,77

5,32

4,92

Oléagineux

16,13

22,50

28,65

29

Plantes sucrières

72,15

79,40

86,55

101,51

Porc bœuf mouton

25,14

42,65

50,26

65,90

Produits aquatiques

12,37

25,17

43,81

45,13

Fruits

18,74

42,15

66,58

68,09

Prix ruraux

(Année précédente = 100)

Année

1990

1995

2001

Indice du prix au détail des produits à usage rural (%)

103,2

116,4

99,6

Indice des moyens de production agricole (%)

105,5

127,4

99,1

Indice des prix à la consommation de la population rurale (%)

104,5

117,5

100,8

 

Vie des fermiers

Année

1990

1995

2001

2002

Revenu net par personne (yuans)

686,3

1 577,7

2 366,4 

2 476

Dépenses courantes par personne (yuans)

584,6

1 310,4

1 741,1

Instruction et santé dans les campagnes

Année

1990

1995

2001

Inscriptions totales

Secondaire premier cycle ordinaire (millions de personnes)

27,39

27,73

32,79

École primaire ordinaire (millions de personnes)

95,96

93,06

86,05

École supérieure pour fermiers (personnes)

353

966

800

École secondaire de métiers agricoles (personnes)

112 574

191 769

126 600

École de formation aux techniques agricoles (millions de personnes)

10,50

49,49

64,17

Nombre de lits dans les cliniques rurales

723 000

733 000

740 000

Nombre de travailleurs médicaux (personnes)

777 000

919 000

1 028 000

Population rurale pauvre

Année

Seuil de pauvreté (yuans)

Population (millions de personnes)

Taux (%)

1990

300

85

9,4

1995

530  

65

7,1

2000

625  

32,09

3,4

2001

630  

29,27

3,2

2002

 

28,2