POLITIQUE

Les attaques militaires américaines contre l’Irak se répercutent
sur la vie quotidienne des Chinois

Des problèmes dus à ces opérations, comme la hausse en flèche des prix du pétrole,
affectent les industries concernées de la Chine.

TANG YUANKAI

« Maintenant, je dois payer les opérations militaires étatsuniennes tous les jours ! » dit Ye Wei, chauffeur de taxi de Beijing, se plaignant tout en plaisantant.

Ces derniers jours, il est bien sensible à l’évolution des prix de la station d’essence. Il y a un mois, les prix de l’essence ordinaire, déjà augmenté, était inférieur à 3 yuans le litre. « À partir du premier février, il a dépassé 3,2 yuans. »

Beaucoup d’autres Chinois, eux-aussi, ont découvert que la guerre de l’Irak, pourtant très loin de la Chine, a des effets sur leur vie quotidienne.

Le 10 octobre 2002, l’Administration nationale de l’aviation civile a annoncé que les prix des billets d’avion augmenteraient d’environ 6 % du fait des effets de la « hausse des prix du combustible sur le marché international ». Cette année, du fait que l’essence à usage de l’aviation a augmenté de 380 yuans par tonne sur le marché international, les prix de tous les vols intérieurs sont augmenté de 17 % à partir du 10 février. En même temps, le prix des actions des compagnies d’aviation civile cotées en Bourse a baissé considérablement.

La hausse en flèche des prix du pétrole a également des effets sur les industries concernées. Les prix du polymère et des matières premières du plastique ont augmenté d’environ 10 % et les prix des produits en plastique et en caoutchouc sont également en hausse. Par exemple, le plastique a atteint 6 800-6 900 yuans la tonne, soit une centaine de yuans de plus qu’avant février. Les hauts prix du pétrole ont également fait monter les prix des autres sources d’énergie dont le gaz naturel. À la fin de 2002, en moins de deux semaines, le prix au détail du gaz en bombonne (14,5 kg) a augmenté de 3-4 yuans. Par ailleurs, l’électricité, le charbon, le textile, ensuite les céréales et de nombreux moyens de production et de vie ont été touchés. Des spécialistes ont indiqué : la hausse des prix du pétrole de 10 USD par baril a, en général, un effet de 0,1 % sur le taux de croissance économique d’un pays, mais pour la Chine, ce chiffre serait de 1 %.

Lors de la première guerre du Golfe, les Bourses de Shanghai et de Shenzhen ont été ouvertes seulement quelques mois ; douze ans après, la situation du Golfe est de nouveau tendue, et les Bourses chinoises sentent nettement son influence. Le 10 février, les deux Bourses ont fermé avec une baisse supérieure à 1,3 %. Pourtant, les actions d’une compagnie de la province du Shandong qui vend des produits pétroliers, et exploite et vend de l’or sont devenues les « vedettes » de Bourse, se classant premières avec une hausse de prix de 9,95 %.

Il y a douze ans, la hausse en flèche des prix du pétrole, due à la « tempête du désert » déclenchée par les troupes multinationales à la suite des États-Unis, était favorable à la Chine, pays exportateur de pétrole.

Il y a vingt ans, l’offre et la demande de pétrole étaient équilibrés ; la consommation n’était, en moyenne, que de 242 kg par habitant, de loin inférieure à celle du monde (1 218,4 kg). Ces dernières années, le développement économique est accompagné par une demande de pétrole, qui augmente par bond, beaucoup plus vite que la croissance de la production. La Chine est devenue ainsi le troisième grand pays consommateur de pétrole, juste après les États-Unis et le Japon, et un grand pays importateur de pétrole. En 2001, ses importations ont dépassé 60 millions de tonnes. Elle est donc sujette au choc des événements inopinés.

Les informations montrent que ces dernières années, la dépendance de l’importation du marché chinois s’accroît d’année en année, passant de 6,6 % en 1995 à 25 % en 2000, et à 30 % cette année et ce pourcentage, selon des spécialistes, s’élèvera à 32,5 % en 2005. Les deux tiers viennent du Moyen-Orient. Les importations atteindront 100 millions de tonnes en 2005, 200 millions de tonnes en 2020 et, les importations journalières passeront de moins de 2 millions de barils actuellement à 9,8 millions en 2030. Dans la « Perspective de l’énergie internationale » publiée par le Département de l’énergie des États-Unis, il est indiqué que dans les vingt ans à venir, la quantité de pétrole importée  par la Chine atteindra 740 millions de barils par jour, soit l’équivalent de la quantité totale de toute l’Europe. « La Chine deviendra ainsi le deuxième pays importateur du monde juste après les États-Unis. »

Selon le calcul d’experts de la compagnie pétrochimique de Chine (Sinopec Corp.), sur la base actuelle de l’importation quotidienne de 2 millions de barils, si le prix du pétrole augmente de 5 USD par baril sur le marché international, la Chine devra débourser 10 millions de USD de plus par jour.

 « Le développement rapide de l’économie chinoise rend plus déficient l’approvisionnement en pétrole », indique Cao Xiao, directeur de l’Institut d’études sur les politiques économiques relevant de Sinopec.

L’année dernière, un événement a été considéré comme « marquant » par les médias et les spécialistes. Le Sinopec et le magnat du pétrole américain Exxon Mobil Chemical ont signé un contrat d’une valeur de 3 milliards de USD. La coopération comprend l’augmentation de la capacité de production d’une raffinerie du Fujian de 80 000 barils à 240 000 barils par jour. Par ailleurs, Mobil va construire 1 100 stations d’essence dans le sud de la Chine.

Le nom Mobil n’est pas inconnu des vieux Chinois. Dans les années 1930, la lampe à pétrole était surnommée « mobil ». Trente années après, les Chinois ont commencé à utiliser le pétrole exploité dans les champs pétrolifères du pays même.

« Le retour de Mobil n’est pas une simple « transmigration de l’histoire ». Lors de son retour en Chine, Mobil a découvert une Chine changée », indique un commentaire.

Selon Ma Liqiang, directeur de l’Administration du fonctionnement économique relevant de l’ex Commission d’État pour l’économie et le commerce, du fait de l’instabilité des régions productrices de pétrole au Moyen-Orient et au Venezuela, et de la croissance annuelle de l’importation, il est urgent d’harmoniser la production et le raffinement du pétrole à l’intérieur du pays et les importations pétrolières, en vue d’assurer l’approvisionnement du marché et un niveau rationnel de réserve de pétrole brut et raffiné.

En 2002, ces objectifs ont été réalisés pour l’essentiel. La production et le traitement du pétrole ont atteint respectivement 168 millions et 206 millions de tonnes, une croissance respective de 2,3 % et de 4 % par rapport à l’année précédente.

Ma a révélé que les entreprises ont augmenté l’importation pour avoir un niveau rationnel de stock de pétrole brut et raffiné. Les réserves de CNPC (China National Petroleum Corporation) et de Sinopec sont de l’ordre de 10 millions de tonnes. « Il n’y a pas de problème pour l’offre à court terme ». On continue à déployer des efforts dans ce domaine pour stabiliser les prix du combustible.

Par ailleurs, on travaillera à accélérer l’étude sur les réserves stratégiques de pétrole ; par exemple, les régions d’origine du pétrole ne doivent pas être excessivement centralisées et le pourcentage des importations de chaque région d’origine doit être diversifié.

En effet, il y a deux ans, en mars 2001, le principe d’« établir des réserves stratégiques de pétrole et assurer la sécurité de l’énergie de l’État » a été inscrit dans le Xe Plan quinquennal  de développement économique et social (2001-2005), adopté par l’Assemblée populaire nationale.

Selon un fonctionnaire qui préfère l’anonymat, la dépendance accrue de l’énergie étrangère a exposé les lacunes de l’ancien système de réserves pétrolières de la Chine. « Le gouvernement central va systématiquement fermer certains champs de pétrole et de gaz déjà explorés, et diminuer la production de certains autres », dit-il.