SOCIETE
La peine de mort : maintenir ou abolir ?
La peine de mort doit-elle être maintenue ou abolie ? Les débats à ce sujet ne se sont jamais arrêtés dans le monde depuis que, il y a plus de 200 ans, on avait proposé dabolir cette peine. Mais en Chine, le sujet est nouveau.
À
la fin de 2002, un symposium international sur la peine de mort a eu lieu à
Xiangtan, au Hunan, le premier du genre en Chine. Une trentaine de juristes
chinois et étrangers y ont participé.
Depuis des millénaires, la peine de mort sappliquait naturellement dans le monde jusquen 1764 où lItalien Beccaria préconisa de labolir.
À lentrée dans le XXe siècle, la voix de labolition de la peine de mort est montée graduellement. Le « Pacte relatif aux droits civils et politiques » des Nations unies, entré en vigueur le 23 mars 1976, stipule dans son article 6 que « le droit à la vie est inhérent à la personne humaine Nul ne peut être arbitrairement privé de la vie » et que « dans les pays où la peine de mort na pas été abolie, une sentence de mort ne peut être prononcée que pour les crimes les plus graves ».
Le 15 décembre 1989, lAssemblée générale de lONU a adopté la « Convention dabolition de la peine de mort » (Deuxième protocole facultatif) qui demande que « chaque État partie prendra toutes les mesures voulues pour abolir la peine de mort dans le ressort de sa juridiction ».
Actuellement, 111 pays ont aboli la peine capitale juridiquement ou pratiquement, soit trois pays en moyenne par an depuis 1990. Hongkong et Macao de Chine lont supprimée aussi. Parmi les pays développés, seuls les États-Unis et le Japon maintiennent cette peine.
Labolition de la peine de mort correspond au courant général de garantie des droits de lhomme
Les professeurs Liu Hainian, du Centre de recherche sur les droits de lhomme relevant de lAcadémie des sciences sociales de Chine, Hu Yunteng, directeur adjoint du bureau détudes politiques de la Cour populaire suprême, Chen Xingmin, de la faculté de droit de lUniversité de Beijing, et Qiu Xinglong, de la faculté de droit de lUniversité de Xiangtan : En Chine, maintenir ou abolir la peine de mort na pour but que de protéger les droits de lhomme. On ne doit pas considérer le fait comme absolu. Pourtant, diminuer et restreindre cette peine répond au courant général de garantie des droits humains.
Premièrement, la peine de mort nest pas plus dissuasive que lemprisonnement à vie. Jusquà présent, aucune preuve ne montre que le taux des forfaits a trait à lexistence ou linexistence de la peine de mort. Le rapport de recherche sur un lien entre la peine de mort et le taux de meurtres présenté en 1988 par lONU concluait : Rien ne peut prouver que la peine de mort est plus efficace que lemprisonnement à vie. Après lanalyse du nombre de meurtres volontaires et du nombre de coupables reconnus depuis 1983 en Chine, on en a conclu que leffet dissuasif de la peine capitale ne se maintient pas longtemps et tend à raccourcir.
La peine de mort nest pas forcément la plus dissuasive. Les faits prouvent que dans les pays qui lont abolie, la condamnation à perpétuité a le même effet dissuasif que la peine capitale.
Deuxièmement, la peine de mort barre la voie à lamendement. Des documents montrent quil est improbable que les meurtriers récidivent, soit en prison soit après leur libération. Du fait quon ne peut pas savoir lesquels commettraient un nouveau crime, condamner tous les assassins à mort nest pas juste. La peine à perpétuité peut également empêcher les coupables de commettre un autre crime et atteindre le but de les séparer de la société.
Troisièmement, la peine de mort est un produit de lère sauvage de la haute antiquité. La sanction dun criminel est équitable et raisonnable. Mais selon les circonstances, on ne doit pas donner à tous une même punition ; cest-à-dire quil nest pas rationnel déliminer tous les meurtriers.
Dans lantiquité, on exerçait des supplices corporels cruels contre les criminels et de toutes sortes de peines de mort contre les assassins. Dans la société civilisée de notre ère, puisquon a aboli le châtiment corporel cruel et lancienne peine capitale comme la section du corps à la taille, on doit aussi supprimer la peine de mort actuelle.
Quatrièmement, la peine de mort concerne la protection du droit à la vie. La société doit endosser le poids des actes criminels.
Du point de vue économique ou utilitaire, lexécution de la peine de mort est plus économe que lemprisonnement à vie. Pourtant, la valeur de la vie ne peut être estimée en argent.
Les criminels nexistent pas isolément dans le monde. Donc, tout en les condamnant, il faut critiquer aussi la société et lenvironnement social et naturel qui ont fait germer le crime en eux, par exemple, le mauvais environnement de croissance et déducation, et la pauvreté entraînée par le système imparfait du bien-être social. La société doit prendre la responsabilité de rééduquer ses criminels. Les condamner à mort signifie quon leur fait porter lentière responsabilité.
Pr Zhao Bingzhi, de la faculté de droit de luniversité du Peuple de Chine et président de la Société chinoise du code pénal : La peine de mort signifie que lélimination corporelle remplace la suppression de lâme hideuse et que lenlèvement de la vie est devenu un moyen de châtiment au lieu de transformer lesprit des criminels.
Les conditions requises ne sont pas remplies pour labolition de la peine de mort
Pr Chen Xingliang, directeur adjoint de la faculté de droit de lUniversité de Beijing : Labolition de la peine de mort ne doit se baser que sur lhumanisme seulement.
Le respect de lhomme est le reflet de la civilisation et du progrès de la société humaine. Notamment, le degré de protection des droits des accusés et des criminels reflète celui de la civilisation de la société. Il faut implanter dans toute la société le concept selon lequel « aucun homme ne doit être tué ». Cependant, la peine de mort a donné un mauvais exemple.
La peine de mort doit être abolie, mais pas forcément immédiatement. Il faut tenir compte des conditions de la civilisation matérielle et spirituelle, à savoir le niveau des forces productives de la société, la valeur de la création personnelle et le coût pour lÉtat de lemprisonnement à perpétuité des criminels, ainsi que laffaiblissement de la dissuasion de la peine capitale et du concept de sanction chez les gens.
Actuellement, les conditions nous manquent, mais nous devons les créer activement. Nous devons aussi être conscients que la pénalité est un moyen dadministration dun prix très élevé et quil ne faut pas recourir seulement à la peine capitale dans ladministration de la société.
Qi Wenyuan, professeur à luniversité de Finances, dÉconomie et de Sciences politiques et juridiques de la Chine du Centre-Sud, et Chen Zhonglin, professeur à luniversité des Sciences politiques et juridiques de la Chine du Sud-Ouest : La Chine a signé le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Elle doit réduire, en tenant compte de sa propre situation, lécart entre la loi intérieure et le pacte international dans le domaine de la peine de mort pour atteindre graduellement labolition finale de cette peine.
La peine de mort doit être maintenue
Hu Jinglei, lecteur du Nanfang Weekly: À mon avis, maintenir la peine de mort en Chine est nécessaire. Mais il faut mettre un accent particulier sur la justice du jugement et la réduction de la sphère dapplication.
Protéger le droit à la vie des criminels est là de mépriser les droits des parents des victimes, de laisser se perpétuer des actes de terreur et de garder un exemple pour les criminels potentiels.
Si la société humaine ne peut tolérer la peine de mort, alors elle ne doit pas tolérer non plus les crimes horribles. La tolérance nest pas le tout de lhumanité ; on doit y ajouter aussi léquité. En réalité, dans plusieurs cas, la peine de mort a joué, dans la société imparfaite, le rôle de défenseur et de réalisateur de lhumanisme, un concept idéal.
Certes, la société doit prendre une certaine part de responsabilité dans la criminalité, à savoir, elle doit se charger dune partie du coût de la criminalité. Pourtant, si la peine de mort est abolie, la société rejettera en réalité sa part des coûts sur les familles des victimes, cest-à-dire que ces dernières devront supporter une plus grande douleur. Les savants et les organes législatif et judiciaire ne doivent pas abolir sans condition et unilatéralement la peine de mort au nom de la civilisation de la société et au détriment des familles des victimes.
Si les familles des victimes ne peuvent pas obtenir par la société et la loi une équité, elles développeront la haine de la société, ce qui pourrait même entraîner de nouveaux actes inhumains.
Par ailleurs, que labolition de la peine de mort puisse être acceptée naturellement par le peuple chinois et promouvoir la civilisation et le progrès de la société nest quune supposition irréalisable parce que la Chine manque déducation sociale et datmosphère spirituelle qui peuvent compenser linfluence négative de labolition de la peine capitale.
Jing Yu, rédactrice : Je suis pour la peine de mort. Les arguments classiques suivants peuvent appuyer mon point de vue.
Premièrement, la peine de mort possède une force dissuasive pour les criminels éventuels. En tant que châtiment le plus sévère, la peine de mort peut jouer le rôle d« exécuter un pour en avertir cent ».
Deuxièmement, pour le coupable, la peine de mort peut éviter radicalement un nouveau crime. Lemprisonnement à perpétuité ne peut pas empêcher de nouveaux actes criminels tels que lassassinat ou lattaque dautres prisonniers, et lévasion de la prison.
Troisièmement, la peine de mort est un châtiment que lauteur de forfait doit subir, et une demande naturelle de la justice. Les coupables qui ont assassiné par des moyens cruels des innocents doivent subir le châtiment le plus sévère. La peine de mort est le châtiment le plus équitable. Sinon, cela signifie que la vie de lassassiné est moins chère que celle de lassassin. Depuis lantiquité, en Chine, cétait dans lordre des choses de « payer un homicide de sa vie ».
Quatrièmement, la peine de mort est plus économe que lemprisonnement à perpétuité. Pour lexécution de la peine de mort, il suffit dune balle de fusil ou dune injection, mais lemprisonnement à perpétuité requiert une dépense financière importante ; par ailleurs, les criminels emprisonnés pour longtemps ne peuvent pas apporter leur contribution au développement économique de la société.