Le système de permanence des professeurs : protéger ou attaquer le personnel qualifié ?

Au début de l’année, 62 professeurs de l’École normale supérieure de la Chine de l’Est, à Shanghai, ont reçu un certificat de permanence, devenant les premiers « professeurs à vie » depuis la réforme du système du personnel.

Ces dernières années, les établissements d’enseignement supérieur ont obtenu bon nombre d’acquis de recherche scientifique mais bien peu d’importance. Une des causes est le  court terme du contrat des professeurs qui ne leur permet pas de procéder aux recherches à moyen ou long terme. Le système de permanence solutionne ce problème. Les professeurs à vie peuvent travailler jusqu’à leur retraite. Ils ont le temps suffisant de s’adonner à l’enseignement et à la recherche sur un projet scientifique sans s’inquiéter du délai d’engagement. Cela favorise les résultats de la recherche scientifique qui ont une grande importance pour le développement de l’économie nationale et le progrès social.

Certains disent que la permanence des professeurs est un pas important fait par les établissements d’enseignement supérieur de Chine dans leur réforme, estimant qu’il contribue à éviter la fuite du personnel qualifié et promouvoir la réalisation des acquis scientifiques créatifs. D’autres sont d’avis que la permanence réduirait l’ardeur et la capacité des professeurs et que garder le « bol de fer » des professeurs aurait des inconvénients dépassant les avantages.

Un tel « bol de fer » est nécessaire

Ma Yushun, de l’école secondaire nº1 de Linqu du Shangdong : Le système de permanence des professeurs correspond à la loi d’enseignement et de recherche scientifique. Engager à vie des professeurs riches en connaissances et talentueux dans l’enseignement et la recherche scientifique fait valoir leur initiative et leur créativité. C’est donc une favorable à l’État et à l’enseignement. L’enseignement et la recherche scientifique ont leur propre loi de fonctionnement. Leurs résultats ne peuvent pas se voir dans un court temps. Notamment, il faut quelques années, même des dizaines d’années d’efforts assidus pour que les recherches de la science de base et l’exploitation créative obtiennent des résultats. Les professeurs à vie n’ont pas à se soucier de leurs arrières. Ils peuvent se vouer corps et âme à l’enseignement et à la recherche et joueront un rôle propulseur dans le progrès scientifique et le développement économique du pays. Franchement parlant, la fixation des titres universitaires a beaucoup d’inconvénients. On réévalue les titres des professeurs tous les ans ou tous les trois ans, selon les articles qu’ils ont publiés. C’est une action à court terme qui permet à des professeurs de ne procéder qu’aux projets de recherche qui donnent rapidement des résultats. En conséquence, cela influence gravement le développement de la science de base et l’amélioration de l’enseignement. Je soutiens donc le système de permanence des professeurs.

Wu Lanyou : Aussitôt que 62 professeurs sont devenus professeurs à vie, certaines gens se sont demandé : N’est-ce pas la reprise du « bol de fer » ?

En réalité, le système de permanence des professeurs vient des pays occidentaux. Mais on ne comprend pas pourquoi dans les pays où les organismes gouvernementaux et les entreprises ne donnent pas de « bol de fer » à leur personnel, le professeur pourrait obtenir un « bol de fer ».

La recherche scientifique est un travail intellectuel difficile. Elle a besoin d’un contingent de scientifiques et de savants désintéressés qui consacrent toute leur énergie au travail, sans tenir compte de la célébrité et du profit, ni même du bonheur personnel. La recherche scientifique est aussi une action pleine de risques. Pour obtenir une réalisation scientifique importante, tout scientifique même un génie doit travailler plusieurs années, ou même toute sa vie. Dans une société hautement spécialisée, les professeurs qui se tiennent à l’avant-garde de la recherche scientifique risqueraient leur existence. Alors, la société civilisée a créé un système qui réduit les risques, à savoir le système de permanence des professeurs. Dans ce système, la paresse pourrait apparaître, mais la plupart de professeurs seront plus assidus.

À présent, dans des universités, on évalue les professeurs selon le nombre de leurs articles publiés. Cela encourage la légèreté dans la recherche scientifique et la corruption dans les milieux scientifiques. Pour obtenir un prix, établir un projet de recherche ou devenir directeur d’aspirants au doctorat, des professeurs fraudent par tous les moyens. Ce phénomène est courant dans les universités. Prenons l’exemple de Wang Mingming, directeur de 40 ans des aspirants au doctorat de l’Université de Beijing. C’était un jeune professeur excellent et prometteur. Il a accompli beaucoup d’ouvrage. On l’a beaucoup vanté : « Wang a introduit systématiquement la théorie la plus avancée de l’anthropologie occidentale en Chine et étudié des problèmes sociaux chinois en se référant à la théorie occidentale. » Cependant, qui aurait cru qu’il aurait plagié l’œuvre d’autrui l’année dernière ? À mon avis, cela regarde plus ou moins la réforme du système du personnel de l’Université de Beijing en 1999 qui a mis l’accent sur la dispute d’un poste et l’engagement des meilleurs, et brisé le système de permanence des professeurs que l’université appliquait depuis longtemps. La forte pression a entraîné l’énervement de certains professeurs. Ils sont obligés d’accomplir au plus vite leur œuvre sans égard aux moyens d’y parvenir.

Le système de permanence des professeurs mis en application à l’École normale supérieure de la Chine de l’Est est favorable à la formation d’un contingent stable des chercheurs les plus actifs. Le « bol de fer » dans les milieux scientifiques est une garantie de recherche scientifique approfondie et soutenue. Rechercher des succès rapides et des avantages immédiats est impossible dans le domaine scientifique.

Le système de permanence des professeurs n’est pas une bonne méthode

Gong Dazhong, du journal Jiangnan Shibao : Certains disent que le fait que l’École normale supérieure de la Chine de l’Est applique le système de permanence des professeurs marque que « les établissements d’enseignement supérieur de la Chine ont fait un pas majeur dans la réforme du système du personnel ». Mais à mon avis, il vaut mieux ne pas l’appliquer, parce qu’il a beaucoup d’inconvénients.

Je pense qu’il faut fermement briser le « bol de fer ». Ce n’est qu’en agissant ainsi que l’initiative et l’énergie latente des gens peuvent être pleinement mis en jeu. Une fois devenus professeurs à vie jouissant des subventions particulières, ces professeurs qui étaient pleins de vitalité deviendront-ils paresseux ?

Généralement parlant, les professeurs dans la force de l’âge se trouvent au plus haut niveau scientifique et peuvent obtenir le plus de résultats. C’est la loi de la nature. Avec l’augmentation de l’âge, l’énergie des professeurs commence à baisser et leur niveau se maintient difficilement, sans parler de la croissance. S’ils continuent de travailler, ils influenceront les études de leurs élèves et entraveront le progrès d’autres talents.

La nature humaine a son aspect faible. À mon avis, des idées telles que « travailler peu mais gagner beaucoup », « se laisser aller à la paresse », etc. sont innées chez certaines gens. Bien que les professeurs universitaires soient des intellectuels supérieurs, ils ne sont pas tous des hommes de noble caractère. Des scandales de certains professeurs révélés ces dernières années le démontrent. Pour devenir professeur à vie, certains travailleraient avec diligence et obtiendraient des succès. Mais qui peut croire qu’ils pourront toujours travailler autant une fois devenus professeurs à vie ? S’ils sombrent dans la paresse, que fera-t-on ?

Bien sûr, un petit nombre de personnes âgées pourraient continuer à s’accomplir dans le travail. Mais pour la plupart, la loi objective doit être respectée.

Il faut modérer l’engagement des professeurs permanents

Su Hengyan : Le système de permanence des professeurs est un des modes d’engagement que les universités du premier niveau des pays développés adoptent pour retenir l’élites et les professeurs qui ont apporté une contribution importante à l’université dans le domaine de la réputation scientifique. Il est appliqué en accord avec les autres systèmes complets relatifs à la gestion, à l’enseignement et à l’évaluation des professeurs. En Chine cependant, le système d’évaluation dans les universités n’est pas parfait, une tendance à la légèreté et à la recherche des succès rapides se manifeste dans les milieux scientifiques et le système de gestion des universités laisse à désirer. Dans ces circonstances, si on soulève une vague d’application du système de permanence des professeurs dans le pays, est-ce qu’on pense aux conséquences négatives ? Un professeur d’une université de la région côtière a dit : « Ces dix dernières années, notre université a augmenté beaucoup son nombre de professeurs et de directeurs d’aspirants au doctorat, tandis que les acquis de recherche scientifique de niveau international ont diminué. »

À mon avis, il faut d’abord réformer le mode et le contenu d’évaluation annuelle des professeurs. La combinaison du salaire annuel avec le projet de recherche personnel pratiquée récemment à l’université des Transports de Shanghai est une innovation. L’évaluation des professeurs n’est pas forcément menée chaque année ; elle peut s’effectuer tous les deux ans, trois ans ou plus. Le plus important, c’est d’adopter une méthode d’évaluation juste, d’ouvrir le processus d’évaluation et d’établir des critères d’évaluation rationnels.